{"id":12939,"date":"2021-09-12T10:13:44","date_gmt":"2021-09-12T08:13:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/la-folie-en-partage\/"},"modified":"2021-09-29T19:48:41","modified_gmt":"2021-09-29T17:48:41","slug":"la-folie-en-partage","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-folie-en-partage\/","title":{"rendered":"La folie en partage"},"content":{"rendered":"\n<p><em>La folie en partage&nbsp;<\/em>fait \u00e9cho au contenu d&rsquo;un livre qui ne manquera pas d&rsquo;\u00e9veiller des int\u00e9r\u00eats, des r\u00e9actions et des d\u00e9bats tiraill\u00e9s entre attirances,r\u00e9ticences et diversit\u00e9s des formes de pens\u00e9e cliniques et th\u00e9oriques. M\u00eame si vous \u00eates de ces lecteurs press\u00e9s de parcourir les pages en diagonale pour se saisir au plus t\u00f4t du contenu d&rsquo;un ouvrage prometteur, votre attention et votre int\u00e9r\u00eat s&rsquo;opposeront vite \u00e0 de telles tendances, trop frein\u00e9es et d\u00e9rout\u00e9es par un contenu t\u00e9moignant des d\u00e9marches et des hypoth\u00e8ses d&rsquo;un auteur dont le style est aussi limpide que sont complexes les propos auxquels il se pr\u00eate.<\/p>\n\n\n\n<p>Le texte se d\u00e9ploie, port\u00e9 par ses qualit\u00e9s et celles d&rsquo;une traduction due, cette fois encore, \u00e0 Dani\u00e8le et \u00e0 Patrick Faugeras qui ont plusieurs fois choisi de publier, dans la m\u00eame collection, un auteur avec lequel, \u00e0 l&rsquo;\u00e9vidence, ils ont pu prendre langue commune. Comment pourrait-il y avoir, autrement, une traduction-\u00e9criture fid\u00e8le au texte en le renouvelant par des partages ouverts \u00e0 une traduction que l&rsquo;auteur aurait pu qualifier de \u00ab participative \u00bb selon le terme qu&rsquo;il utilise \u00e0 propos des formes de psychoth\u00e9rapies auxquelles cet ouvrage est consacr\u00e9 ?<\/p>\n\n\n\n<p>Gaetano Benedetti a beaucoup travaill\u00e9 et pens\u00e9, beaucoup \u00e9crit, partag\u00e9 et enseign\u00e9 au cours de sa longue vie professionnelle de th\u00e9rapeute. Effectivement pr\u00e9sent et engag\u00e9 sur les lieux de soins, ses r\u00e9flexions et ses recherches se sont \u00e9galement poursuivies et entretenues au cours de transmissions elles aussi en partages. La force et la consistance du texte pr\u00e9sentant ici ses points de vue s&rsquo;appuient sur une carri\u00e8re conjuguant ses formes d&rsquo;\u00e9laborations rigoureusement psychanalytiques et \u00e9largies, remani\u00e9es par les prises en consid\u00e9ration des d\u00e9placements intimes auxquels entra\u00eenent les approches de patients aux prises avec des souffrances psychiques graves. Avec d&rsquo;autres th\u00e9rapeutes, eux-m\u00eames engag\u00e9s dans des recherches analogues, ils ont, ensemble, prolong\u00e9 un travail de r\u00e9flexion vis \u00e0 vis duquel je ressens, une fois encore, mes r\u00e9ticences concernant le terme m\u00eame de \u00ab supervision \u00bb. Terme largement convenu, il est vrai, mais qui ne rend pas compte de mises en commun auxquelles chacun\/e apporte sa propre part, contribuant ainsi \u00e0 desd\u00e9veloppements eux-m\u00eames en partage et en mouvement. Ils s&rsquo;en entretiennent, \u00e9vitant des fermetures ou des rigidit\u00e9s attribuant \u00e0 la \u00ab vision \u00bb d&rsquo;un seul des savoirs et des pouvoirs lui assurant une place dominante, place \u00e0 laquelle l&rsquo;auteur ne pr\u00e9tend d&rsquo;ailleurs nullement.