{"id":12983,"date":"2021-09-12T10:13:49","date_gmt":"2021-09-12T08:13:49","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/le-silence-des-emotions\/"},"modified":"2021-09-28T18:23:44","modified_gmt":"2021-09-28T16:23:44","slug":"le-silence-des-emotions","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/le-silence-des-emotions\/","title":{"rendered":"Le silence des \u00e9motions"},"content":{"rendered":"\n<p>A contre courant des id\u00e9aux culturels et sociaux ayant fait des \u00e9motions et sensations fortes le saint graal du XXI\u00e8me si\u00e8cle, les auteurs nous proposent une r\u00e9flexion sur ces pathologies qui s\u2019expriment dans le silence des \u00e9motions. Ce livre est un triptyque ouvert sur des figures singuli\u00e8res de d\u00e9pressions : d\u00e9pressions sans affects ou masqu\u00e9es alors que le corps s\u2019est compulsivement engag\u00e9 dans une r\u00e9p\u00e9tition ali\u00e9nante ou retranch\u00e9 dans la prison d\u2019un conformisme ali\u00e9nant, autant d\u2019expressions d\u2019une souffrance tue au nom de la survie psychique\u2026&nbsp;Le premier volet est ouvert par Solange Carton qui puise dans son exp\u00e9rience clinique hospitali\u00e8re les ressorts de sa r\u00e9flexion. Alors que certains patients crient haut et fort les motifs de leur souffrance, il en est d\u2019autres dont le silence symptomatique interroge, condui-sant \u00e0 d\u00e9signer ces d\u00e9pressions \u00ab en creux \u00bb, \u00ab en n\u00e9gatif \u00bb. Les cliniques plurielles des pathologies actuelles interrogent avec force les motifs de conduites psychiques qui cherchent \u00e0 taire, \u00e0 abraser toute expression pulsionnelle.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lorsque la clinique est celle du silence des \u00e9motions, se pose in\u00e9vitablement la question de savoir ce qui ne peut \u00eatre authentifi\u00e9 et per\u00e7u par le sujet. Du silence des \u00e9motions \u00e0 celui des affects, des conceptions psychologiques jusqu\u2019aux concep-tualisations psychanalytiques, ce sont les chemins que S. Carton nous invite \u00e0 prendre, solidement balis\u00e9s de r\u00e9f\u00e9rents th\u00e9oriques expos\u00e9s avec clart\u00e9. L\u2019originalit\u00e9 de ce travail, fondamentalement ancr\u00e9 dans l\u2019\u00e9pist\u00e9mologie psychanalytique, est de nous proposer une mise en tension fructueuse entre des m\u00e9thodes et des \u00e9pist\u00e9mologies diff\u00e9rentes, ouvrant sur des hypoth\u00e8ses de compr\u00e9hension et de travail qui int\u00e9resseront autant le clinicien que le th\u00e9oricien. L\u2019exercice n\u2019est pas seulement de style, il puise sa l\u00e9gitimit\u00e9 dans les sources corporelles de l\u2019\u00e9motion, inter-rogeant conjointement les ressorts de son appropriation subjective. Les th\u00e9ories psychologiques proposent de penser le parcours de l\u2019\u00e9motion depuis sa source somatique jusqu\u2019\u00e0 son expression psychique, alors que les affects sont interrog\u00e9s \u00e0 la lumi\u00e8re des mod\u00e8les psychanalytiques natifs et contemporains. La clinique offre ici l\u2019occasion de revisiter la m\u00e9tapsychologie de l\u2019affect au travers de multiples figures du n\u00e9gatif, la r\u00e9f\u00e9rence aux d\u00e9pres-sions essentielles (P. Marty) servant ici d\u2019\u00e9talon. Alors que domine le silence des \u00e9motions dans les d\u00e9pressions \u00ab essentielles \u00bb et \u00ab vraies \u00bb, S. Carton propose de les diff\u00e9rencier \u00e0 l\u2019aune du trai-tement des affects. L\u2019hypoth\u00e8se forte propos\u00e9e par l\u2019auteure, est que le silence des \u00e9motions dans les d\u00e9pressions vraies serait soutenu par le ralentissement moteur si sp\u00e9cifique de cette clinique. Le corps, immobile, viendrait engourdir toute expres-sion de souffrance, permettant en un formidable tour de passe passe, de conserver en soi sur une autre sc\u00e8ne &#8211; celle du soma -, un lien \u00e0 l\u2019objet dont la perte ne peut \u00eatre consentie. Cette figure de m\u00e9lancolie parle d\u2019un dialogue singulier avec l\u2019affect qui, pour \u00eatre support\u00e9 doit \u00eatre tu, litt\u00e9ralement r\u00e9duit au silence.