{"id":12896,"date":"2021-09-12T10:13:39","date_gmt":"2021-09-12T08:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/paroles-dhomme\/"},"modified":"2021-09-28T18:40:08","modified_gmt":"2021-09-28T16:40:08","slug":"paroles-dhomme","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/paroles-dhomme\/","title":{"rendered":"Paroles d&rsquo;homme"},"content":{"rendered":"\n<p>Pourquoi devient-on psychanalyste ? \u00bb A cette question, Jacques Andr\u00e9 a une r\u00e9ponse qui complexifie singuli\u00e8rement la questions du genre : pour \u00ab d\u00e9couvrir sa part d\u2019homosexualit\u00e9&nbsp;&nbsp; f\u00e9minine \u00bb ! Le cabinet du psychanalyste serait le lieu ultime o\u00f9 un homme peut \u00ab se retrouver dans la peau d\u2019une femme \u00e0 l\u2019int\u00e9rieur d\u2019une relation entre femmes \u00bb, et ainsi surprendre les secrets du hammam, du harem, du gyn\u00e9c\u00e9e. Qu\u2019est-ce que les femmes se disent entre elles ? Voil\u00e0 en tout cas une question d\u2019homme ! En donnant<em>&nbsp;la parole aux hommes<\/em>, l\u2019ouvrage de Jacques Andr\u00e9 atteste que la parole est sexu\u00e9e, que les hommes ne disent pas la m\u00eame chose que les femmes, mais il met \u00e9galement en \u00e9vidence une sp\u00e9cificit\u00e9 de la parole masculine pas aussi audible que le primat phallique le laisserait croire de prime abord. En \u00e9cho, ou plut\u00f4t en contrepoint de la question freudienne \u00ab Que veut la femme ? \u00bb, question que Jacques Andr\u00e9 a longtemps fait sienne et qui l\u2019a men\u00e9 jusqu\u2019Aux origines&nbsp; f\u00e9minines de la sexualit\u00e9 (J. Andr\u00e9,&nbsp; PUF, 1995, Quadrige, 2004), la question \u00ab Que dit un homme ? \u00bb fonde un livre qui fait clairement le choix de faire entendre une pluralit\u00e9 de&nbsp;<em>Paroles d\u2019hommes<\/em>&nbsp;plut\u00f4t que de dessiner les contours d\u2019un universel masculin aussi attrayant qu\u2019illusoire.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui fait un homme ? Ou plut\u00f4t, qu\u2019est-ce qui d\u00e9fait un homme ? La mort de sa m\u00e8re, par exemple. \u00ab Le monde me para\u00eet moins s\u00fbr \u00bb dit Pierre, surpris de se trouver ainsi d\u00e9boussol\u00e9 : \u00ab La mort de sa m\u00e8re le laissait vide, dans le vide plut\u00f4t \u00bb. Quelle m\u00e8re est perdue pour Pierre ? Pas tant la m\u00e8re s\u00e9ductrice dont Freud a trac\u00e9 le portrait que la m\u00e8re \u00ab toujours-l\u00e0 \u00bb de Winnicott. Le \u00ab certissime \u00bb qui se perd \u00e0 sa mort est celui qui, par la r\u00e9gularit\u00e9 et la r\u00e9it\u00e9ration de ses soins, inscrit l\u2019immuable de ce que Pierre appelle &nbsp;\u00ab le monde \u00bb. Or, c\u2019est finalement cette m\u00e8re-l\u00e0, celle qui garantit, par l\u2019intangible de sa pr\u00e9sence, que demain r\u00e9p\u00e8tera hier et que toujours \u00e0 l\u2019hiver succ\u00e9dera le printemps, dont Pierre peine \u00e0 faire le deuil : \u00ab La mort de cette m\u00e8re-l\u00e0 n\u2019a pas lieu d\u2019\u00eatre \u00bb. De fa\u00e7on aussi myst\u00e9rieuse que s\u00e9duisante, le vertige de Pierre plane sur le livre tout entier, lui conf\u00e9rant une inqui\u00e9tude propice \u00e0 la d\u00e9couverte de l\u2019inattendu sur un sujet &#8211; les hommes &#8211; qui n\u2019a pas, en psychanalyse tout du moins, le privil\u00e8ge d\u2019\u00eatre l\u2019\u00e9nigmatique continent noir.