{"id":12933,"date":"2021-09-12T10:13:44","date_gmt":"2021-09-12T08:13:44","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/le-dsm-roi\/"},"modified":"2021-09-22T18:38:30","modified_gmt":"2021-09-22T16:38:30","slug":"le-dsm-roi","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/le-dsm-roi\/","title":{"rendered":"Le DSM-Roi"},"content":{"rendered":"\n<p>Se succ\u00e9dant comme autant de rois de plus en plus puissants, leurs majest\u00e9s DSM sont l\u2019objet du dernier livre de Michel Minard, intitul\u00e9<em>&nbsp;Le DSM-Roi.<\/em>&nbsp;On savait que cet auteur avait du souffle, mais \u00e0 la fin de la lecture de cet essai, c\u2019est le mien qui en est coup\u00e9 d\u2019admiration et d\u2019estime pour le grand \u0153uvre qu\u2019il a r\u00e9alis\u00e9. Bien s\u00fbr le vertex de l\u2019ouvrage est dirig\u00e9 vers sa conclusion d\u2019une remarquable sagesse, faisant la part des choses entre les diff\u00e9rents courants de la psychiatrie, et tentant d\u2019en appeler \u00e0 une int\u00e9gration des \u00e9l\u00e9ments int\u00e9res-sants que chacun d\u2019eux peut porter dans ses th\u00e9orisations et ses pratiques au service des patients qui sont les premiers concern\u00e9s : \u00ab Pas plus hier qu\u2019aujourd\u2019hui, la psychiatrie ne peut pr\u00e9tendre \u00eatre une science : c\u2019est, comme les autres sp\u00e9cialit\u00e9s m\u00e9dicales, une pratique sociale qui ne doit pas manquer d\u2019utiliser des outils et des concepts scientifiques divers (math\u00e9matiques, physiques, chimiques, biologiques, g\u00e9n\u00e9tiques\u2026) \u00e0 chaque fois que cela peut lui permettre d\u2019accomplir des progr\u00e8s dans son artisanat th\u00e9rapeutique quotidien. Et ce n\u2019est pas en proclamant \u00e0 cor et \u00e0 cri une r\u00e9volution dans la psychiatrie qu\u2019on prouve le caract\u00e8re scien-tifique de cette r\u00e9volution, surtout quand on sait que Kuhn a consacr\u00e9 un chapitre entier de son essai au caract\u00e8re silencieux des changements de paradigme et au fait qu\u2019ils passent le plus souvent inaper\u00e7us \u00bb. Mais beaucoup plus largement, Michel Minard nous dresse un tableau de la psychiatrie am\u00e9ricaine, non seulement avec le talent d\u2019un historien, ce qu\u2019il se d\u00e9fend d\u2019\u00eatre, mais surtout avec l\u2019exp\u00e9rience et la pens\u00e9e sans cesse en mouvement du psychiatre qu\u2019il a \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s longtemps, occupant divers postes, dont celui de Dax qui reste marqu\u00e9 par l\u2019empreinte de son travail et de celui de son \u00e9quipe si dynamique et cr\u00e9ative.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage se divise en trois grandes parties. Une premi\u00e8re partie est consacr\u00e9e \u00e0 la pr\u00e9histoire des DSM, et nous fait assister \u00e0 la naissance de la psychiatrie am\u00e9ricaine, en attribuant au passage des titres savoureux aux personnages fondateurs de la dite psychiatrie : dans la famille de la psychiatrie am\u00e9ricaine, je demande le p\u00e8re et c\u2019est Benjamin Bush qui s\u2019avance. Je demande la m\u00e8re : et voil\u00e0 Dorothea Lynde Dix. Et le fils ? Il s\u2019agit de Clifford Beers. Benjamin Bush, en digne p\u00e8re de la psychiatrie am\u00e9ricaine, et Dorothea Dix vont s\u2019ing\u00e9nier \u00e0 cr\u00e9er une pr\u00e9occupation pour les malades mentaux, et plusieurs de leurs h\u00e9ritiers vont fonder une association sous l\u2019\u00e9gide de Kirkbride notamment en 1844,&nbsp; qui deviendra plus tard, apr\u00e8s bien des remaniements, l\u2019<em>American Psychiatric Association<\/em>&nbsp;en 1921, la plus puissante organisation psychiatrique du monde, au sein de laquelle les DSM trouveront tout naturellement le creuset de leurs d\u00e9veloppements