{"id":12919,"date":"2021-09-12T10:13:42","date_gmt":"2021-09-12T08:13:42","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/une-parole-pour-grandir-suivi-de-oedipe-empeche\/"},"modified":"2021-09-21T17:55:52","modified_gmt":"2021-09-21T15:55:52","slug":"une-parole-pour-grandir-suivi-de-oedipe-empeche","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/une-parole-pour-grandir-suivi-de-oedipe-empeche\/","title":{"rendered":"Une parole pour grandir suivi de \u0152dipe emp\u00each\u00e9"},"content":{"rendered":"\n<p>Cet ouvrage collectif regroupe une s\u00e9rie d&rsquo;interventions \u00e9crites par les accueillants du&nbsp;<em>Jardin Couvert,<\/em>&nbsp;structure inspir\u00e9e du mod\u00e8le des Maisons vertes \u00e9tabli par Fran\u00e7oise Dolto, cr\u00e9\u00e9e \u00e0 Lyon en 1984. Il s&rsquo;ouvre sur une s\u00e9rie de vignettes cliniques, de retrans-criptions des \u00e9changes entre les accueillants et les familles fr\u00e9quentant les lieux, parfois r\u00e9guli\u00e8rement, parfois exceptionnellement. Ils rendent compte de l&rsquo;ambiance toute particuli\u00e8re que l&rsquo;on retrouve dans ce lieu singulier. Ces vignettes sont regroup\u00e9es selon diff\u00e9rents th\u00e8mes et peignent par petites touches le cadre institu\u00e9 dans ce lieu d&rsquo;accueil.<\/p>\n\n\n\n<p>Les auteurs mettent d&rsquo;abord en avant ce qui fonde leur pratique : la parole. L&rsquo;introduction rappelle en effet que nous sommes des humains, donc des parl\u00eatres. L&rsquo;accueil se fait donc par le jeu et la parole, conditions pour que s&rsquo;\u00e9tablisse un transfert sur le lieu du&nbsp;<em>Jardin Couvert.<\/em>&nbsp;Les accueillants accompagnent ainsi l&rsquo;inscription du tout-petit dans la parole et le langage. L&rsquo;enfant accueilli est toujours accompagn\u00e9 d&rsquo;un adulte dont il est d\u00e9pendant, que ce soit la m\u00e8re, le p\u00e8re, les grands-parents ou encore la nourrice. Les accueillants inscrivent \u00e0 son arriv\u00e9e le pr\u00e9nom de l&rsquo;enfant, son \u00e2ge et le lien de parent\u00e9 qu&rsquo;il a avec la personne qui l&rsquo;accompagne. Cet anonymat &#8211; que les auteurs&nbsp; nommeront plus loin \u00ab pr\u00e9no-nymat \u00bb puisque la nomination passe par le pr\u00e9nom de l&rsquo;enfant &#8211; permet d&rsquo;ouvrir la possibilit\u00e9 d&rsquo;une rencontre, au-del\u00e0 de la question du sympt\u00f4me. Au Jardin Couvert, on ne vient pas consulter l&rsquo;avis d&rsquo;un sp\u00e9cialiste ou trouver des conseils, mais plut\u00f4t passer un moment partag\u00e9. Ce travail de d\u00e9sencombrement est tout \u00e0 fait pr\u00e9valent pour les accueillants, qui se d\u00e9calent des injonctions \u00e9ducatives et des recettes toutes faites pour permettre le d\u00e9ploiement d&rsquo;une histoire singuli\u00e8re. Il s&rsquo;agit de rep\u00e9rer la limite du conseil \u00e9ducatif pour ne pas adopter une position de savoir qui ne ferait que renforcer les r\u00e9sistances des familles. Le mode d&rsquo;intervention, appel\u00e9e \u00ab intervention interpr\u00e9tative \u00bb, caract\u00e9rise \u00e9galement ce lieu particulier. L&rsquo;adresse aux enfants et aux touts-petits permet de rep\u00e9rer les questions muettes qu&rsquo;ils posent \u00e0 travers le langage de leurs jeux. Il s&rsquo;agit de porter attention aux troubles, aux tensions et aux questions qui agitent les enfants sans qu&rsquo;ils puissent en parler, faute de repr\u00e9sentation int\u00e9rieure. Ainsi, \u00e0 travers ces vignettes cliniques tr\u00e8s parlantes, sont abord\u00e9es les questions de la limite, de la s\u00e9paration, de la filiation, de la jalousie, de la