{"id":12934,"date":"2021-09-12T10:13:44","date_gmt":"2021-09-12T08:13:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/ladolescente-et-le-cinema\/"},"modified":"2021-09-27T17:43:17","modified_gmt":"2021-09-27T15:43:17","slug":"ladolescente-et-le-cinema","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/ladolescente-et-le-cinema\/","title":{"rendered":"L&rsquo;adolescente et le cin\u00e9ma"},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est \u00e0 un voyage cin\u00e9ma-tographique avec en son c\u0153ur l&rsquo;adolescente, que nous convient S\u00e9bastien Dupont et Hugues Paris. \u00c0 travers une oeuvre collective \u00e0 plusieurs voix (11 auteurs) associant une richesse d&rsquo;expression filmique (179 films recens\u00e9s), une mise \u00e0 nue de l&rsquo;adoles-cence f\u00e9minine sous toutes les coutures se devine, avec ses questionne-ments existentiels, ses \u00e9nigmes et son pouvoir de s\u00e9duction. Le choix du 7\u00e8me art, de cette puissance m\u00e9taphorique et interpr\u00e9tative des films, pour explorer les multiples facettes de ce \u00ab continent noir \u00bb (S. Freud), a d\u00e9j\u00e0 \u00e9t\u00e9 fructueux lors de leur ouvrage collectif pr\u00e9c\u00e9dent,&nbsp;<em>Films cultes et culte du film<\/em><em>&nbsp;chez les jeunes&nbsp;<\/em>(73 films recens\u00e9s), en co-direction \u00e9galement avec Jocelyn Lachance. Ainsi, la per-tinence du film comme \u00ab un miroir et un \u00e9cran de la psychologie adolescente \u00bb n&rsquo;est plus \u00e0 prouver. Sur cette surface de projection qu&rsquo;est la toile, un Je subtil se donne \u00e0 voir et \u00e0 entendre aux autres et \u00e0 l&rsquo;adolescente elle-m\u00eame, comme le \u00ab bruissement d&rsquo;une langue \u00bb (R. Barthes) nouvelle, \u00e9trang\u00e8re, singuli\u00e8re qui par del\u00e0 l&rsquo;\u00e9cran n&rsquo;est sens que dans la r\u00e9v\u00e9lation de soi comme une autre. C&rsquo;est de cette travers\u00e9e des \u00e2ges entre l&rsquo;enfance et l&rsquo;\u00e2ge adulte, de ce passage d&rsquo;une rive \u00e0 l&rsquo;autre pour (a)border l&rsquo;adolescence f\u00e9minine que nous parlent ces films mis sous le projecteur cette fois de praticiens de l&rsquo;adolescence.<\/p>\n\n\n\n<p>Ainsi de&nbsp;<em>Lolita \u00e0 Twilight<\/em>, mais encore de&nbsp;<em>Juno \u00e0 Alien<\/em>, de&nbsp;<em>La Boum<\/em>&nbsp;\u00e0&nbsp;<em>Dirty Dancing,<\/em>&nbsp;de&nbsp;<em>Halloween<\/em>\u00e0<em>&nbsp;Teeth<\/em>, les nombreux films choisis avec pertinence, chevauchent le temps, les \u00e9poques, mais aussi l&rsquo;espace et&nbsp;&nbsp; les lieux, lieux du corps f\u00e9minin. Onze regards crois\u00e9s entre psychologue, psychiatre, psy-chanalyste, sociologue, anthro- pologue et chercheur en \u00e9tudes cin\u00e9matographiques, d\u00e9plient sous nos yeux \u00e0 travers la diversit\u00e9 filmique une richesse d&rsquo;\u00e9critures, invitant le lecteur cin\u00e9phile ou n\u00e9ophyte, \u00e0 visualiser des images, \u00e0 se souvenir, \u00e0 revoir un film, \u00e0 \u00e9prouver des s\u00e9quences d&rsquo;images avec frissons, mais surtout \u00e0 regarder l&rsquo;offre adolescente autre-ment, et cela sur soixante ans de cin\u00e9ma. Lecture cin\u00e9matogra-phique \u00e0 laquelle l&rsquo;adolescente se pr\u00eate volontiers dans un jeu de d\u00e9voilement et de monstration de soi o\u00f9 le regard (de Lucy dans Beaut\u00e9 Vol\u00e9e) sous la capture de la cam\u00e9ra, regard\u00e9 par le spectateur, se multiplie \u00e0 l&rsquo;infini, tentant de briser le miroir de cette part invisible, intouchable, d\u00e9clin\u00e9e au f\u00e9minin, de ce ravissement innocent qui semble tant fasciner, et pas seulement les cin\u00e9astes. Longtemps effac\u00e9e au c\u00f4t\u00e9 de son pendant masculin, le \u00ab cin\u00e9ma d&rsquo;apr\u00e8s-guerre \u00bb peu \u00e0 peu la met en lumi\u00e8re. Les auteurs de cet ouvrage y ont \u00e9t\u00e9 sensibles et contribuent aujourd&rsquo;hui \u00e0 en r\u00e9v\u00e9ler ses \u00e9clats. Ainsi, la palette tr\u00e8s \u00e9tendue de films pr\u00e9sent\u00e9s dans cet ouvrage, nous illustre une psychologie de l&rsquo;adolescente \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre, avec ses th\u00e9matiques fondamentales : l&rsquo;amour et la haine, les myst\u00e8res de la sexualit\u00e9, de la jouissance f\u00e9minine, de l&rsquo;enfantement, le rapport au corps et \u00e0 sa virginit\u00e9, la passion, le plaisir et le d\u00e9sir, la folie et l&rsquo;horreur, la vie, la mort, les pulsions destructrices.<\/p>\n\n\n\n<p>D\u00e8s la pr\u00e9face, Serge Tisseron \u00e9voque la particularit\u00e9 des identit\u00e9s adolescentes, parfois multiples et changeantes, \u00ab n\u00e9-cessitant une fonction psychique contenante sans faille \u00bb. En effet, tout praticien que nous sommes, est amen\u00e9 \u00e0 accompagner ce jeu d&rsquo;identit\u00e9s \u00e0 l&rsquo;adolescence, cette travers\u00e9e des personnalit\u00e9s multiples, successives ou juxtapos\u00e9es, travers\u00e9e n\u00e9cessaire dans la conqu\u00eate singuli\u00e8re du Je. L&rsquo;adolescente n&rsquo;\u00e9chappe pas \u00e0 cette qu\u00eate identitaire complexe, comme nous le font remarquer S\u00e9bastien Dupont et Hugues Paris dans leur introduction, soulignant la vari\u00e9t\u00e9 de figures f\u00e9minines que le cin\u00e9ma met en relief, telles que les figures de la femme-enfant dans&nbsp;<em>Et Dieu \u2026 cr\u00e9a la femme&nbsp;<\/em>de Roger Vadim (1956), de l&rsquo;enfant-femme dans&nbsp;<em>Lolita&nbsp;<\/em>de Stanley Kubrick (1962), de la femme-fatale vengeresse dans&nbsp;<em>L&rsquo;\u00e9t\u00e9 meurtrier&nbsp;<\/em>de Jean Becker (1983) ou dans&nbsp;<em>Kill Bill&nbsp;<\/em>de Quentin Tarantino (2003-2004), figure encore de la folie f\u00e9minine dans&nbsp;<em>R\u00e9pulsion<\/em>&nbsp;de Roman Polanski (1966), de la prostitu\u00e9e, etc. Le cin\u00e9ma aurait, nous disent-ils, \u00ab le pouvoir de d\u00e9voiler l&rsquo;irrepr\u00e9sentable \u00bb ! Est-ce \u00e0 dire que le cin\u00e9ma, par sa qualit\u00e9 de figuration, a une capacit\u00e9 \u00e0 endiguer l&rsquo;angoisse chez les adolescents et a donc une fonction anxiolytique ?!<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le d\u00e9roulement des titres et des films comment\u00e9s, cet ouvrage pr\u00e9cise alors sa vis\u00e9e de rep\u00e9rage \u00e0 la fois des objets culturels,&nbsp; des films cultes et des th\u00e9ma-tiques qu&rsquo;affectionnent tout parti culi\u00e8rement les adolescentes. Leurs films de pr\u00e9dilection sont davantage du c\u00f4t\u00e9 de la com\u00e9die musicale, de la danse, de la com\u00e9die romantique, du drame, du film \u00e0 texte po\u00e9tique, comme par exemple&nbsp;<em>Le Fabuleux Destin d&rsquo;Am\u00e9lie Poulain&nbsp;<\/em>de Jean-Pierre Jeunet (2001).&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur trouvera apr\u00e8s une partie d\u00e9di\u00e9e \u00e0&nbsp;<em>La figure de l&rsquo;adolescente au cin\u00e9ma<\/em>, le chapitre le plus cons\u00e9quent du livre, consacr\u00e9 davantage aux myst\u00e8res de la sexualit\u00e9 f\u00e9minine avec ses d\u00e9rives possibles du c\u00f4t\u00e9 de la pornographie ou de la prostitution, ses craintes telles que la survenue d&rsquo;une grossesse, son issue dramatique parfois dans l&rsquo;acte suicidaire, illustr\u00e9 par Marion Haza \u00e0 propos de&nbsp;<em>The Virgin Suicides<\/em>. Selon elle, dans ce film, la m\u00e8re tyrannique des cinq s\u0153urs adolescentes, \u00ab m\u00e8re virginale, faisant de ses filles un objet phallique narcissique \u00bb interdit le regard sur le corps de ses filles, annihilant le r\u00e9veil pulsionnel. Le suicide appara\u00eet alors comme la seule mani\u00e8re de jouir de leur corps propre, \u00e9chappant au statut d&rsquo;objet d&rsquo;amour de ses parents. Cette auteure rappelle justement les propos de Serge Lesourd (2002) en tant que \u00ab la rencontre du f\u00e9minin \u00bb serait une op\u00e9ration adolescente oblig\u00e9e pour les deux sexes, \u00ab n\u00e9cessaire \u00e0 la rencontre de la jouissance Autre \u00bb dans l&rsquo;accession \u00e0 une sexualit\u00e9 adulte.