successifs. La devise&nbsp;<em>Member driven,<\/em>&nbsp;science based, patient focused peut sembler aujourd\u2019hui pr\u00e9monitoire \u00e0 ceux qui ont un jour pens\u00e9 que la psychiatrie inspir\u00e9e par le courant psychodynamique, qui a un temps constitu\u00e9 la r\u00e9f\u00e9rence principale de cette grande association, allait devoir compter avec la psychiatrie&nbsp;<em>Evidence Based Medicine<\/em>, avant d\u2019en \u00eatre pratiquement \u00e9vinc\u00e9e d\u00e9sormais. D\u2019ailleurs, Michel Minard reprend par le menu l\u2019histoire de la psychanalyse aux Etats-Unis \u00e0 partir des conf\u00e9rences donn\u00e9es par Freud en 1909 \u00e0 la&nbsp;<em>Clark University,<\/em>&nbsp;\u00e0 la demande de son pr\u00e9sident Granville Stanley Hall, en compagnie de Jung, de Ferenczi et de Jones qui les a rejoint en provenance de Toronto. A la suite de ce voyage rest\u00e9 c\u00e9l\u00e8bre dans l\u2019histoire des id\u00e9es, la psycha-nalyse va diffuser dans le pays et les psychanalystes s\u2019organiser pour cr\u00e9er des enseignements, des associations diverses et des prati-ques s\u2019inspirant d\u2019elle. Plusieurs h\u00f4pitaux vont s\u2019organiser autour des concepts psychanalytiques, tels le&nbsp;<em>St Elisabeths Hospital&nbsp;<\/em>fond\u00e9 le si\u00e8cle pr\u00e9c\u00e9dent par Dorothea Dix, mais \u00e9galement Chesnut Lodge et la&nbsp;<em>Menninger Clinic<\/em>, pour ne citer que les plus c\u00e9l\u00e8bres. C\u2019est dans ces lieux prestigieux que travailleront Harry Stack Sullivan, Frieda Fromm Reichmann, Harold Searles, Heinz Hartmann et les Menninger. Mais Michel Minard nous rappelle que si les id\u00e9es de Freud ont pu se d\u00e9velopper en terrain favorable, c\u2019est en partie gr\u00e2ce au travail effectu\u00e9 par deux grands philosophes William James et Charles Sandor Peirce qui avaient pr\u00e9par\u00e9 les esprits \u00e0 l\u2019accueil d\u2019une psychologie scientifique. Si le premier est tr\u00e8s connu pour avoir diffus\u00e9 la philosophie pragmatiste, l\u2019invention en incombe en r\u00e9alit\u00e9 au second, de quelques ann\u00e9es son a\u00een\u00e9. En appui sur la logique qu\u2019il enseigne \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, Peirce d\u00e9montre la pertinence du pragmatisme, id\u00e9e qui sera reprise et amplement d\u00e9velopp\u00e9e par James.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Mais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 de l\u2019implantation profonde de la psychanalyse dans le milieu psychiatrique am\u00e9ricain, une autre forme de psychologie allait faire son entr\u00e9e, le behaviorisme, avec Watson, puis Skinner. On sait que cette th\u00e9orie sera critiqu\u00e9e et d\u00e9pass\u00e9e par les travaux des cognitivistes avec notamment Wiener, Bigelow et Rosenblueth, puis par Gardner, Newell et Simon. L\u2019histoire conservera le sigle confirmant leur alliance objective, les Th\u00e9rapies Cognitivo-Comportementales.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Reprenant cette histoire des d\u00e9buts de la psychiatrie am\u00e9ri-caine, Michel Minard insiste sur ses efforts classificatoires depuis sa naissance jusqu\u2019aux premiers DSM. Benjamin Bush lui-m\u00eame avait d\u00e9j\u00e0 pos\u00e9 les bases d\u2019une premi\u00e8re classification qui servira d\u2019\u00e9pure aux premiers travaux de l\u2019<em>American Psychiatric Association.