{"id":12967,"date":"2021-09-12T10:13:47","date_gmt":"2021-09-12T08:13:47","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/schizophrenie-et-paranoia\/"},"modified":"2021-09-21T18:37:19","modified_gmt":"2021-09-21T16:37:19","slug":"schizophrenie-et-paranoia","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/schizophrenie-et-paranoia\/","title":{"rendered":"Schizophr\u00e9nie et parano\u00efa"},"content":{"rendered":"\n<p>Fortes d&rsquo;une longue exp\u00e9rience aupr\u00e8s d&rsquo;adolescents et d&rsquo;adultes en grande souffrance, voire en d\u00e9tresse psychique, Estelle Lou\u00ebt et Catherine Azoulay, psychologues cliniciennes-psychanalystes et sp\u00e9cialistes de l&rsquo;approche du fonctionnement psychique en appui sur la m\u00e9thodologie projective, ouvrent avec cet ouvrage un dialogue in\u00e9dit et particuli\u00e8rement stimulant entre les deux entit\u00e9s paradigmatiques de la psychose : la schizophr\u00e9nie et la parano\u00efa.<br>Si ces deux configurations psychopathologiques ont \u00e9t\u00e9 ces derni\u00e8res d\u00e9cennies quelque peu d\u00e9laiss\u00e9es au profit des pathologies dites \u00ab actuelles \u00bb, il est pourtant un fait que nombre de sujets, hospitalis\u00e9s ou non, continuent de souffrir d&rsquo;affections psychotiques, la psychose comme la n\u00e9vrose existe&nbsp; toujours ! Mais de fa\u00e7on plus essentielle encore au regard de notre activit\u00e9 de clinicien pratiquant le bilan psychologique, il est tout aussi ind\u00e9niable que la d\u00e9licate question du diagnostic diff\u00e9rentiel &#8211; qu&rsquo;elle se pose en termes de fonctionnement limite de telle ou telle forme&nbsp; de psychose, ou encore de moment ou processus psychotique &#8211; reste au c\u0153ur des pr\u00e9occupations des m\u00e9decins et des \u00e9quipes soignantes dans leurs indications th\u00e9rapeutiques. Aussi, cet ouvrage vient-il s&rsquo;inscrire avec bonheur dans la collection&nbsp;<em>Psychopathologie et m\u00e9thodes projectives<\/em>&nbsp;dirig\u00e9e par Catherine Chabert. Ecrit dans une langue fluide et structur\u00e9 en deux grands chapitres que compl\u00e8te une riche bibliographie, ce livre brosse ainsi les connaissances th\u00e9oriques pour en proposer ensuite une articulation avec la clinique projective.<\/p>\n\n\n\n<p>C&rsquo;est ainsi que croisant les chemins de la psychiatrie, le premier chapitre nous emm\u00e8ne en terre psychanalytique \u00e0 la rencontre des psychoses. Le balisage premier en est essentiellement freudien, mais il se d\u00e9ploie aussi dans des r\u00e9f\u00e9rences \u00e0 d&rsquo;autres auteurs&nbsp; parmi lesquels M. Klein, P-C. Racamier, H. Searles ou encore A. Green et J-L. Donnet. Apr\u00e8s quelques rappels historiques et contextuels, le conflit du moi avec la r\u00e9alit\u00e9, le d\u00e9lire consid\u00e9r\u00e9 comme une tentative de gu\u00e9rison, le repli narcissique et enfin l&rsquo;angoisse et les m\u00e9canismes de d\u00e9fense qu&rsquo;elle mobilise avec un d\u00e9veloppement particuli\u00e8rement bienvenu sur le clivage (clivage du moi, clivage de l&rsquo;objet) constituent alors autant de rep\u00e8res tr\u00e8s fermes au service de la travers\u00e9e qu&rsquo;exige le travail clinique. De fa\u00e7on toute naturelle et avec grande pertinence, ce parcours ouvre alors sur l&rsquo;\u00e9tude paradigmatique du cas du Pr\u00e9sident Schreber dont Freud ne saura dire avec certitude si le malade rel\u00e8ve d&rsquo;un diagnostic de schizophr\u00e9nie ou de parano\u00efa.