{"id":12891,"date":"2021-09-12T10:13:39","date_gmt":"2021-09-12T08:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/la-musique-barbare-de-lhallucination\/"},"modified":"2021-09-21T18:15:31","modified_gmt":"2021-09-21T16:15:31","slug":"la-musique-barbare-de-lhallucination","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-musique-barbare-de-lhallucination\/","title":{"rendered":"La musique barbare de l&rsquo;hallucination"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans cet ouvrage, Ang\u00e9lique Christaki se propose d&rsquo;aborder la dimension hallucinatoire par le prisme de la musique, musique qui a pour particularit\u00e9 de ne pouvoir se mettre en mot et rec\u00e8le ainsi quelque chose de l&rsquo;\u00e9tranger et de l&rsquo;intraduisible. Par ce biais de la musique et de la musicalit\u00e9 de la langue, il s&rsquo;agit d&rsquo;explorer comment se nouent les dimensions du r\u00e9el et du symbolique, du corps et de la pulsion pour acc\u00e9der \u00e0 une parole. L&rsquo;auteur propose et va d\u00e9plier tout au long de son texte l&rsquo;hypoth\u00e8se suivante : \u00ab le mode hallucinatoire est le fonctionnement psychique constitutif du rapport \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 langagi\u00e8re \u00bb.<br><br>Pour introduire son propos, Ang\u00e9lique Christaki aborde la musique du parler intime par l&rsquo;exemple de l&rsquo;accent. Trace du passage d&rsquo;une langue maternelle \u00e0 une langue autre, l&rsquo;accent dont l&rsquo;\u00e9tymologie &#8211;<em>&nbsp;barbarophono<\/em>&nbsp;&#8211; renvoie \u00e0 la barbarie et \u00e0 l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9, est cette empreinte ind\u00e9l\u00e9bile de la morsure de la langue sur le corps. Ainsi, les phon\u00e8mes d&rsquo;une langue, qui ne sont autre chose que la petite musique de la langue maternelle, et, parce que la musique est intraduisible, s&rsquo;inscrivent dans le r\u00e9el du corps. Cette premi\u00e8re limitation, premi\u00e8re castration, op\u00e8re un nouage de la langue au corps.<br><br>L&rsquo;auteure s&rsquo;appuie sur Jacques Lacan pour rappeler que la force de transmission de la langue se trouve \u00e0 l&rsquo;endroit de son extr\u00eame d\u00e9nuement, c&rsquo;est-\u00e0-dire \u00e0 l&rsquo;endroit o\u00f9 la langue mord ou tr\u00e9buche. Ce tr\u00e9buchement a \u00e0 voir avec la musique et la po\u00e9sie. Autour de la musique du texte se construit la po\u00e9tique du dire. La po\u00e9sie, se fondant sur l&rsquo;\u00e9quivoque des mots, fait vivre la langue en introduisant mouvements et glissements du signifiant. Une langue morte serait une langue dans laquelle le signifiant serait fig\u00e9. La possibilit\u00e9 d&rsquo;un dire \u00e9merge dans ce nouage \u00e0 la musique de la langue qui borde la morsure du sexuel.<br><br>La musique, d\u00e9nu\u00e9e de mot, semble \u00eatre l&rsquo;antith\u00e8se de la narration, du sens ou de l&rsquo;explication, mais elle r\u00e9sonne dans le corps. \u00ab Elle est passeuse de rien, de ce rien qui tisse l&rsquo;\u00e9rotique du corps parlant. \u00bb Dans la cure analytique, l&rsquo;inconscient de l&rsquo;analyste fonctionne comme caisse de r\u00e9sonance. Ang\u00e9lique Christaki file cette m\u00e9taphore musicale en \u00e9voquant le d\u00e9saveu et le refoulement comme l&rsquo;\u00e9cho muet d&rsquo;une dissonance, signe de la r\u00e9p\u00e9tition de la violence sexuelle traumatique qui ne peut se mettre en mot.<br><br>Cette violence est \u00e9voqu\u00e9e \u00e0 travers le cas de Kyllian. Cet enfant d&rsquo;origine cambodgienne est diagnostiqu\u00e9 autiste. Sa famille, ayant v\u00e9cu la terreur sous les khmers rouges, a connu une \u00e9poque \u00e0 laquelle parler se vivait comme une injonction \u00e0 la d\u00e9nonciation et comportait un risque de mort. La th\u00e9rapeute engage alors un travail sur un ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;elle nomme silenciation, acte de faire passer sous silence.<br>\u00c0 travers cette vignette clinique, elle d\u00e9crit comment elle tente d&rsquo;\u00e9crire en p\u00e2te \u00e0 modeler un mot que lui dicte son petit patient. Son \u00e9coute, troubl\u00e9e par l&rsquo;accent, ouvre sur un malentendu qui suscite une violence chez son patient, violence qui lui est adress\u00e9e et qu&rsquo;on peut identifier comme un instant de s\u00e9paration, ou de&nbsp;<em>d\u00e9-maternalisation<\/em>&nbsp;de la langue.&nbsp;<em>Si le chemin de la d\u00e9-jouissance engage une perte comme pari, ce pari n&rsquo;est pas gagn\u00e9 d&rsquo;avance mais ouvre vers la possibilit\u00e9 de l&rsquo;introduction du plaisir, qui tel un espace transitionnel, un espace de jeu de langues, pourrait prendre en charge le trop plein de jouissance de la langue maternelle.