{"id":12876,"date":"2021-09-12T10:13:37","date_gmt":"2021-09-12T08:13:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/psychanalyses-entre-mots\/"},"modified":"2021-09-29T20:10:35","modified_gmt":"2021-09-29T18:10:35","slug":"psychanalyses-entre-mots","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/psychanalyses-entre-mots\/","title":{"rendered":"Psychanalyses entre mots"},"content":{"rendered":"\n<p>Dans son dernier ouvrage, Annie Franck poursuit son travail d&rsquo;exploration et d&rsquo;\u00e9laboration des limites de la repr\u00e9sentation et de la parole. Tenter de traduire au plus pr\u00e8s, au plus fin, au plus juste l&rsquo;exp\u00e9rience de ces cures singuli\u00e8res, o\u00f9 le chaos, le trauma et l&rsquo;indicible ont mis en p\u00e9ril l&rsquo;espace du Je, tel est le projet de l&rsquo;auteur de&nbsp;<em>Psychanalyses entre mots<\/em>. Son \u00e9criture d\u00e9peint avec habilet\u00e9 et pudeur les mouvements du transfert dans l&rsquo;ampleur de ce qu&rsquo;engage pour les deux sujets en pr\u00e9sence cette exp\u00e9rience \u00ab qui \u00e9chappe en grande partie au pensable et au dicible \u00bb. Pas de descriptions de cas, ni de \u00ab vignettes cliniques \u00bb dans cet opus, mais un fin ciselage des \u00e9motions, sensations et images faisant surgir le climat d&rsquo;une cure donnant toute sa place aux silences et aux corps, entre mots.<\/p>\n\n\n\n<p>Le transfert comme lieu d&rsquo;accueil avant que d&rsquo;\u00eatre un espace de cr\u00e9ation et de rencontre, Winnicott en avait d\u00e9j\u00e0 parl\u00e9. Mais c&rsquo;est autrement que l&rsquo;aborde Annie Franck, nourrie cependant de la pens\u00e9e de ce grand psychanalyste ainsi que de la th\u00e9orie de Piera Aulagnier, Nicolas Abraham, Maria Torok ou encore Wilfred Bion. Ouvrage apr\u00e8s ouvrage &#8211; il s&rsquo;agit ici de son troisi\u00e8me opus &#8211; l&rsquo;auteur de&nbsp;<em>Beaut\u00e9s et Transfert<\/em>&nbsp;tente de d\u00e9crire au plus pr\u00e8s ce que peu d&rsquo;analystes se sont risqu\u00e9s \u00e0 aborder : le silence d&rsquo;une absence, le cri sans bruit d&rsquo;un manque innommable ou encore les limites et dangers de la parole et de l&rsquo;interpr\u00e9tation. Avec ces patients que l&rsquo;histoire traumatique a conduit au bord des possibilit\u00e9s de repr\u00e9sentation, Annie Franck tente de trouver, partager des modalit\u00e9s de traduction. Comment, lors d&rsquo;une s\u00e9ance, traduire l&rsquo;indicible et l&rsquo;irrepr\u00e9sentable sans c\u00e9der \u00e0 la violence possible du discours interpr\u00e9tatif ; comment accompagner, m\u00e9taboliser un silence non pas en attente de mots mais de reconnaissance d&rsquo;un manque, d&rsquo;une absence ? Comment ne pas c\u00e9der \u00e0 l&rsquo;angoisse qui conduit \u00e0 mettre en sens, \u00e0 nommer ce qui pr\u00e9cis\u00e9ment est \u00ab hors-mots \u00bb, innommable parce qu&rsquo;\u00e9chappant \u00e0 l&rsquo;exp\u00e9rience m\u00eame de la repr\u00e9sentation ? L\u00e0 o\u00f9 la tentation de nommer serait n\u00e9gation de ce qui n&rsquo;a pas pu \u00eatre, violence faite \u00e0 ce qui cherche \u00e0 exister par le silence, Annie Franck tente autre chose. Elle se tait lorsque l&rsquo;informe demande \u00e0 le rester. Il faut attendre, dit-elle, ne pas rompre le silence mais \u00e9couter ce qui l&rsquo;habite : car&nbsp; \u00ab une forme enfouie se pr\u00e9serve pour se laisser deviner dans cet \u00e9tat informe qui d\u00e9finit le plus intimement la part la plus pr\u00e9cieuse du sujet violent\u00e9 trop t\u00f4t ou trop vite \u00bb. Parfois, le silence demande \u00e0 \u00eatre entendu avant que d&rsquo;\u00eatre traduit.<\/p>\n\n\n\n<p>Par le recours aux m\u00e9taphores, images et sensations, se tisse au sein de l&rsquo;exp\u00e9rience transf\u00e9rentielle un lieu d&rsquo;existence pour ce silence et l&rsquo;absence qu&rsquo;il cherche \u00e0 pr\u00e9sentifier. Port\u00e9s par une image ou une sensation qui s&rsquo;impose, des mots seront alors peut-\u00eatre \u00e0 m\u00eame de qualifier l&rsquo;absence, le manque ou le vide et d&rsquo;amener le sujet \u00e0 les ressentir pour la premi\u00e8re fois. Il faut savoir attendre parfois tr\u00e8s longtemps avant de pouvoir dire \u00e0 un patient : \u00ab son absence vous a fait cruellement d\u00e9faut \u00bb. Attendre le tissage dans le transfert \u00ab d&rsquo;\u00e9l\u00e9ments \u00e9pars \u00bb, fondation \u00e0 l&rsquo;existence d&rsquo;un espace pour ressentir, \u00e9prouver, contenir l&rsquo;effroi, la col\u00e8re ou l&rsquo;absence. Attendre avant qu&rsquo;une interpr\u00e9tation puisse \u00e9merger dans et par le transfert.