{"id":12899,"date":"2021-09-12T10:13:39","date_gmt":"2021-09-12T08:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/la-voix-sur-le-divan\/"},"modified":"2021-09-28T17:58:17","modified_gmt":"2021-09-28T15:58:17","slug":"la-voix-sur-le-divan","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-voix-sur-le-divan\/","title":{"rendered":"La voix sur le divan"},"content":{"rendered":"\n<p>Par ce livre, Jean-Michel Vives donne \u00e0 d\u00e9couvrir une passion-nante \u00e9tude psychanalytique et m\u00e9tapsychologique de la voix \u00e0 partir de trois figures de l\u2019art vocal \u00e0 travers le temps, de la musique sacr\u00e9e \u00e0 la techno en passant par l\u2019Op\u00e9ra lyrique. D\u00e8s l\u2019ouverture de son essai, Jean-Michel Vives souligne ce paradoxe : si importante dans le dispositif psychanalytique, la voix n\u2019est que tr\u00e8s peu \u00e9tudi\u00e9e par les psychanalystes. R\u00e9pondant \u00e0 la c\u00e9l\u00e8bre formule de Claude L\u00e9vi-Strauss, \u00ab la musique, c\u2019est le langage moins le sens \u00bb &#8211; Jean-Michel Vives laisse apercevoir comment la voix, dissimul\u00e9e derri\u00e8re le sens, peut \u00eatre appr\u00e9hend\u00e9e comme \u00ab objet \u00bb de la psychanalyse. La langue fran\u00e7aise, d\u2019ailleurs, en choisissant de d\u00e9signer \u00ab l\u2019amoureux de la musique \u00bb par le terme \u00ab m\u00e9lo-mane \u00bb plut\u00f4t que \u00ab m\u00e9lophile \u00bb, a bien mis l\u2019accent sur cette folie (mania) susceptible d\u2019\u00eatre v\u00e9hicu-l\u00e9e par la musique. Et cet ouvrage laisse d\u00e9couvrir dans quelle mesure l\u2019objet de la voix est un v\u00e9ritable objet pulsionnel ouvrant \u00e0 une psychopathologie des exp\u00e9-riences du corps. Entre pulsions de vie et pulsions de mort, pulsions sexuelles et pulsions haineuses, la voix est un objet r\u00e9el digne d\u2019int\u00e9r\u00eat pour les psychanalystes contemporains : \u00ab La voix est cette part du corps qu\u2019il faut mettre en jeu \u2013 sacrifier, pourrait-on dire \u2013 pour produire un \u00e9nonc\u00e9 de langage (\u2026). La parole voile la voix. \u00bb&nbsp;<br><br>L\u2019auteur donne \u00e0 concevoir comment les sons qui touchent, enveloppent, bercent, excitent, effractent, r\u00e9sonnent dans le corps, sont susceptibles de permettre au psychisme de fabriquer des paysages, d\u2019halluciner des pr\u00e9sences, de d\u00e9fonctionnaliser les sens en permettant par exemple de d\u00e9finir les couleurs d\u2019une voix. Une question int\u00e9ressante est soulev\u00e9e : pourquoi l\u2019\u00ab \u00e9coutisme \u00bb est absent du vocabulaire psychanalytique ? N\u2019y aurait-il pas l\u00e0 une sorte de point aveugle des analystes qui passent pourtant des milliers d\u2019heures \u00e0 \u00e9couter des voix parler ? Quelles voix entend-t-on ? N\u2019y aurait-il pas de possibles f\u00e9ti-chismes sonores ou perversions de l\u2019\u00e9coute ? L\u2019auteur prend l\u2019exem-ple du sexologue Alfred Kinsey qui d\u00e9tenait des bandes sonores de plus de 10000 personnes inter-rog\u00e9es sur leur sexualit\u00e9 pour lancer cette question : \u00ab la dimension \u00ab\u00a0scientifique\u00a0\u00bb de la d\u00e9marche permettait-elle d\u2019effacer et d\u2019oublier la dimension sexuelle li\u00e9e \u00e0 cette \u00ab \u00e9coute \u00bb forcen\u00e9e durant des milliers d\u2019heures ? \u00bb et de r\u00e9pondre : \u00ab On a trop souvent tendance \u00e0 oublier que loin d\u2019\u00eatre seulement pacifiante, la voix est \u00e9galement, et m\u00eame essentiel-lement, le terrain o\u00f9 se jouent de violents enjeux de jouissance. Et ce sont ces enjeux qui nous occupent avant tout. \u00bb. Il d\u00e9veloppe alors trois perspectives musicales \u00e9tonnantes pour illustrer sa r\u00e9flexion.