&nbsp;<em>La folie en partage&nbsp;<\/em>tient \u00e0 t\u00e9moigner. Gaetano Benedetti et ses coll\u00e8gues y sont pr\u00e9sents, intervenant aupr\u00e8s de patients psychotiques graves, pr\u00e9cis\u00e9ment ceux ou celles trop souvent d\u00e9laiss\u00e9s et r\u00e9put\u00e9s inaccessibles \u00e0 des approches psychanalytiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Lire le livre, c&rsquo;est entrer dans le vif d&rsquo;un sujet aussi profond que difficile \u00e0 aborder. Les complexit\u00e9s s&rsquo;en mesurent quand s&rsquo;accepte, se supporte, aussi&#8230;, une invite appelant \u00e0 d\u00e9passer des r\u00e9ticences \u00e9veill\u00e9es par des relations aussi troublantes. Mais, ceci \u00e9tant admis et passeulement du bout de quelques l\u00e8vres restant, au fond r\u00e9ticentes sinon d\u00e9sapprobatrices, on se surprendra alors en train de penser soi-m\u00eame : \u00ab Mais oui&#8230; les inconscients partagent leurs folies&#8230; \u00bb&nbsp;<br>Le titre de l&rsquo;ouvrage met la folie au singulier. Mais Benedetti \u00e9crit \u00e0 de nombreuses reprises qu&rsquo;elle concerne un noyau psychotique pr\u00e9sent en chacun. Il fait \u00e9cho aux diversit\u00e9s des \u00e9tranget\u00e9s psychiques vers lesquelles entra\u00eene l&rsquo;inconscient dont les singularit\u00e9s et les complexit\u00e9s sont humaines, sans que celles-ci soient r\u00e9serv\u00e9es \u00e0 de seules psychoses, les plus graves de surcro\u00eet. C&rsquo;est aussi la force du texte que de r\u00e9sonner non seulement en quiconque vit en psychiatrie au quotidien mais de pouvoir toucher aussi qui n&rsquo;y oppose pas trop intens\u00e9ment des murs intimes refusant d&rsquo;\u00eatre \u00e9branl\u00e9s.<br>L&rsquo;auteur fait partie de ceux, maintenant fort rares, ayant c\u00f4toy\u00e9 certains psychiatres et psychanalystes qui furent historiquement des d\u00e9couvreurs eux-m\u00eames engag\u00e9s en tant que th\u00e9rapeutes et chercheurs, d\u00e9fricheurs ou d\u00e9chiffreurs de l&rsquo;inconscient se manifestant \u00e0 vif quand la folie grave s&rsquo;y est constitu\u00e9e comme ultime recours. Le livre est parcouru de r\u00e9cits cliniques, g\u00e9n\u00e9ralement brefs mais expressifs et exemplaires des relations \u00e9tablies, lors de partages \u00e9vitant des m\u00eal\u00e9es et des confusions qui iraient \u00e0 l&rsquo;encontre de ce que l\u2019auteur d\u00e9signe comme relevant de symbioses et de s\u00e9parations, leur association les maintenant en tant que conduites participatives et psychoth\u00e9rapiques. Les difficult\u00e9s et les ressources des relations ainsi poursuivies \u00e9crivent ici leurs d\u00e9voilements, au fil de pas tra\u00e7ant chaque fois leurs propres chemins.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>\u00c0 l&rsquo;\u00e9vidence, s&rsquo;engager l\u00e0 comme soignant th\u00e9rapeute d\u00e9pend d&rsquo;app\u00e9tences et de tol\u00e9rances singuli\u00e8res, de qualit\u00e9s de pr\u00e9sence et d&rsquo;attention dont les possibilit\u00e9s s&rsquo;\u00e9largissent au cours de partages n\u00e9cessit\u00e9s par ce que Freud, rappelons-le, d\u00e9signait comme le \u00ab m\u00e9tier impossible \u00bb. Celui dont les int\u00e9r\u00eats se confirment et se d\u00e9veloppent lors de la poursuite m\u00eame des formes de pr\u00e9sence qu&rsquo;impliquent la pratique et la r\u00e9flexion, sans hi\u00e9rarchisation de l&rsquo;une par rapport \u00e0 l&rsquo;autre. Mais, quand de telles conditions sont r\u00e9unies, l&rsquo;aventure a lieu et elle \u00e9volue, riche de leurs partages et de leurs impr\u00e9vus. Qui en fait personnellement l&rsquo;exp\u00e9rience y d\u00e9couvre les apparentements psychiques inconscients \u00e9voqu\u00e9s par Harold Searles, cet autre th\u00e9rapeute respectueux de patients pour lesquels la schizophr\u00e9nie se constitue en presque dernier recours d&rsquo;existence. Les diverses r\u00e9actions \u00e9veill\u00e9es