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De quoi parlent les hommes en analyse ? Des femmes. Non seulement de celle qui, pour chacun d\u2019entre eux, fut la premi\u00e8re d\u2019entre toutes, la m\u00e8re, mais aussi de celles qui partagent leur vie. L\u2019un des m\u00e9rites de&nbsp;<em>Paroles d\u2019hommes<\/em>&nbsp;est de donner \u00e0 voir les effets majeurs et parfois d\u00e9vastateurs du lien matriciel qui unit l\u2019une aux autres, et, ce faisant, de redonner \u00e0 certaines assertions freudiennes, \u00e9vent\u00e9es \u00e0 force d\u2019\u00eatre rebattues, leur parfum de scandale : \u00ab Freud n\u2019est pas loin d\u2019accorder \u00e0 la tendresse le toucher br\u00fblant des pr\u00e9liminaires : la m\u00e8re \u00ab\u00a0caresse, embrasse, berce\u00a0\u00bb son enfant\u2026 jusque-l\u00e0 \u00e7a va, mais la fin de la phrase est abrupte : ce faisant, \u00ab\u00a0elle le prend tout \u00e0 fait clairement comme substitut d\u2019un objet sexuel \u00e0 part enti\u00e8re\u00a0\u00bb. Cette tendresse-l\u00e0 est le masque de la passion, et, quand les amants savent jouer, ils en retrouvent avec d\u00e9lice les trac\u00e9s \u00bb. Emmanuel, \u00e0 l\u2019inverse des amants heureux de retrouver la passion dans la tendresse, \u00e9tablit une ligne de clivage stricte entre son \u00e9pouse respectable et ses ma\u00eetresses d\u00e9lur\u00e9es, afin justement de pouvoir continuer d\u2019ignorer que m\u00e8re de tendresse et m\u00e8re de passion n\u2019en font qu\u2019une. Pour lui, comme pour bien d\u2019autres hommes, Jacques Andr\u00e9 constate que c\u2019est au fond la tendresse qui est la plus dangereuse : \u00ab ce que la m\u00e8re a confondu, l\u2019homme-enfant le s\u00e9pare, le divise\u2026 pour mieux r\u00e9gner, c&rsquo;est-\u00e0-dire pour bander \u00bb.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui excite un homme ? Les courbes f\u00e9minines, au point que, parfois, LA femme se r\u00e9duit singuli\u00e8rement, jusqu\u2019\u00e0 \u00eatre m\u00e9tonymiquement incarn\u00e9e par ses attributs : \u00ab J\u2019ai quand m\u00eame v\u00e9cu trois ans avec ces seins-l\u00e0\u2026 \u00bb, s\u2019\u00e9crie James. Avec fiert\u00e9 sans doute, mais aussi, constate son analyste, avec la l\u00e9g\u00e8re angoisse de celui que le culte du Phallus risque de plonger dans un solipsisme douloureux. Car le Phallus est un \u00ab f\u00e9tiche \u00bb, un \u00ab embl\u00e8me \u00bb, au point qu\u2019\u00ab il faudrait toujours \u00e9crire ce mot avec une majuscule, celle de l\u2019\u00e9rection permanente \u00bb, l\u00e0 o\u00f9 le p\u00e9nis est \u00ab une grandeur constante, in\u00e9galement r\u00e9partie \u00bb, un sexe, un \u00ab relatif, dont la main, la bouche, l\u2019anus, le vagin sont les corr\u00e9lats, les sexes autres les plus sollicit\u00e9s \u00bb. Et m\u00eame si Jacques Andr\u00e9 rappelle que \u00ab de toutes les antiennes, la plus r\u00e9p\u00e9titive est sans doute celle que dicte \u00e0 l\u2019homme un f\u00e9tichisme g\u00e9n\u00e9rique \u00bb, son livre restitue \u00e0 l\u2019angoisse de castration un tranchant que seul l\u2019humour permet d\u2019esquiver. Comme le dit Louis : \u00ab Les femmes font sans p\u00e9nis\u2026 nous on pourrait pas \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qu\u2019un