&nbsp;<br>Le chapitre suivant intitul\u00e9&nbsp;<em>Le \u00ab continent sombre \u00bb de l&rsquo;adolescence f\u00e9minine : horreur, envo\u00fbtement, \u00e9pouvante, d\u00e9pression&#8230;&nbsp;<\/em>ne manque pas de nous entra\u00eener, \u00e0 partir d&rsquo;un rappel des \u00ab \u00e9tapes de la conception freudienne du masculin et du f\u00e9minin \u00bb par Brice Courty, du c\u00f4t\u00e9 de l&rsquo;engouement et de l&rsquo;attrait pour les films d&rsquo;horreur chez les adolescentes fr\u00f4lant l&rsquo;\u00abinqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u00bb repr\u00e9sent\u00e9e en la figure du monstrueux. Thierry Jandrok poursuit ensuite cette course-poursuite avec les d\u00e9mons de l&rsquo;adolescence, l&rsquo;Alien et la rencontre avec l&rsquo;\u00e9tranget\u00e9 sexuelle dans une \u00e9criture fi\u00e9vreuse, qui nous donne \u00e0 \u00e9prouver et \u00e0 nous identifier tant\u00f4t au&nbsp;<em>Huiti\u00e8me passager,<\/em>&nbsp;tant\u00f4t \u00e0 l&rsquo;adolescente en simulation d&rsquo;accouchement d&rsquo;un monstre, \u00ab la naissance est imaginaris\u00e9e comme une irruption de l&rsquo;int\u00e9rieur vers l&rsquo;ext\u00e9rieur, un traumatisme d\u00e9chirant le voile du fantasme \u00bb. Ces deux \u00e9critures interrogent tout ce monde de fantasmes dans lequel se r\u00e9fugie l&rsquo;adolescente, \u00ab la question de la rencontre avec l&rsquo;\u00e9tranger du dedans et du dehors \u00bb, le monstrueux phallique, mais aussi l&rsquo;enfantement d&rsquo;un monstre, ce corps \u00e9tranger, chez la \u00ab fille-adolescente-m\u00e8re \u00bb, d\u00e9chir\u00e9e par la question de ses origines.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs ne concluent pas, laissant pr\u00e9sager une suite \u00e0 leur ouvrage collectif. Et il en reste encore du \u00ab continent \u00bb \u00e0 fouler, des fouilles arch\u00e9ologiques&nbsp; sur l&rsquo;adolescence f\u00e9minine \u00e0 entreprendre. Je note que la question de son rapport \u00e0 l&rsquo;addiction n&rsquo;a pas \u00e9t\u00e9 \u00e9voqu\u00e9e, par exemple. D&rsquo;autre part, le r\u00e9alisateur Laurent Cantet, avec son r\u00e9cent film&nbsp;<em>Foxfire, confessions d&rsquo;un gang de filles&nbsp;<\/em>(2012), nous invite encore \u00e0 faire couler de l&rsquo;encre sur fond de pellicules, et rassurons le lecteur, des zones de myst\u00e8re du continent f\u00e9minin perdurent !<br>Patrici<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12934?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2102],"mode":[61],"revue":[682],"auteur_livre":[2352,2351],"class_list":["post-12934","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-patricia-waldele","mode-gratuit","revue-682","auteur_livre-hugues-paris","auteur_livre-sebastien-dupont"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12934","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12934"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12934"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12934"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12934"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12934"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12934"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12934"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}