<\/em>&nbsp;Profitant de l\u2019essor de l\u2019id\u00e9e d\u2019hygi\u00e8ne mentale port\u00e9e par Beers et Meyer (cr\u00e9ation du&nbsp;<em>National Committee of the Mental Hygien<\/em>&nbsp;-NCMH- en 1909), Salmon, nomm\u00e9 directeur du NCMH, favorisera l\u2019\u00e9laboration d\u2019un premier&nbsp;<em>Statistical Manual for the Use of Institutions for the Insane<\/em>. Plusieurs classifications (Jeliffe et White, Southard) verront le jour pour aboutir \u00e0 la Standard en 1933. Dix ans plus tard, sous l\u2019influence du psychiatre psycha-nalyste Menninger devenu g\u00e9n\u00e9ral&nbsp; de brigade durant la seconde guerre mondiale, la&nbsp;<em>Medical&nbsp;<\/em>203 est publi\u00e9e, int\u00e9grant dans sa classification les pathologies de guerre et les questions li\u00e9es aux traumatismes.<\/p>\n\n\n\n<p>Une deuxi\u00e8me partie est consacr\u00e9e aux deux premiers DSM I et II. Elle d\u00e9crit la naissance sous le pr\u00e9sident Truman du&nbsp;<em>National Institute of Mental Health&nbsp;<\/em>gr\u00e2ce aux influences de Robert Felix et de Morton Kramer et la mise en route du travail qui allait aboutir au DSM I en 1952 sous la direction de Georges Raines. A la m\u00eame \u00e9poque la<em>&nbsp;World Health Organization&nbsp;<\/em>allait actualiser la classification de Bertillon sous la forme de l\u2019ICD 6. C\u2019est \u00e9galement \u00e0 cette \u00e9poque qu\u2019on assiste \u00e0 une efflorescence des psychoth\u00e9rapies en provenance des Etats-Unis : analyse transactionnelle, gestalt-th\u00e9rapie, th\u00e9rapie familiale syst\u00e9mique. La psychanalyse est encore dominante et les travaux pr\u00e9paratoires au DSM II sont men\u00e9s par Gruenberg. La publication aura lieu en 1968. Mais au cours de la d\u00e9cennie suivante, la psychanalyse, carica-tur\u00e9e par Woody Allen, trop souvent devenue \u00e9dulcor\u00e9e et d\u00e9voy\u00e9e, perd de son influence sur l\u2019exercice de la psychiatrie. Elle est d\u00e9pass\u00e9e par les tendances n\u00e9o-kraepeliniennes de \u00ab l\u2019invisible college \u00bb, et la task force qui prend en main les travaux pr\u00e9paratoires du DSM III va d\u2019ailleurs en \u00e9vacuer tous les diagnostics \u00e0 connotations psy-chanalytiques. Gerald Klerman r\u00e9sume ainsi le credo des n\u00e9o-kraepeliniens : \u00ab La psychiatrie est une branche de la m\u00e9decine, la pratique psychiatrique doit \u00eatre fond\u00e9e sur les r\u00e9sultats de connaissances scientifiques, elles-m\u00eames fond\u00e9es sur des \u00e9tudes empiriques rigoureuses et non sur des interpr\u00e9tations impres-sionnistes incoh\u00e9rentes, il existe une limite entre le normal et le pathologique et cette limite peut \u00eatre d\u00e9crite de mani\u00e8re pr\u00e9cise et fiable. \u00bb Suivent plusieurs autres points tout aussi radicaux qui vont d\u00e9sormais servir de politique au groupe de travail charg\u00e9 de r\u00e9volutionner le DSM pour le mettre au service d\u2019une science psychiatrique. Exit la psychanalyse. Mais d\u2019autres \u00e9l\u00e9ments vont venir jouer un r\u00f4le important dans ces changements de paradigmes, et notamment l\u2019exp\u00e9rience de Rosenhan qui envoie quelques-uns de ses \u00e9tudiants se faire hospitalier dans des h\u00f4pitaux psychiatriques en pr\u00e9tendant entendre des voix, et en sortir quelques temps plus tard avec le diagnostic de schizophr\u00e8ne. La fiabilit\u00e9 des diagnostics se voit alors fortement contest\u00e9e, renfor-\u00e7ant chez les membres de la task force l\u2019id\u00e9e d\u2019objectiver davantage sur des arguments \u00e0 pr\u00e9tention scientifique les diagnostics et les classifications. Deux autres \u00e9l\u00e9ments joueront un r\u00f4le \u00e9minent, d\u2019une part la bataille de l\u2019homosexualit\u00e9 qui aboutira \u00e0 la sortie du diagnostic d\u2019homo-sexualit\u00e9 du DSM III, et d\u2019autre part la revendication des v\u00e9t\u00e9rans des guerres am\u00e9ricaines r\u00e9centes pour faire reconna\u00eetre les s\u00e9quelles de leurs exp\u00e9riences de combat dans le cadre de la nouvelle classification. Robert Spitzer sera le&nbsp;<em>chairman<\/em>&nbsp;du DSM III qui sortira en 1980. Il sera aid\u00e9 de fa\u00e7on d\u00e9cisive par Melvin Sabshin et Theodore Million.