propret\u00e9, des col\u00e8res, etc. On rencontre des parents en difficult\u00e9 pour concevoir la limite comme structurante et qui, de peur de traumatiser leurs enfants ou de leur donner le sentiment de moins les aimer, les laissent face \u00e0 la violence de leurs pulsions. Ces parents posent \u00e9galement la question de la s\u00e9paration. Elle est abord\u00e9e, par exemple, par le sevrage &#8211; ce moment du passage d&rsquo;une maman-t\u00e9t\u00e9e \u00e0 une maman qui porte par la voix, la parole, les chansons, et ouvre ainsi vers l&rsquo;ext\u00e9rieur. Pour donner un dernier exemple, l&rsquo;histoire familiale et les r\u00e9p\u00e9titions transg\u00e9n\u00e9rationnelles retiennent \u00e9galement l&rsquo;attention des accueillants. L&rsquo;arriv\u00e9e d&rsquo;un enfant dans un couple r\u00e9interroge ce qui fonde leur alliance et ce qu&rsquo;ils ont re\u00e7u de leurs propres parents. Ainsi, la question fondamentale de la structure du<em>&nbsp;Jardin Couvert&nbsp;<\/em>serait sans doute : qu&rsquo;est-ce qu&rsquo;\u00eatre parent ?<br><br>Dans une seconde partie, intitul\u00e9e&nbsp;<em>Penser la clinique<\/em>, les accueillants du Jardin Couvert engagent une r\u00e9flexion sur leurs pratiques tout en pr\u00e9cisant davantage leur cadre th\u00e9orique et sa traduction en terme de dispositif. Ils rappellent ainsi leur r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l&rsquo;inconscient, observant qu&rsquo;\u00ab un enfant s&rsquo;\u00e9l\u00e8ve bien plus \u00e0 partir de ce que nous sommes, avec notre mani\u00e8re d&rsquo;\u00eatre au monde, fa\u00e7onn\u00e9e par notre histoire personnelle, familiale et g\u00e9n\u00e9rationnelle, qu&rsquo;avec ce que nous savons \u00bb. La parole est ainsi le moyen de remettre en mouvement quelque chose qui s&rsquo;est fig\u00e9, et qui fait sympt\u00f4me. \u00ab Quelque chose s&rsquo;est arr\u00eat\u00e9 de parler (et doit) \u00eatre \u00e9cout\u00e9 comme ce qui cherche \u00e0 se dire \u00bb. Pour cette raison, les intervenants sont tous appel\u00e9s \u00ab accueillants \u00bb, quelque soit leur bagage th\u00e9orique. Cependant, chaque demi-journ\u00e9e d&rsquo;accueil est encadr\u00e9e par un psychanalyste. Le transfert est pens\u00e9 comme un transfert sur le lieu. Celui-ci est assez s\u00e9curisant pour permettre aux enfants et aux parents d&rsquo;explorer de nouveaux modes de relation et d&rsquo;exp\u00e9rimenter la s\u00e9paration. L&rsquo;enfant peut ainsi s&rsquo;\u00e9loigner du corps et de l&rsquo;attention parentale pour aller \u00e0 la rencontre des petits rivaux, semblables \u00e0 eux mais bien distincts. La s\u00e9paration et la limite transf\u00e8rent ainsi le lien du corps et de ses besoins sur la parole. \u00ab L\u00e0 o\u00f9 \u00e9tait la d\u00e9pendance, la parole vient substituer la possibilit\u00e9 de demander et de d\u00e9sirer. \u00bb La fonction de tiers vient s\u00e9parer la m\u00e8re de son enfant tout autant que l&rsquo;enfant de sa m\u00e8re. Cette fonction tierce est ce qui soulage la m\u00e8re ou son substitut du trop de pouvoir qu&rsquo;elle a sur son enfant ou, \u00e0 l&rsquo;inverse, ce qui lui permet de supporter son impuissance. Ce tiers peut \u00eatre incarn\u00e9 par une imago paternelle, le lieu du Jardin Couvert ou encore, et peut-\u00eatre essentiellement, la parole, c&rsquo;est-\u00e0-dire la loi du d\u00e9sir. Chacun peut \u00eatre le tiers d&rsquo;un autre, \u00e0 condition effectivement qu&rsquo;il soit pr\u00e9sent physiquement mais \u00e9galement psychiquement, y compris en son absence.