{"id":12888,"date":"2021-09-12T10:13:39","date_gmt":"2021-09-12T08:13:39","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/je-desosse-une-amie\/"},"modified":"2021-09-17T15:57:54","modified_gmt":"2021-09-17T13:57:54","slug":"je-desosse-une-amie","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/je-desosse-une-amie\/","title":{"rendered":"Je d\u00e9sosse une amie"},"content":{"rendered":"\n<p>Paru dans la collection Connaissance de l&rsquo;inconscient des \u00e9ditions Gallimard, cet ouvrage &#8211; dont le titre interpelle : Je d\u00e9sosse une amie, nous invite \u00e0 suivre le fil des pens\u00e9es de son auteur Patrick Merot. Entre le roman (avec ce &nbsp;\u00ab passager clandestin \u00bb appel\u00e9 Blaise qui prend parfois la plume), le carnet de voyage et l&rsquo;essai, un peu \u00e0 la mani\u00e8re de J.-B. Pontalis, l&rsquo;auteur explore certains th\u00e8mes sur lesquels s&rsquo;est pench\u00e9e la pens\u00e9e psychanalytique, avec cette particularit\u00e9 de r\u00e9interroger ce qui pourrait \u00eatre per\u00e7u comme des \u00e9vidences et de tenter d&rsquo;en tirer des renversements de pens\u00e9e qui font sens.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier th\u00e8me de cet ouvrage&nbsp;&#8211; le voyage- r\u00e9sonne comme une invitation et comme le projet de ce livre : ouvrir une parenth\u00e8se dans laquelle pourra se faire un travail des fronti\u00e8res, \u00ab travail des fronti\u00e8res du moi \u00bb. C&rsquo;est ainsi que l&rsquo;auteur con\u00e7oit le voyage, comme un mouvement vers l&rsquo;inconnu, bien autre chose que les d\u00e9placements modernes qui peuvent laisser une impression de \u00ab quasi-ubiquit\u00e9 \u00bb. Invoquant Nicolas Bouvier et ses \u00e9crits, le voyage est red\u00e9fini comme une source de transformation int\u00e9rieure, permettant au moins que quelque chose de la complexit\u00e9 du monde devienne perceptible, et que cette perception ait une certaine incidence sur la subjectivit\u00e9 du sujet.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9criture &#8211; pourquoi pas d&rsquo;un carnet de voyage &#8211; intervient logiquement comme le th\u00e8me suivant. \u00c9crire serait pour l&rsquo;auteur cr\u00e9ation d&rsquo;un espace dans lequel il circulera facilement, \u00ab parce qu&rsquo;il sera chez lui \u00bb. Mais quand elle est adress\u00e9e \u00e0 un autre \u2013 ou \u00e0 l&rsquo;autre en soi puisque nous allons glisser vers la situation de la cure, la question de l&rsquo;effet des mots et donc de la rh\u00e9torique se pose. La rh\u00e9torique serait ainsi le langage m\u00eame puisqu&rsquo;elle aurait pour but de faire entendre une parole comme vraie, ce qui est \u00e9galement l&rsquo;objet de la cure, dans laquelle il s&rsquo;agirait de retrouver \u00ab le secret de sa rh\u00e9torique int\u00e9rieure \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;\u00e9criture comporte \u00e9galement une dimension de lutte contre l&rsquo;effacement, et l&rsquo;auteur r\u00e9interroge cette fonction de la m\u00e9moire que nous concevons de fa\u00e7on commune comme l&rsquo;id\u00e9e que ce que nous oublions dispara\u00eet dans l&rsquo;oubli du fait de son peu d&rsquo;importance. Il propose un renversement de cette pens\u00e9e, expliquant que la raison de l&rsquo;oubli ne tient pas au fait que telle ou telle chose n&rsquo;\u00e9tait pas digne d&rsquo;\u00eatre rem\u00e9mor\u00e9e mais plut\u00f4t qu&rsquo;il tient au d\u00e9sint\u00e9r\u00eat suscit\u00e9. Ainsi, je peux me souvenir d&rsquo;un d\u00e9tail infime ou d&rsquo;une chose banale si je me suis trouv\u00e9 une toute petite raison de m&rsquo;y int\u00e9resser.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Patrick Merot d\u00e9taille deux fonctionnements de la m\u00e9moire. La premi\u00e8re, m\u00e9moire m\u00e9tonymique, serait la capacit\u00e9 de restituer le d\u00e9tail voire la profusion de d\u00e9tails dans une recension risquant de se perdre dans une adh\u00e9sion \u00e0 son objet tandis que la seconde, la m\u00e9moire m\u00e9taphorique, tiendrait dans le rep\u00e9rage d&rsquo;une structure g\u00e9n\u00e9rale permettant une construction.