<br><br><em>La voix perdue des castrats&nbsp;<\/em>dans la musique sacr\u00e9e : c\u2019est en partant de ces voix perdues que l\u2019auteur, en fin analyste, introduit le rapport entre la voix, les puissances sacr\u00e9es, la jouissance et la castration. Il met en relief le destin de ces \u00ab voix d\u2019anges musiciens devenus h\u00e9ros \u00bb depuis la fin du 16\u00e8me si\u00e8cle jusqu\u2019au dernier castrat de la Chapelle Sixtine au d\u00e9but du 20\u00e8me si\u00e8cle. Est soulign\u00e9 comment l\u2019utilisation de la voix de ces \u00ab anges musi-ciens \u00bb varie selon les \u00e9poques : si valoris\u00e9es et investies tant qu\u2019elles servaient uniquement la parole sacr\u00e9e et la jouissance divine, puis pass\u00e9es de mode, voire devenues insupportables \u00e0 l\u2019heure des lumi\u00e8res, lorsqu\u2019elles pr\u00e9ten-daient servir la jouissance des auditeurs m\u00e9lomanes. Insup-portable d\u2019une voix qui parle depuis la castration, depuis un lieu \u00e9trange o\u00f9 l\u2019on pourrait oublier la diff\u00e9rence des sexes et celle des g\u00e9n\u00e9rations.<br><br><em>La voix dans l\u2019Op\u00e9ra.<\/em>&nbsp;L\u2019exemple du sacrifice de la voix d\u2019Antonia dans les&nbsp;<em>Contes d\u2019Hoffmann&nbsp;<\/em>d\u2019Offen-bach est utilis\u00e9 pour donner \u00e0 entendre ce qui caract\u00e9rise la voix des sir\u00e8nes. Antonia vit sous l&#8217;emprise d&rsquo;une terrible maladie lui interdisant de chanter \u00e0 tout prix alors qu\u2019elle a h\u00e9rit\u00e9 de la magnifique voix de sa m\u00e8re, cantatrice d\u00e9c\u00e9d\u00e9e. Le Diable cach\u00e9 sous les traits du docteur Miracle revient pour l\u2019inciter \u00e0 chanter. Il se sert de sa magie pour faire appara\u00eetre le spectre de la d\u00e9funte m\u00e8re qui interpelle Antonia pour la persuader de chanter. S&rsquo;ensuit un trio intense avec Miracle, Antonia et \u00ab La voix \u00bb de la m\u00e8re dans lequel Antonia encha\u00eene les vocalises jusqu&rsquo;\u00e0 la syncope. On per\u00e7oit, dans ce moment de bascule o\u00f9 Antonia est menac\u00e9e de mourir par la jouissance de sa propre voix, les effets puissants non seulement de l\u2019attraction d\u2019une voix, mais de la jouissance d\u2019une voix, capable de gu\u00e9rir comme de tuer. Et l\u2019auteur de montrer comment derri\u00e8re la voix dans l\u2019Op\u00e9ra, la dimension du cri est fr\u00f4l\u00e9e ; comment la voix ne saurait se r\u00e9duire \u00e0 un objet sublime lorsque la fronti\u00e8re est parfois mince avec le cri fou. En t\u00e9moigne la violence chez l\u2019auditeur lorsque la cantatrice rate l\u2019aigu tant attendu, id\u00e9alis\u00e9 ; c\u2019est l\u2019horrible d\u00e9ception, la d\u00e9valorisation haineuse. Vives \u00e9met l\u2019hypoth\u00e8se qu\u2019avec Lulu d\u2019Alban Berg, une barri\u00e8re a \u00e9t\u00e9 franchie avec l\u2019apparition du cri sur sc\u00e8ne profilant la fin de l\u2019op\u00e9ra. Dans Lulu, par ce cri de mort, la musique est d\u00e9pass\u00e9e.