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Une troisi\u00e8me partie d\u00e9crit pr\u00e9cis\u00e9ment les avatars survenus entre la sortie du DSM III et celle du DSM IV, aussi bien les opinions favorables que les critiques formul\u00e9es \u00e0 la fois par des scientifiques \u00e9levant le niveau des exigences pour les travaux de la prochaine classification que celles formul\u00e9es par les antipsychiatres au nombre desquels Szasz figure en bonne place, et \u00e9galement par les critiques des interventions des laboratoires pharmaceutiques dans le&nbsp;<em>disease mongering&nbsp;<\/em>(la fabrication-vente des maladies).&nbsp; Mais avant d\u2019en arriver \u00e0 l\u2019\u00e9dition du DSM IV, Michel Minard passe en revue les diff\u00e9rentes affaires survenues aux&nbsp;<em>States<\/em>&nbsp;en rapport avec le diagnostic de \u00ab per-sonnalit\u00e9 multiple \u00bb, avec les cons\u00e9quences majeures que l\u2019on conna\u00eet. L\u2019exemple de l\u2019affaire Ingram est rappel\u00e9e \u00e0 cet effet, et montre les effets que les classifications peuvent avoir sur la vie de centaines de personnes influen\u00e7ables. Ce sont enfin les travaux pr\u00e9paratoires qui sont men\u00e9s sous la houlette d\u2019Allen Frances qui vont aboutir \u00e0 la sortie du DSM IV en 1994. Il pr\u00e9vient dans son introduction que \u00ab le DSM ne doit pas \u00eatre le seul outil d\u2019enseignement et qu\u2019il ne doit pas \u00eatre utilis\u00e9 de mani\u00e8re trop litt\u00e9rale. Le diagnostic psychia-trique n\u2019est qu\u2019une \u00e9tape de l\u2019\u00e9valuation et de la formulation d\u2019un probl\u00e8me clinique, et n\u2019a pas \u00e0 \u00eatre surestim\u00e9 aux d\u00e9pens d\u2019autres \u00e9tapes dans l\u2019\u00e9tablis-sement d\u2019un traitement \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Minard d\u00e9crit ensuite le chemin p\u00e9rilleux vers le DSM V. Citant Blashfield, il insiste sur les risques pris par \u00ab la croissance des DSM \u00e9voquant le processus&nbsp; impossible \u00e0 stopper d\u2019un apprenti sorcier \u00bb. Plus avant, il fait une large part aux d\u00e9voiements coupables de l\u2019<em>American Psychiatric Association&nbsp;<\/em>avec Big Pharma. Entre les \u00ab doughnuts pour les m\u00e9decins \u00bb (Moynihan et Cassels), et le mod\u00e8le \u00ab un rendez vous, une pilule \u00bb (Scharfstein), les d\u00e9rives sont aussi nombreuses qu\u2019incroyables et permettent de mettre en doute la scientificit\u00e9 des recher-ches financ\u00e9es par les laboratoires pharmaceutiques. De nombreuses exactions sont cit\u00e9es qui viennent corroborer le passage du mod\u00e8le bio-psycho-social au mod\u00e8le bio-bio-bio. Les conflits d\u2019int\u00e9r\u00eats se succ\u00e8dent et sont d\u00e9nonc\u00e9s dans la presse par des journalistes scrupuleux qui exigent une transparence des financements occultes. Le s\u00e9nateur Chuck Grassley interpelle l\u2019<em>American Psychiatric Association<\/em>&nbsp;sur tous ces probl\u00e8mes et demande des comptes \u00e0 ceux qui ont franchi la limite fix\u00e9e par la d\u00e9ontologie m\u00e9dicale. C\u2019est \u00e0 cette \u00e9poque (2006) que Greenspan publie son&nbsp;<em>Psychodynamic Diagnostic Manual<\/em>. D\u2019inspiration psychanalytique, il pr\u00f4ne une psychiatrie int\u00e9grative, attach\u00e9e \u00e0 articuler les d\u00e9cou-vertes des neurosciences, les avanc\u00e9es des diff\u00e9rents traite-ments ayant fait la preuve de leur efficacit\u00e9 et les acquis des th\u00e9orisations psychodynamiques solides.