<br><br>Le moment est ensuite venu pour les auteures de s&rsquo;engager dans une r\u00e9flexion psychopathologique qui nous invite \u00e0 les suivre, l\u00e0 encore, dans une perspective diachronique : de la&nbsp;<em>spaltung<\/em>&nbsp;pour la schizophr\u00e9nie et du&nbsp; d\u00e9lire syst\u00e9matis\u00e9 pour la parano\u00efa \u00e0 des consid\u00e9rations critiques de&nbsp; la classification actuelle dominante, celle du DSM qui \u00e9vince toute perspective psychanalytique. Mais c&rsquo;est bien un autre fil que vont tirer Catherine Azoulay et Estelle Lou\u00ebt, un fil qui, comme le souligne Catherine Chabert dans sa pr\u00e9face, s&rsquo;attache \u00e0 reconna\u00eetre la \u00ab bigarrure \u00bb de la psych\u00e9 humaine, dans ses aspects les plus inqui\u00e9tants comme dans ses ressources potentielles ; un fil qui s&rsquo;attache encore \u00e0 interroger et d\u00e9crypter la dimension de vie des sympt\u00f4mes, m\u00eame des plus morbides. Ainsi, si la mort psychique constitue l&rsquo;un des risques les plus dramatiques de la schizophr\u00e9nie, cette derni\u00e8re n&rsquo;est peut-\u00eatre pas que rupture mortif\u00e8re. Freud n&rsquo;affirmait-il pas que la rupture d&rsquo;avec la r\u00e9alit\u00e9 n&rsquo;est jamais totale chez le psychotique ? Aussi, les auteures avancent-elles le terme d&rsquo;anesth\u00e9sie psychique qui, je les cite \u00ab sous-tend une double potentialit\u00e9 : l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une r\u00e9a-nimation possible, et l&rsquo;id\u00e9e que cette r\u00e9animation \u00e0 l&rsquo;instar du praticien qui la prend en charge dans le domaine m\u00e9dical, provient d&rsquo;un objet externe investi \u00bb (p.49). Du c\u00f4t\u00e9 de la parano\u00efa, les auteures en appui sur nombre de travaux post-freudiens insistent dans la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;homosexualit\u00e9 initialement r\u00e9v\u00e9l\u00e9e par Freud dans le d\u00e9lire de Schreber, non seulement sur l&rsquo;image du p\u00e8re mais bien aussi sur une imago maternelle archa\u00efque, mena\u00e7ante,&nbsp; mobilisant une angoisse de morcellement par p\u00e9n\u00e9tration anale dont le sujet se d\u00e9fend par crainte d&rsquo;an\u00e9antissement d\u00e9personnalisant.<br><br>Cette attention si vive aux mouvements de vie, dont on peut dire qu&rsquo;elle constitue l&rsquo;\u00e2me de l&rsquo;ouvrage,&nbsp; anime,&nbsp; parcourt et oriente aussi le deuxi\u00e8me chapitre d\u00e9sireux de proposer une articulation avec la clinique projective r\u00e9f\u00e9r\u00e9e \u00e0 l&rsquo;Ecole de Paris. Ayant pour projet de reconna\u00eetre tout \u00e0 la fois la traduction aux \u00e9preuves projectives&nbsp; de&nbsp; la&nbsp;&nbsp; \u00ab toile de fond \u00bb qui rassemble les deux entit\u00e9s cliniques et la traduction de leurs sp\u00e9cificit\u00e9s, ce second chapitre, largement illustr\u00e9 de s\u00e9quences tir\u00e9es de protocoles de Rorschach et de TAT, se d\u00e9cline de fa\u00e7on tr\u00e8s didactique en 3 parties. La premi\u00e8re est consacr\u00e9e \u00e0 la schizophr\u00e9nie, la deuxi\u00e8me \u00e0 la parano\u00efa tandis que la troisi\u00e8me propose leur mise en perspective. C&rsquo;est ainsi que pour chacune des deux configurations psycho-pathologiques, sont explor\u00e9s,&nbsp; apr\u00e8s un rappel de leurs fondements en psychologie projective, la clinique de la passation, les processus de pens\u00e9e, le traitement des conflits selon les axes narcissique et objectal, la nature de l&rsquo;angoisse associ\u00e9e et les m\u00e9canismes de d\u00e9fense mobilis\u00e9s de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e. Mais au-del\u00e0 de ces diff\u00e9rents temps qui suivent une m\u00e9thode classique d&rsquo;analyse approfondie des protocoles, les auteures nous convient \u00e0 des ouvertures arrim\u00e9es aux richesses potentielles. Dans la schizophr\u00e9nie, par