homme hait le plus ? Un autre homme, sans doute, mais son analyste, sans aucun doute. De&nbsp; \u00ab Vous \u00eates un con ! \u00bb \u00e0 \u00ab Allez vous faire foutre ! \u00bb, la haine circule entre divan et fauteuil, surgissant \u00e0 br\u00fble-pourpoint \u00e0 l\u2019annonce d\u2019une annulation de s\u00e9ance : \u00ab \u00ab\u00a0Je t\u2019aime un peu, beaucoup, passionn\u00e9ment\u2026\u00a0\u00bb, l\u2019amour se d\u00e9cline, il admet les nuances. Rien d\u2019\u00e9quivalent du c\u00f4t\u00e9 de la haine, \u00ab\u00a0ha\u00efr un peu\u00a0\u00bb est grammaticalement&nbsp;<br>correct, s\u00e9mantiquement vide. Par contre, \u00ab\u00a0ha\u00efr passionn\u00e9ment\u00a0\u00bb&nbsp; n\u2019est pas loin d\u2019\u00e9noncer un pl\u00e9onasme \u00bb. Au-del\u00e0 d\u2019un sens \u00e9vident de la formule, qui donne \u00e0 l\u2019\u00e9nonc\u00e9 le plus complexe le brillant de l\u2019\u00e9vidence, Jacques Andr\u00e9 d\u00e9veloppe sur la haine des propositions fort convaincantes, notamment concernant son lien au narcissisme et son caract\u00e8re territorial : \u00ab La haine commence l\u00e0 o\u00f9 le moi finit \u00bb. Sans doute n\u2019y a-t-il en effet de haine que l\u00e0 o\u00f9 la fronti\u00e8re se trouble entre le moi et l\u2019autre, l\u00e0 o\u00f9 l\u2019effraction menace le sentiment d\u2019identit\u00e9. Cette haine-l\u00e0 est-elle exclusivement masculine ? Rien n\u2019est moins s\u00fbr. Elle est en tout cas humaine, trop humaine, et ne peut en aucun cas \u00eatre assimil\u00e9e \u00e0 l\u2019agressivit\u00e9 animale : \u00ab Entre l\u2019agressivit\u00e9 et la haine, il y a moins une continuit\u00e9 qu\u2019une rupture, celle que le narcissisme, l\u2019investissement libidinal de moi introduit. Amour de soi et haine de l\u2019autre sont deux faces d\u2019une m\u00eame m\u00e9daille \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019est-ce qui fait d\u2019un homme un p\u00e8re ? Pierre, un jeune homme devenu p\u00e8re trop t\u00f4t, la t\u00eate plong\u00e9e dans l\u2019agr\u00e9gation de philosophie, ne sait pas comment parler \u00e0 sa fille : \u00ab Plut\u00f4t que de dialoguer Le Sophiste, il aurait mieux fait de lui raconter Le petit chaperon rouge \u2026 Sur sa table de travail, de Platon \u00e0 Nietzsche, s\u2019\u00e9talaient deux mille ans de philosophie. Et, dans tout cela, pas un mot sur l\u2019art d\u2019\u00eatre p\u00e8re \u00bb. Et qu\u2019est-ce qui fait d\u2019un homme un psychanalyste ? \u00ab Le psychanalyste est un infans qui esp\u00e8re que ses patients lui apprendront des dialectes inconnus \u00bb r\u00e9pond Jacques Andr\u00e9. L\u2019inconnu : voil\u00e0 sans aucun doute un mot central chez un analyste qui a le rab\u00e2chage en horreur. Au c\u0153ur de&nbsp;<em>Paroles d\u2019hommes<\/em>&nbsp;r\u00e8gne une esth\u00e9tique qui est au fond une \u00e9thique. Cette esth\u00e9tique refuse le point de vue surplombant, la somme totalisante, la certitude moralisante. Il y a chez Jacques Andr\u00e9 du Saint-Simon, La Bruy\u00e8re, du scalpel XVII\u00e8me si\u00e8cle \u00e0 m\u00eame d\u2019inciser l\u2019abc\u00e8s assertif et discursif qui menace tous les \u00e9crits, et surtout ceux qui pr\u00e9tendent s\u2019en \u00eatre r\u00e9solument d\u00e9gag\u00e9s. La &nbsp;\u00ab pens\u00e9e de derri\u00e8re \u00bb, ch\u00e8re \u00e0 Pascal, lui