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Bravant toutes les autres classifications, la sortie du DSM V a lieu en mai 2013, sous la direction de Kupfer, Dilip Jeste \u00e9tant alors pr\u00e9sident de l\u2019<em>American Psychiatric Association<\/em>. Rapidement il appert que cette \u00e9dition est contest\u00e9e tr\u00e8s largement par des forces tr\u00e8s h\u00e9t\u00e9rog\u00e8nes. Et Michel Minard de conclure son ouvrage par une synth\u00e8se des difficult\u00e9s rencon-tr\u00e9es lors de la pr\u00e9paration et \u00e0 la sortie du DSM V, fortement critiqu\u00e9e \u00e0 la fois par Spitzer et par Frances, les patrons des DSM III et IV. Il passe les diff\u00e9rents \u00e9l\u00e9ments contest\u00e9s sous son microscope, et nous montre \u00e0 quel point cette nouvelle mouture va avoir des effets \u00e0 la fois sur les patients, en augmentant passablement les candidats \u00e9ligibles \u00e0 un diagnostic psychiatrique, notamment chez les enfants, en les soumettant \u00e0 des traitements \u00e0 vis\u00e9e pr\u00e9ventive aux cons\u00e9quences potentiellement dangereuses, et en les amenant \u00e0 quitter les avatars de la normalit\u00e9 pour les conduire vers une terre promise sans troubles mentaux essentiellement d\u00e9finie par les laboratoires pharmaceutiques, et rappelant le roman de science fiction d\u2019Ira Lewin,&nbsp;<em>Un bonheur insoutenable.<\/em>&nbsp;Malgr\u00e9 ces critiques majeures, la mondia-lisation du ph\u00e9nom\u00e8ne DSM voit ainsi confort\u00e9e sa domination sur la psychiatrie internationale faisant fi des sp\u00e9cificit\u00e9s anthro-pologiques et risquant de r\u00e9duire la prise en charge \u00e0 la seule prescription chimique pr\u00e9ventive quand elle n\u2019est pas d\u00e9j\u00e0 curative. \u00ab Que nos connaissances du comportement humain restent inassimilables \u00e0 des sciences biologiques, c\u2019est ce que tous les opposants au mod\u00e8le bio-bio-bio de la psychiatrie am\u00e9ricaine r\u00e9p\u00e8tent sans cesse. Si Spitzer s\u2019est d\u00e9mis du mouvement n\u00e9o-kraepelinien, c\u2019est \u00e0 cause du credo bio-bio-bio de ses membres. C\u2019est aussi ce que certains des artisans du DSM V d\u00e9couvrent de mani\u00e8re cuisante, oblig\u00e9s qu\u2019ils sont d\u2019abandonner l\u2019espoir d\u2019un second et illusoire changement de paradigme, en l\u2019absence de marqueurs biologiques dont ils esp\u00e9raient tant la d\u00e9couverte imminente \u00bb. Et Michel Minard ajoute fac\u00e9tieusement : \u00ab Tel l\u2019incroyable monsieur Hulk sous les coups de ses adversaires, le DSM va encore grandir, se renforcer et changer de couleur. Mais que va-t-il bien pouvoir se passer demain ? \u00bb. Inutile de vous recommander la lecture de cet ouvrage somptueux sur la psychiatrie am\u00e9ricaine qui permet de comprendre les grands enjeux des classifications devenues des instruments de pouvoir aux mains de psychiatres dominants, et par del\u00e0 les classifications criticables, les grands enjeux de la psychiatrie de demain.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12933?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1412],"mode":[61],"revue":[370],"auteur_livre":[2350],"class_list":["post-12933","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-delion","mode-gratuit","revue-370","auteur_livre-michel-minard"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12933","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12933"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12933"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12933"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12933"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12933"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12933"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12933"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}