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Catherine Chabert centre sa r\u00e9flexion sur ce qu\u2019elle nomme l\u2019\u00ab interdit d\u2019\u00e9prouver \u00bb. Si l\u2019auteure souligne d\u2019embl\u00e9e le caract\u00e8re transnosographique du silence des \u00e9motions, elle trouve dans les modalit\u00e9s de fonction-nements limites et narcissiques un mode privil\u00e9gi\u00e9 d\u2019expression ; ils seront utilis\u00e9s ici pour leur fonction paradigmatique. Le surinvestissement de la r\u00e9alit\u00e9 externe qui leur est caract\u00e9ris-tique, interroge in fine les modalit\u00e9s de traitement perceptif. Le statut m\u00e9tapsychologique de la perception, souvent rest\u00e9e dans l\u2019ombre de la repr\u00e9sentation, d\u00e9couvre sa valeur heuristique pour penser l\u2019interface entre dedans et dehors, la r\u00e9gulation des \u00e9changes entre conscient et inconscient. C\u2019est dans le vivier des perceptions que repr\u00e9sen-tations et affects puisent les motifs de leur constitution, infl\u00e9chie par les contraintes du travail psychique. Ainsi, souligne l\u2019auteure, la psychanalyse interroge fondamen-talement les liaisons entre productions psychiques et r\u00e9alit\u00e9 historique, l\u2019\u00e9cart entre ces deux r\u00e9alit\u00e9s \u00e9tant maintenu par la pens\u00e9e associative, motrice de la cure. Lorsque le langage porte la marque de la n\u00e9gation et donc l\u2019acc\u00e8s \u00e0 une position subjective, la voie est ouverte \u00e0 des retrouvailles avec les souvenirs perdus. Il en est tout autrement lorsque des exp\u00e9riences n\u2019ont pu trouver la voie vers une inscription psychique minimale, barrant l\u2019acc\u00e8s au travail de rem\u00e9moration. Les r\u00e9f\u00e9rences cliniques et psychopa-thologiques accompagnent pas \u00e0 pas la d\u00e9marche th\u00e9orique. Les personnalit\u00e9s&nbsp;<em>as if&nbsp;<\/em>(H. Deutsch) servent ici de mod\u00e8le pour questionner les am\u00e9nagements sp\u00e9cifiques de la d\u00e9pendance, alors qu\u2019il faudrait taire l\u2019exci-tation dont les d\u00e9clinaisons passives sont refus\u00e9es car il ne peut \u00eatre question d\u2019\u00eatre \u00e9prouv\u00e9 par la perte.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais alors que dans ces fonctionnements la topique psychique demeure fortement accroch\u00e9e \u00e0 ses sources corpo-relles, l\u2019espace de la cure est infl\u00e9chi par les al\u00e9as de cette constitution primitive, ouvrant la voie au transfert paradoxal (D. Anzieu) et au silence des affects. Pour que le travail de la cure permette la co-construction d\u2019une sc\u00e8ne psychique, y insiste C. Chabert, il faut que puisse \u00eatre accueilli le corps du patient dont les marques sensorielles doivent pouvoir \u00eatre \u00e9prouv\u00e9es par l\u2019analyste. Les troubles compulsifs d\u00e9voilent ainsi avec exemplarit\u00e9 les liens entretenus entre psych\u00e9 et soma, alors que la douleur peut permettre paradoxalement d\u2019ouvrir la voie \u00e0 une expression affective jusque l\u00e0 r\u00e9duite au silence et \u00e9viter l\u2019ali\u00e9nation que consti-tuerait tout risque d\u2019attraction par l\u2019autre, par l\u2019analyste dans la cure.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est sur la sc\u00e8ne du psychodrame que se termine le chapitre, sc\u00e8ne dont les acteurs, personnes visibles aux diff\u00e9rences percep-tibles, \u00e0 commencer par celles des sexes, offrent un support pour une remise en circulation des mouve-ments entre r\u00e9alit\u00e9s internes et externes. Pour C. Chabert,&nbsp;\u00ab l\u2019utilisation des perceptions \u00bb des acteurs du psychodrame et de leur jeu constituerait un op\u00e9rateur de transformation essentiel vers une possible utilisation de l\u2019objet (Winnicott), l\u2019exp\u00e9rience, visible, de la survivance de l\u2019objet tra\u00e7ant la voie vers \u00ab la vivance des affects \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le triptyque se referme sur le chapitre de M. Corcos. En guise de prologue, une invite, celle \u00e0 se d\u00e9faire des carcans th\u00e9oriques habituels pour plonger corps et \u00e2me au c\u0153ur d\u2019une r\u00e9flexion sur l\u2019alexithymie et ses multiples visages. Refusant les masques d\u2019un intellectualisme outrancier, l\u2019auteur nous propose un voyage entre psych\u00e9 et soma, esth\u00e9tisme et scientisme, dont voici quelques carnets\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019histoire de l\u2019alexithymie vient refl\u00e9ter avec exemplarit\u00e9 les difficult\u00e9s qu\u2019il y a \u00e0 maintenir le dialogue entre \u00e9motion et pens\u00e9e. Diabolis\u00e9s, le corps et ses d\u00e9sirs ont trouv\u00e9 dans les voix des psychanalystes une voie de r\u00e9demption, redonnant au corps \u00e9mu ses lettres de noblesse. Comme le soutient Maurice Corcos, au-del\u00e0 des dualismes r\u00e9ductionnistes, la psychanalyse s\u2019autorise \u00e0 explorer les liens entre corps et psych\u00e9, d\u00e9couvrant dans ses interstices les ressorts de la vivance de nos \u00e9motions et les motifs de nos d\u00e9sirs.