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Les vibes et les beats dans la techno<\/em>. C\u2019est ensuite du c\u00f4t\u00e9 des raves parties que Jean-Michel Vives nous am\u00e8ne pour nous faire d\u00e9couvrir certains aspects du monde sonore adolescent. De la musique techno \u00e9cout\u00e9e \u00e0 tue-t\u00eate dans le casque (t\u00e9tine auditive) jusqu\u2019\u00e0 la participation aux raves o\u00f9 la musique plus ou moins \u00ab timbr\u00e9e \u00bb est d\u00e9livr\u00e9e par le DJ de mani\u00e8re ininterrompue des heures durant jusqu\u2019\u00e0 l\u2019\u00e9puise-ment des corps, on trouvera divers usages (auto-calmant ? addictif ? \u00ab timbr\u00e9 \u00bb ?) de la musique par les adolescents. Cela am\u00e8ne le clinicien \u00e0 se pencher plus profond\u00e9ment sur les relations de la psychopathologie aux manifes-tations du sonore. Une fine \u00e9tude porte alors sur le \u00ab timbre \u00bb de la musique qui, contrairement \u00e0 la hauteur ou la puissance, \u00e9chappe \u00e0 la symbolisation, ne s\u2019\u00e9value pas. Ce qui est recherch\u00e9 : le beat, le timbre, les modulations des basses qui vibrent et irradient dans tout le corps. Et la figure du DJ, id\u00e9alis\u00e9, au c\u0153ur d\u2019un dispositif o\u00f9 il est attendu qu\u2019il soit une sorte de \u00ab dispensateur de jouissance \u00bb. Ici, la question, qui sous-tend l\u2019op\u00e9ra Capriccio, \u00ab&nbsp;<em>Prima la musica, o prima le parole<\/em>&nbsp;\u00bb semble d\u00e9finitivement r\u00e9solue : Prima la musica jusqu\u2019\u00e0 bout de souffle, et parfois m\u00eame jusqu\u2019\u00e0 la bouff\u00e9e d\u00e9lirante.<br><br>Enfin, l\u2019auteur revient sur le dispositif analytique pour laisser appara\u00eetre comment celui-ci invite le passage d\u2019une voix tue, cette voix sans \u00e2ge de l<em>\u2019infans&nbsp;<\/em>\u2013 avec tout son cort\u00e8ge de voix fanto-matiques \u2013 \u00e0 une voix incarn\u00e9e. L\u2019analyse d\u2019une certaine mani\u00e8re ne pourrait se jouer qu\u2019entre deux voix, telle une \u00ab sonate th\u00e9rapeutique \u00e0 deux voix \u00bb mettant au travail le circuit de la pulsion invocante modifiant les rapports entre \u00ab se faire entendre \u00bb et \u00ab se faire adresser \u00bb. Jean-Michel Vives donne \u00e0 entendre comment la voix du th\u00e9rapeute, dans ses qualit\u00e9s m\u00eames, est amen\u00e9e &#8211; par del\u00e0 le transfert &#8211; \u00e0 d\u00e9passer les fronti\u00e8res de la diff\u00e9rence des sexes et des g\u00e9n\u00e9rations. Ainsi, \u00ab surviendrait alors une Fiat Vox ! qui autoriserait le patient \u00e0 donner de la voix au moyen d\u2019une parole articul\u00e9e, par laquelle, jusqu\u2019\u00e0 pr\u00e9sent, il n\u2019avait \u00e9t\u00e9 qu\u2019envahi. \u00bb<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12899?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1414],"mode":[61],"revue":[280],"auteur_livre":[2319],"class_list":["post-12899","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-vincent-estellon","mode-gratuit","revue-280","auteur_livre-jean-michel-vives"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12899","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12899"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12899"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12899"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12899"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12899"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12899"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12899"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}