<br><br>C&rsquo;est dans la troisi\u00e8me partie, intitul\u00e9e&nbsp;<em>L\u2019Oedipe emp\u00each\u00e9<\/em>, que Jean-Pierre Lebrun revient sur le concept du tiers \u00e0 l&rsquo;aune des transformations sociales et du d\u00e9clin du patriarcat. Il convoque la clinique de l&rsquo;incestuel, autrement dit l&rsquo;inceste platonique et sans passage \u00e0 l&rsquo;acte. Bien qu&rsquo;essentielle dans les premiers mois de la vie du nourrisson, cette pr\u00e9-<br>occupation maternelle primaire semble s&rsquo;\u00e9tendre bien au-del\u00e0 de la p\u00e9riode n\u00e9cessaire. Cette situation semble d&rsquo;ailleurs justifi\u00e9e par les injonctions du discours social. Bien que d\u00e9fendant l&rsquo;\u00e9galit\u00e9 homme-femme, Jean-Pierre Lebrun s&rsquo;interroge sur les effets de l&rsquo;effacement de cette dissym\u00e9trie.<br>\u00ab Issu d&rsquo;un corps \u00e0 corps avec la m\u00e8re, le petit humain doit consentir \u00e0 un lieu tiers, la langue, pour organiser les \u00e9changes qu&rsquo;il aura avec ses semblables. \u00bb Or l&rsquo;incestuel exclue le tiers ; il s&rsquo;agit d&rsquo;un \u00e9tat dans lequel on ne manque de rien, \u00e9tat incompatible avec ce processus d&rsquo;humanisation.<br>L&rsquo;interdit de l&rsquo;inceste est rep\u00e9r\u00e9 par Claude L\u00e9vi-Strauss comme l&rsquo;interdit princeps et universel qui marque le passage de la nature \u00e0 la culture. En effet, le brouillage des places et des relations de parent\u00e9 d\u00e9coulant de l&rsquo;inceste ne peut \u00eatre compatible avec<br>l&rsquo;organisation de la soci\u00e9t\u00e9.<br><br>Comment alors le discours social encourage-t-il cette dimension incestuelle dans laquelle rien ne doit manquer, l&rsquo;amour maternel \u00e9tant la promesse de cet inconditionnelle immuabilit\u00e9 ?<br>Comme le rep\u00e8re Sigmund Freud, ce d\u00e9sir d&rsquo;inceste est pr\u00e9sent chez chaque enfant. Le tout-petit<br>souhaite maintenir cet \u00e9tat de satisfaction compl\u00e8te dans lequel rien ne manque et auquel pourvoit la m\u00e8re. Le maintien de ce couple fusionnel entrave la construction de l&rsquo;identit\u00e9 subjective et du corps de l&rsquo;enfant.<br>L&rsquo;auteur rep\u00e8re que le d\u00e9clin du patriarcat et les avanc\u00e9es techniques et scientifiques autour de la procr\u00e9ation consacrent le pouvoir absolu de la m\u00e8re. De plus, le discours du capitalisme appelle \u00e0 la jouissance imm\u00e9diate.<br>Comment d\u00e8s lors fonctionne la promesse \u0153dipienne \u00e0 laquelle les petits enfants doivent faire face pour grandir, et avoir envie de grandir ? \u00ab Quand tout donne \u00e0 penser qu&rsquo;introduire une promesse pour plus tard n&rsquo;a plus de raison d&rsquo;\u00eatre face au possible de la satisfaction imm\u00e9diate, le discours social vient d\u00e9l\u00e9gitimer ce \u00e0 quoi un enfant doit faire face pour grandir. \u00bb<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12919?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2040],"mode":[60],"revue":[621],"auteur_livre":[2337],"class_list":["post-12919","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-marion-minari","mode-payant","revue-621","auteur_livre-jean-pierre-lebrun"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12919","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12919"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12919"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12919"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12919"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12919"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12919"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12919"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}