&nbsp; Attendre que se soit ouvert au sein de cet espace d&rsquo;exp\u00e9riences si difficiles \u00e0 appr\u00e9hender, la possibilit\u00e9 de r\u00e9p\u00e9ter cet effroi, cette col\u00e8re ou cette absence, pour que puisse advenir une nouvelle forme jusque-l\u00e0 invisible, un nouveau lieu de cr\u00e9ation et de rencontre. C&rsquo;est parfois la musicalit\u00e9 d&rsquo;une parole qui soutient le sujet avant m\u00eame qu&rsquo;il n&rsquo;ait la facult\u00e9 d&rsquo;\u00e9couter et d&rsquo;entendre ce qui se dit dans la s\u00e9ance, ainsi qu&rsquo;en t\u00e9moigne un patient d&rsquo;Annie Franck : \u00ab J&rsquo;aime bien \u00e9couter les bruits que fait votre ventre ; cela me rassure&#8230;j&rsquo;ai l&rsquo;impression d&rsquo;\u00eatre \u00e0 l&rsquo;int\u00e9rieur de votre ventre, bien entour\u00e9&#8230;C&rsquo;est comme lorsque vous parlez : j&rsquo;\u00e9coute votre voix, je me laisse entourer par votre voix&#8230; et d&rsquo;ailleurs, souvent je n&rsquo;entends pas les mots que vous prononcez \u00bb.&nbsp;<br>Au doux confort d&rsquo;une th\u00e9orie totalisante, Annie Franck oppose une \u00e9thique du doute, de la d\u00e9sali\u00e9nation, du questionnement. Au faisceau lumineux de l&rsquo;interpr\u00e9tation donn\u00e9e trop t\u00f4t, avant m\u00eame qu&rsquo;un espace pour le \u00ab je \u00bb n&rsquo;ait pu advenir &#8211; risquant alors d&rsquo;aveugler le sujet et ses dires -, elle substitue l&rsquo;attente, le silence attentif, l&rsquo;\u00e9coute de ses asp\u00e9rit\u00e9s et sons muets. \u00ab Au fil du temps pour moi (&#8230;) le plaisir \u00e0 ne pas comprendre s&rsquo;est accru (&#8230;) voil\u00e0 (&#8230;) ce qui me para\u00eet le plus fondamental dans ma pratique de la psychanalyse : l&rsquo;attirance vers ce que non seulement on ne ma\u00eetrise pas, mais vers ce qu&rsquo;on ne per\u00e7oit qu&rsquo;\u00e0 peine et vers lequel l&rsquo;intuition seule permet de s&rsquo;orienter \u00bb. Se tenir parfois sur la br\u00e8che, sans trop grande fragilit\u00e9 mais avec sensibilit\u00e9, sur la cr\u00eate d&rsquo;un transfert sans mots, fig\u00e9 dans le silence hurlant d&rsquo;une absence irrepr\u00e9sentable. S&rsquo;y tenir et accueillir cela sans faillir. Chercher, mobiliser en soi toutes les ressources pour supporter cela &#8211; lectures, oeuvres d&rsquo;art, \u00e9changes, r\u00eaveries-, afin de tisser progressivement, \u00e0 deux, un paysage en mouvement, cheminant constamment sur les monts et vall\u00e9es, reliefs et creux du transfert. Dans ce livre engag\u00e9, Annie Franck en appelle \u00e0 une&nbsp;<em>psychanalyse entre mots,<\/em>&nbsp;qui \u00ab donne une pr\u00e9sence \u00e0 ce qui ne peut \u00eatre dit, pens\u00e9, ce qui se trouve hors repr\u00e9sentation et qui pourtant doit \u00eatre reconnu \u00bb. L&rsquo;analyste, rappelle-t-elle, ne doit jamais oublier que l&rsquo;interpr\u00e9tation n&rsquo;est aucunement l\u00e0 pour \u00eatre intelligente mais qu&rsquo;elle doit se contenter d&rsquo;\u00eatre port\u00e9e par ce qui fait na\u00eetre sa possibilit\u00e9 m\u00eame : le transfert.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Eviter les \u00e9cueils d&rsquo;une interpr\u00e9tation trop \u00ab pleine de soi \u00bb et les dangers d&rsquo;un silence renvoyant au vide, c&rsquo;est, pour Annie Franck, faire que l&rsquo;analyse soit avant tout cela : \u00ab en dire le minimum et laisser le silence parler \u00bb (Aharon Appelfeld).<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12876?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2087],"mode":[61],"revue":[970],"auteur_livre":[2297],"class_list":["post-12876","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-johanna-lasry","mode-gratuit","revue-970","auteur_livre-annie-franck"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12876","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12876"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12876"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12876"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12876"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12876"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12876"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12876"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}