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La troisi\u00e8me partie de l&rsquo;ouvrage aborde la question du corps, \u00e0 commencer avec l&rsquo;\u00e9vocation des pratiques rituelles cannibaliques des indiens d&rsquo;Amazonie, les Tupinambas. Une \u00e9tonnante citation de Freud, tir\u00e9e de sa correspondance avec Marie Bonaparte poursuit la discussion : \u00ab il y a de bonnes raisons pour que, dans la vie moderne, on ne tue pas un homme pour le d\u00e9vorer, mais aucune raison, quelle qu&rsquo;elle soit, pour ne pas manger &nbsp;de la chair humaine au lieu de la viande \u00bb. La question du corps redevenu chair rappelle \u00e9galement le point de vue m\u00e9dical, mais elle peut ressurgir tout aussi bien dans le r\u00eave, avec l&rsquo;exemple d&rsquo;un r\u00eave d&rsquo;une analysante qui donnera le titre \u00e0 cet ouvrage : je d\u00e9sosse une amie.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;auteur r\u00e9sume ainsi l&rsquo;\u00e9nigme de l&rsquo;homme : \u00ab le sexe et la parole ensemble \u00bb. Il rapporte en illustration le cas d&rsquo;une autre patiente pour qui cette \u00e9nigme se cristallise autour de sa haine profonde du genre humain et de son amour pour les b\u00eates, qui sans aucun doute ne peuvent faire preuve de cette duplicit\u00e9 inh\u00e9rente au langage. Enfin, il est question de la dimension intrusive de l&rsquo;interpr\u00e9tation des signes du corps, d\u00e9sign\u00e9s comme une &nbsp;\u00ab peau retourn\u00e9e, un d\u00e9faut de pare-excitation \u00bb. Bien que donn\u00e9s \u00e0 voir pour l&rsquo;observateur, ces signes ne sont pas per\u00e7us par leur auteur et touchent \u00e0 la sph\u00e8re narcissique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La quatri\u00e8me partie porte sur le d\u00e9sir, avec pour premier exemple clinique celui des th\u00e9ories sexuelles infantiles de Lucien, qui excluent justement la dimension du d\u00e9sir. En effet, Lucien, bien averti des m\u00e9caniques r\u00e9gissant le rapport sexuel, pensait le plus naturellement du monde que ces activit\u00e9s se d\u00e9roulaient de fa\u00e7on automatique dans le sommeil de ses parents. L&rsquo;auteur rappelle que les \u00e9tats amoureux ne font pas partie des descriptions psychopathologiques par pure convention. Freud d&rsquo;ailleurs les rapprochait des prototypes normaux des psychoses. Il poursuit sa r\u00e9flexion avec l&rsquo;exemple du baiser, qui n&rsquo;est autre qu&rsquo;une morsure retenue, et qui, dans le baise-main, donne la preuve de son all\u00e9geance envers une personne que l&rsquo;on s&rsquo;interdit de manger. \u00ab Pratiqu\u00e9 avec un peu moins de retenue \u00bb, et on y voit une r\u00e9miniscence du d\u00e9sir d&rsquo;assimiler l&rsquo;autre, de le d\u00e9vorer symboliquement. La proximit\u00e9 entre le sexuel et le bestial &#8211; ou la sexualit\u00e9 qui produirait une m\u00e9tamorphose animale &#8211; rappel\u00e9e avec l&rsquo;exemple du film de Jacques Tourneur La f\u00e9line, est \u00e9galement rapproch\u00e9e de la th\u00e9orie de Laplanche qui propose de relire Thanatos comme une pulsion sexuelle d\u00e9cha\u00een\u00e9e, une pulsion sexuelle de mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Cette cinqui\u00e8me partie sur la religion s&rsquo;ouvre \u00e0 nouveau avec un renversement : \u00ab on ne croit pas \u00e0 une chose parce qu&rsquo;elle est vraie, on la dit vraie parce qu&rsquo;on y croit. \u00bb L&rsquo;auteur associe sur cet autre renversement propos\u00e9 par &nbsp;Spinoza : on ne d\u00e9sire pas quelque chose parce que nous la jugeons bonne, mais nous la jugeons bonne parce que nous la d\u00e9sirons. La croyance a cette dimension irr\u00e9ductible que