par de telles situations connaissent l&rsquo;incertain en m\u00eame temps que s&rsquo;\u00e9largissent des espaces d&rsquo;hospitalit\u00e9s psychiques favorables \u00e0 des interpr\u00e9tations imaginatives ou \u00e0 des imaginations th\u00e9rapeutiques partageables. Les pr\u00e9sences y sont en \u00e9cho de la part psychique existentielle, vive et secr\u00e8te respirant au creux de l&rsquo;humain. Celles ne redoutant et ne d\u00e9sirant rien tant qu&rsquo;un contact respectueux du monde psychique singulier et leurs mises en commun et en partages possibles. De telles rencontres s&rsquo;appr\u00e9cient tels ces moments rares au cours desquels d\u00e9couvrir les diversit\u00e9s des \u00ab po\u00e9tiques de la Relation \u00bb pr\u00e9sentes dans les larges envol\u00e9es d&rsquo;Edouard Glissant, celles des \u00ab pr\u00e9gnances \u00bb offertes par Fran\u00e7ois Jullien et des \u00ab membranes \u00bb se cr\u00e9ant, entourant le noyau du soi, celles que Maurizio Peciccia et Gaetano Bendetti consid\u00e8rent propices aux irrigations nouvelles d&rsquo;espaces psychiques ass\u00e9ch\u00e9s et clos sur eux-m\u00eames.<\/p>\n\n\n\n<p>Serait-ce ici un exercice d&rsquo;admiration et d&rsquo;enthousiasme \u00e9crit par une lectrice elle-m\u00eame depuis longtemps engag\u00e9e sur des terrains analogues, o\u00f9 elle entretient ses int\u00e9r\u00eats autour d&rsquo;une folie \u00e0 accueillir avec des respects dont t\u00e9moigner ? Trouvant elle-m\u00eame l\u00e0 certaines de ses raisons et d\u00e9raisons de vivre, leurs partages lui \u00e9vitant de les id\u00e9aliser dans ses isolements et ayant d\u00e9couvert, la fr\u00e9quentation de la folie aidant, comment s&rsquo;y consid\u00e9rer assez proche des autres pour rejoindre le sens commun ? Sans doute&#8230;La folie en partage renvoie vers l&rsquo;inconscient collectif, non pas celui universel des arch\u00e9types, mais celui qui s&rsquo;\u00e9tablit dans la relation profonde entre deux personnes et de fa\u00e7on privil\u00e9gi\u00e9e dans la relation psychoth\u00e9rapeutique. La folie \u00e9veille notre peur de l&rsquo;inconscient, mais elle \u00e9veille aussi le besoin de retisser le tissu interpersonnel d\u00e9chir\u00e9 par le d\u00e9lire. Jamais autant que dans la schizophr\u00e9nie je n&rsquo;ai fait l&rsquo;exp\u00e9rience de la singularit\u00e9 de l&rsquo;homme \u00e9crit l&rsquo;auteur.<br>Pour Gaetano Benedetti, l&rsquo;inconscient -on le dit peu et rarement de fa\u00e7on aussi sinc\u00e8re et convaincante &#8211; peut, lors de certaines relations en partage, venir \u00e0 l&rsquo;aide d&rsquo;un \u00eatre en danger. Son livre porte ainsi en lui l&rsquo;\u00e9ventualit\u00e9 d&rsquo;accueillir une part psychique humaine fragile et parcourue des mouvements et des transformations auxquelles participent chaque vie en partage.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12939?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2105],"mode":[61],"revue":[811],"auteur_livre":[2356],"class_list":["post-12939","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-claudie-cachard","mode-gratuit","revue-811","auteur_livre-gaetano-benedetti"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12939","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12939"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12939"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12939"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12939"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12939"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12939"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12939"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}