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Freud mais aussi Bion ou encore Winnicott nous permettent, avant de les penser, de r\u00e9-\u00e9prouver les sources corporelles de la psych\u00e9 chez l<em>\u2019infans<\/em>, inscrites dans l\u2019ajustement des rythmes entre la m\u00e8re et l\u2019enfant, dont le<em>&nbsp;tempo<\/em>&nbsp;bien ordonn\u00e9 est l\u2019agent essentiel de transformation des sensations en affects. Chez l\u2019alexithymique pas de transformation mais une expropriation sur la sc\u00e8ne externe &#8211; au nom d\u2019une lutte anti traumatique &#8211; de conflits qui n\u2019ont pu trouver la voie d\u2019une expres-sion psychique, les privant de la voix des affects et des repr\u00e9-sentations. Figure singuli\u00e8re du narcissisme, l\u2019alexithymie propose un jeu de miroir dans lequel se refl\u00e8tent l\u2019absence et le d\u00e9sin-vestissement de l\u2019objet primaire alors que tout mouvement d\u2019iden-tification et de projection fait courir le risque d\u2019une perte de soi.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Infl\u00e9chie par les strat\u00e9gies de survie psychique qu\u2019est l\u2019\u00ab amn\u00e9sie des \u00e9motions \u00bb, la relation th\u00e9rapeu-tique doit se faire accueil, r\u00e9ceptacle d\u2019une souffrance qui ne peut trouver la voie des mots, alors que les maux s\u2019expriment au rythme du corps et des sensations du patient comme de son th\u00e9rapeute. M. Corcos y insiste, la prise en charge psychanalytique doit se faire cr\u00e9atrice, proposant au sujet alexithymique un moi psychique&nbsp; auxiliaire, v\u00e9ritable op\u00e9rateur pour \u00ab penser les formes de son esprit \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les d\u00e9veloppements m\u00e9tapsy-chologiques propos\u00e9s par l\u2019auteur, battent la mesure d\u2019un rythme th\u00e9rapeutique qui, pour cr\u00e9er les conditions d\u2019une authentique rencontre, doit se faire lieu d\u2019accueil d\u2019une haine non encore advenue, perceptible en creux dans la r\u00e9p\u00e9tition mortif\u00e8re d\u2019une carence traumatique excluant, dans un premier temps du moins, toute position interpr\u00e9tante. En guise d\u2019\u00e9pilogue, une ode, aux mots de Camus, Simenon ou encore de Beckett\u2026, dont l\u2019\u00ab avidit\u00e9 maladive \u00e0 dire l\u2019\u00e9motion et la douleur \u00bb r\u00e9sonne aux oreilles du psychanalyste comme autant d\u2019entreprises de survie apr\u00e8s que le traumatisme ait laiss\u00e9 le monde pauvre et vide. De chaque c\u00f4t\u00e9 du miroir l\u2019\u00e9crivain de g\u00e9nie et l\u2019alexithymique se retrouvent autour d\u2019une qu\u00eate \u00e9perdue d\u2019un lecteur pour lire et accueillir leurs maux\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Trois psychanalystes, trois voix, trois mod\u00e8les, aussi riches que compl\u00e9mentaires pour penser et accueillir des maux qui ne trouvent pas d\u2019autre voie d\u2019expression que le silence, celui des \u00e9motions.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12983?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1848],"mode":[61],"revue":[874],"auteur_livre":[2151,2223,2390],"class_list":["post-12983","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-estelle-louet","mode-gratuit","revue-874","auteur_livre-catherine-chabert","auteur_livre-maurice-corcos","auteur_livre-solange-carton"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12983","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12983"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12983"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12983"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12983"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12983"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12983"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12983"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}