vient toujours en t\u00eate, pens\u00e9e qui d\u00e9range les ordonnancements les plus massifs et les certitudes les plus \u00e9tablies, pens\u00e9e qui devrait accompagner tous ceux qui choisissent de penser avec l\u2019inconscient plut\u00f4t que sans et contre lui : \u00ab On attendrait d\u2019une th\u00e9orie analytique qu\u2019elle ouvre sur l\u2019inconnu de l\u2019inconscient, celle-ci \u00e9pouse \u00e0 l\u2019inverse le mouvement du refoulement \u00bb. Chez Jacques Andr\u00e9 r\u00e8gne le fragment, la bri\u00e8vet\u00e9 d\u2019un inaccompli qui donne \u00e0 penser et \u00e0 r\u00eaver, dans une forme qui \u00e9pouse celle de la sexualit\u00e9 infantile et qui choisit \u00ab la plasticit\u00e9, la polymorphie, la temporalit\u00e9 longue de l\u2019\u00e9rotisme contre le raccourci de la d\u00e9charge, le plaisir poursuivi comme une finalit\u00e9 sans fin, quelque chose de la pulsion qui s\u2019oppose \u00e0 la pleine satisfaction, quand la vie du d\u00e9sir importe plus que son accomplissement \u00bb. C\u2019est l\u2019impr\u00e9vu, non pas seulement en s\u00e9ance (J. Andr\u00e9,<em>&nbsp;L\u2019impr\u00e9vu en s\u00e9ance,<\/em>&nbsp;Paris, Gallimard, 2004.), mais comme credo, voire comme dogme, en tout cas comme discipline.&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p><em>Paroles d\u2019hommes<\/em>&nbsp;: le pluriel est donc ici de mise. Dans le souci de rendre justice \u00e0 la singularit\u00e9, voire \u00e0 l\u2019unicit\u00e9 de chaque homme, Jacques Andr\u00e9 s\u2019interdit toute vue anthropologisante. Ce que dit Simon de sa volont\u00e9 de garder son secret pour lui, Melchior ne pourrait jamais le dire, au point qu\u2019il se pourrait que la construction d\u2019une intimit\u00e9 soit l\u2019un des enjeux de son analyse. Quoi de commun entre Manuel qui d\u00e9pense sans compter pour se sentir exister, et Emmanuel qui se partage entre sa femme et ses ma\u00eetresses ? Rien. Pas si s\u00fbr. En tout cas, si un territoire commun se dessine, d\u2019un chapitre \u00e0 l\u2019autre, d\u2019un homme \u00e0 l\u2019autre, il revient au lecteur de<em>Paroles d\u2019hommes<\/em>&nbsp;d\u2019en tracer les fronti\u00e8res. Signe des temps, l\u2019homme \u00ab andr\u00e9sien \u00bb me semble pour ma part \u00eatre un homme essentiellement fragile, un homme rendu vuln\u00e9rable par un phallus dont la possession angoiss\u00e9e n\u2019est plus compens\u00e9e par une domination incontest\u00e9e et incontestable. Mais c\u2019est une femme qui le dit !<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12896?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1383],"mode":[61],"revue":[858],"auteur_livre":[2141],"class_list":["post-12896","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-isee-bernateau","mode-gratuit","revue-858","auteur_livre-jacques-andre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12896","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12896"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12896"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12896"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12896"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12896"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12896"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12896"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}