l&rsquo;auteur choisit d&rsquo;illustrer avec le Tartuffe de Moli\u00e8re, et cela s&rsquo;explique sans doute par la proposition que la croyance n&rsquo;est pas suscit\u00e9e par son objet mais bien par une n\u00e9cessit\u00e9 qui lui est pr\u00e9alable. Ainsi, Patrick Merot tisse plusieurs parall\u00e8les avec l&rsquo;analyse, notam-ment autour de la notion d&rsquo;attente croyante &#8211; cette croyance que l&rsquo;autre pourra me soulager de ma souffrance de vivre &#8211; qu&rsquo;il rapproche du transfert. Cependant, s&rsquo;il \u00e9voque ces parall\u00e8les \u00e9galement entre la cure et la confession, il note que la dimension du p\u00e9ch\u00e9 n&rsquo;a pas cours dans l&rsquo;analyse, comme il n&rsquo;a, selon lui, plus cours dans le monde moderne.&nbsp;<br><br>Dans la sixi\u00e8me partie, ayant pour objet la soci\u00e9t\u00e9, Patrick Merot \u00e9voque le mod\u00e8le de soci\u00e9t\u00e9s am\u00e9rindiennes dans lesquelles toutes les d\u00e9cisions sont prises \u00e0 l&rsquo;unanimit\u00e9, situation donnant lieu \u00e0 d&rsquo;interminables palabres et, en l&rsquo;absence de compromis, \u00e0 la scission de la tribu, et le mod\u00e8le d\u00e9mocratique dans lequel il souligne la dimension arbitraire de l&rsquo;acceptation du verdict des urnes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La septi\u00e8me partie porte sur l&rsquo;alt\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;autre est un mod\u00e8le inatteignable : bien que ce souhait d&rsquo;\u00eatre un autre soit courant, l&rsquo;\u00e9nigme que formule l&rsquo;auteur&nbsp;\u00ab comment l&rsquo;autre fait-il pour \u00eatre si \u00e0 l&rsquo;aise dans son r\u00f4le d&rsquo;autre ? \u00bb reste enti\u00e8re. L&rsquo;envers de cette d\u00e9couverte de l&rsquo;autre serait la d\u00e9couverte de la solitude, et, son extr\u00eame, la question de l&rsquo;abandon ou de la trahison : quand l&rsquo;autre devient un myst\u00e8re insupportable, qu&rsquo;il me cache quelque chose, qu&rsquo;il cache quelque duperie. Alors que dans la psychose et la pens\u00e9e d\u00e9lirante, l&rsquo;autre est selon l&rsquo;auteur celui qui influence, le sujet est soumis \u00e0 des forces ext\u00e9rieures,&nbsp;<br>\u00ab pris dans une m\u00e9canique \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>La derni\u00e8re partie vient en forme de conclusion et porte sur le th\u00e8me de la v\u00e9rit\u00e9. L&rsquo;auteur y distingue la v\u00e9rit\u00e9 dans le champ philosophique et la v\u00e9rit\u00e9 dans le champ de la psychanalyse. Il rappelle que la question de la v\u00e9rit\u00e9 du sujet \u00e9merge chez Freud autour de la clinique des traumatis\u00e9s de guerre. \u00ab Il fallait pour Freud \u00e0 la fois soutenir que ces sympt\u00f4mes ne relevaient pas d&rsquo;une simulation et justifier leur disparition d\u00e8s lors que la guerre s&rsquo;\u00e9tait arr\u00eat\u00e9e \u00bb. C&rsquo;est ainsi que Freud formule que le sympt\u00f4me a une adresse et que Patrick Merot conclue son ouvrage : \u00ab l&rsquo;homme souffre de son rapport \u00e0 l&rsquo;autre \u00bb.&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12888?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2040],"mode":[60],"revue":[180],"auteur_livre":[2186],"class_list":["post-12888","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-marion-minari","mode-payant","revue-180","auteur_livre-patrick-merot"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12888","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12888"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12888"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12888"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12888"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12888"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12888"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12888"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}