<\/em><br><br>L&rsquo;auteure poursuit avec la question de l&rsquo;hallucination infantile. Leur fr\u00e9quence pose probl\u00e8me en terme diagnostique : sont-elles un exercice normal infantile ou un signe de la psychose ? L&rsquo;auteure expose comment l&rsquo;apprentissage de la langue passe par le processus d&rsquo;hallucination des traces verbales. Le mode hallucinatoire comme fonctionnement psychique originaire fonde ainsi le lien \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9.<br>Ang\u00e9lique Christaki rappelle que la psychanalyse rep\u00e8re l&rsquo;hallucination dans le champ du transfert comme le surgissement de l&rsquo;inattendu, par la r\u00e9activation des traces mn\u00e9siques, trouvant sa source dans le temps de l&rsquo;infantile.<br><br>La deuxi\u00e8me vignette clinique de l&rsquo;ouvrage pr\u00e9sente le cas de Juliette, enfant qui entend des voix lui imposant de commettre des vols ou de faire des b\u00eatises.<br>Il s&rsquo;agit alors pour la th\u00e9rapeute de d\u00e9finir si ces hallucinations rel\u00e8vent de l&rsquo;automatisme mental ou prennent racine dans la sph\u00e8re transitionnelle d&rsquo;un lien. Elle nous montre ainsi que les injonctions entendues par la fillette rel\u00e8vent de la transmission d&rsquo;un r\u00e9el traumatique pour sa m\u00e8re, qui, elle-m\u00eame enfant, se voyait forcer par sa propre m\u00e8re de commettre des vols. Ces hallucinations sont donc prises dans un lien signifiant entre m\u00e8re et fille. \u00ab&nbsp;<em>Les hallucinations de Juliette sont une manifestation du r\u00e9el \u00e0 l&rsquo;endroit d&rsquo;une exp\u00e9rience non symbolis\u00e9e de la m\u00e8re mais pas pour autant non symbolisable. Le sympt\u00f4me de l&rsquo;enfant a une fonction de transitivit\u00e9 pour la m\u00e8re<\/em>. \u00bb<br><br>Ang\u00e9lique Christaki revient enfin sur la fin de l&rsquo;analyse en rappelant la formulation de Sandor Ferenczi pour la d\u00e9finir : quelque chose arrive \u00e0 \u00e9puisement. Au-del\u00e0 du refoulement qui peut revenir, elle souligne que l&rsquo;ombilic du r\u00eave rel\u00e8ve de quelque chose d&rsquo;incommunicable, simplement parce que le r\u00eave peut se passer de mot, que la musique de la langue rel\u00e8ve d&rsquo;un r\u00e9el impossible \u00e0 articuler et faisant \u00e9cho dans le corps. Cet incommunicable renvoie \u00e0 l&rsquo;\u00e8re infantile, avant que l&rsquo;enfant n&rsquo;ait les mots pour dire.<br><br>La deuxi\u00e8me partie du d\u00e9veloppement d&rsquo;Ang\u00e9lique Christaki ouvre sur la langue comme transmission et lien social. Elle envisage ainsi comment cette langue peut porter une double trahison dans la mesure o\u00f9 le sens se transforme, comme le montre le retour \u00e0 l&rsquo;\u00e9tymologie mais \u00e9galement dans cette id\u00e9e que le souffle de la langue se perd. La langue est bien ici trait\u00e9e dans sa dimension de malentendu. De l\u00e0, l&rsquo;auteure engage une r\u00e9flexion \u00e9clairante sur l&rsquo;interpr\u00e9tation en analyse, prise entre po\u00e9tique, c&rsquo;est-\u00e0-dire ambigu\u00eft\u00e9 de la langue et inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 dans le sens o\u00f9 elle r\u00e9v\u00e8le quelque chose du sexuel dissimul\u00e9.<br>\u00c0 travers des vignettes tir\u00e9es de la mythologie grecque, l&rsquo;auteure d\u00e9plie comment des enkystements haineux figent et mortifient la langue. Elle s&rsquo;appuie sur la figure des \u00c9rinyes, qui \u00e9veillent haine et sid\u00e9ration, et qui sont transform\u00e9es en \u00eatres de parole par le biais de leur politisation dans&nbsp;<em>Les Eum\u00e9nides<\/em>&nbsp;d&rsquo;Eschyle. Pour que le dire puisse prendre en charge sa propre monstruosit\u00e9, la parole doit s&rsquo;enraciner dans une confiance qui peut faire lien, lien de la langue au corps, qui fait \u00e9galement lien social.<br><br>Pour finir, Ang\u00e9lique Christaki identifie le malaise contemporain comme la d\u00e9saffiliation du dire de sa fonction po\u00e9tique. Cette d\u00e9saffiliation d\u00e9sarrime la pens\u00e9e du corps et fait \u00e9merger l&rsquo;isolement comme sympt\u00f4me de la modernit\u00e9.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12891?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2040],"mode":[60],"revue":[546],"auteur_livre":[2313],"class_list":["post-12891","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-marion-minari","mode-payant","revue-546","auteur_livre-angelique-christaki"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12891","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12891"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12891"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12891"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12891"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12891"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12891"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12891"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}