exemple, l&rsquo;attaque de la pens\u00e9e n&rsquo;est plus seulement une attaque : elle est aussi d\u00e9fense paradoxale ; le vide psychique, li\u00e9 aux perturbations profondes de la relation aux objets entre menace de fusion commandit\u00e9e par l&rsquo;amour et menace de destruction commandit\u00e9e par la haine, les deux&nbsp; conduisant \u00e0 la perte de l&rsquo;objet comme du&nbsp; sujet, n&rsquo;est pas que vide : il est aussi le passage vers un \u00ab \u00eatre affect\u00e9 \u00bb. Dans la parano\u00efa, o\u00f9 les travaux des projectivistes sont peu nombreux, ces patients ne venant que peu nous consulter, la pens\u00e9e sous contr\u00f4le incessant et les relations \u00ab sous haute surveillance \u00bb se font \u00e9cho :&nbsp; elles ne sont pas que manifestations parano\u00efaques impr\u00e9gn\u00e9es de mauvais objet&nbsp; mais, bien plus fondamentalement, elles se dotent d&rsquo;une valeur tout autant protectrice du narcissisme que d\u00e9fensive dans la lutte pour le&nbsp; maintien du sentiment d&rsquo;exister. Schizophr\u00e9nie et parano\u00efa, deux tableaux que les auteures&nbsp; pour la clart\u00e9 de leur expos\u00e9 ont choisi de brosser parall\u00e8lement mais qu&rsquo;elles tiennent \u00e0 r\u00e9unir, dans la&nbsp; derni\u00e8re \u00e9tape de leur \u00e9tude, dans un dialogue structur\u00e9 par les modalit\u00e9s d&rsquo;investissement de la pens\u00e9e, de l&rsquo;identit\u00e9 et du lien aux objets et des am\u00e9nagements d\u00e9fensifs.<br><br>En pr\u00e9sentant les fondements de la schizophr\u00e9nie et de la parano\u00efa, en en cherchant les points de rencontre et de divergence, en relevant le d\u00e9fi diagnostic et plus encore pronostic, Estelle Lou\u00ebt et Catherine Azoulay offrent de pr\u00e9cieux rep\u00e8res \u00e0 m\u00eame de guider et d&rsquo;\u00e9clairer \u00e9tudiants et cliniciens dans la travers\u00e9e qu&rsquo;ils ont \u00e0 effectuer d\u00e8s lors qu&rsquo;ils accompagnent des patients psychotiques. Tout \u00e0 la fois s\u00e9rieux et sensible, leur ouvrage s&rsquo;adresse encore aux enseignants-chercheurs soucieux non seulement de transmettre \u00e0 leurs \u00e9tudiants des connaissances th\u00e9orico-cliniques au sens plein du terme mais soucieux aussi, de maintenir des recherches d&rsquo;orientation d\u00e9lib\u00e9r\u00e9ment psycho-dynamique, qui n&rsquo;oublient jamais de consid\u00e9rer le sujet dans sa complexit\u00e9 et sa singularit\u00e9.<br><br>Tissant ainsi psychopathologie psychanalytique et clinique projective, cet ouvrage qui apporte de surcro\u00eet une contribution importante \u00e0 la clinique projective en donnant \u00e0 la parano\u00efa une place qu&rsquo;elle n&rsquo;avait pas encore, m\u00e9rite bien plus qu&rsquo;une lecture. Ses apports au saisissement des psychoses en font un v\u00e9ritable outil de travail.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12967?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1435],"mode":[60],"revue":[573],"auteur_livre":[2382],"class_list":["post-12967","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-marie-christine-pheulpin","mode-payant","revue-573","auteur_livre-estelle-louet-et-catherine-azoulay"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12967","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12967"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12967"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12967"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12967"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12967"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12967"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12967"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}