{"id":12868,"date":"2021-09-12T10:13:37","date_gmt":"2021-09-12T08:13:37","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/grandeur-et-solitude-du-moi\/"},"modified":"2021-09-29T19:42:39","modified_gmt":"2021-09-29T17:42:39","slug":"grandeur-et-solitude-du-moi","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/grandeur-et-solitude-du-moi\/","title":{"rendered":"Grandeur et solitude du moi"},"content":{"rendered":"\n<p>C\u2019est un num\u00e9ro grave que nous propose l\u2019\u00e9quipe des&nbsp;<em>Libres Cahiers Pour la Psychanalyse<\/em>. Inspir\u00e9 du texte de Freud de 1921,&nbsp;<em>Psychologie des foules et analyse du moi,<\/em>&nbsp;les auteurs qui y contribuent d\u00e9noncent les dangers de la massification. L\u2019essai de Freud, en dix chapitres, s\u2019\u00e9taie autour de&nbsp; trois \u00e9l\u00e9ments centraux : \u00ab la foule et la horde originaire \u00bb, \u00ab l\u2019identification \u00bb, \u00ab un stade dans le moi \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>F. Coblence reprend les raisons pour lesquelles Freud s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la psychologie des masses : les d\u00e9sillusions li\u00e9es \u00e0 la premi\u00e8re guerre mondiale, sa jud\u00e9it\u00e9 et sa confrontation \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme viennois, l\u2019importance donn\u00e9 par Le Bon, dans son \u00e9tude sur les foules \u00e0 la suggestion et \u00e0 l\u2019hypnose, domaines \u00e9tudi\u00e9s par Freud lui-m\u00eame. C\u2019est \u00e0 comprendre ce que Freud nomme \u00ab \u00e2me de masse \u00bb, pr\u00e9sente en chaque individu,&nbsp; que s\u2019emploie&nbsp;&nbsp;&nbsp; F. Coblence. La masse, pour Freud,&nbsp; est un lien tr\u00e8s structur\u00e9 par sa liaison avec le meneur, mis \u00e0 la place de l\u2019id\u00e9al du moi. L\u2019\u00e2me de masse conjugue l\u2019exigence d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les membres, la soumission au p\u00e8re de la horde, et peut \u00eatre assimil\u00e9e, propose l\u2019auteur, aux pr\u00e9jug\u00e9s, \u00e0 l\u2019opinion, \u00e0 la classe de l\u2019individu, chaque individu appartenant donc \u00e0 plusieurs \u00e2mes de masse.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle souligne la force heuristique du texte de Freud, pour rendre compte des ph\u00e9nom\u00e8nes de masse du vingti\u00e8me si\u00e8cle, en particulier des masses avec meneurs dans les totalitarismes fascistes, nazis et staliniens. Puisque Freud maintient, dans son essai, l\u2019analogie entre la forme primitive de la foule humaine et la forme primitive de l\u2019individu, c\u2019est que quelque chose de la foule est li\u00e9 \u00e0 l\u2019existence et au d\u00e9veloppement du moi, quelque chose qui peut \u00eatre, s\u2019h\u00e9rite et se transmet d\u00e9veloppe H. Normand. L\u2019auteur s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la nature de l\u2019identification \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la foule, puisque c\u2019est l\u2019iden\u00adtification qui donne \u00e0 la transmission, \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage, sa forme, au d\u00e9cours d\u2019un long processus. Il s\u2019agit de l\u2019h\u00e9ritage du p\u00e8re, mais du p\u00e8re pr\u00e9historique de la horde, qui occupe d\u2019ailleurs un chapitre entier de l\u2019essai de Freud. Il s\u2019agit aussi de l\u2019h\u00e9ritage de la m\u00e8re, femme du p\u00e8re historique et femme et fille du p\u00e8re pr\u00e9historique. Cet h\u00e9ritage, est&nbsp; l\u2019identification primaire affirme l\u2019auteur, qui d\u00e9crit comment le nouveau n\u00e9 s\u2019identifie \u00e0 l\u2019objet de l\u2019objet maternel, dans un ensemble identificatoire qui m\u00eale la mani\u00e8re dont la m\u00e8re laisse son enfant jouer avec sa n\u00e9vrose infantile \u00e0 elle, et la capacit\u00e9 de l\u2019enfant de s\u2019en saisir, en particulier d\u2019identifier de quoi satisfaire son instinct cannibale. Si l\u2019instinct oral cannibalique \u00e9choue \u00e0 cause de l\u2019incapacit\u00e9 maternelle, s\u2019il y a \u00e9chec de l\u2019identification \u00e0 l\u2019objet de l\u2019objet, \u00e0 la sexualit\u00e9 infantile maternelle, la m\u00e9lancolie appara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension de voracit\u00e9 de la pulsion est aussi soulign\u00e9e par O. Bonnard. Le pouvoir illimit\u00e9 du p\u00e8re, incarn\u00e9 par le meneur, serait attribu\u00e9 davantage \u00e0 la pulsion sous sa forme d\u2019autoconservation que sous sa forme sexuelle : la faim lie le groupe, car la foule r\u00e9active l\u2019amour primaire. L\u2019iden\u00adtification, nous rappelle l\u2019auteur, se fait sous deux modalit\u00e9s : soit elle instaure l\u2019objet dans le moi et l\u2019enrichit, soit dans l\u2019id\u00e9al du moi, ce qui conserve l\u2019objet au d\u00e9pens du moi. L\u2019auteur s\u2019appuie sur quelques aspects de l\u2019iden-tification en s\u00e9ance trouv\u00e9s dans le groupe et dans le psychodrame.<br>J- M. Hirt s\u2019inqui\u00e8te&nbsp; de ce que la r\u00e9flexion psychanalytique sur la doctrine juridique soit quasi inexistante, alors qu\u2019actuel\u00adlement, le droit organise et d\u00e9finit le cadre des relations entre individus. La notion juridique de&nbsp; \u00ab dignit\u00e9 humaine \u00bb celle qui condamna en 1998 \u00ab la production en laboratoires d\u2019\u00eatres humains, r\u00e9pondant \u00e0 des caract\u00e9ristiques physiques voire mentales, d\u00e9finies sur commande \u00bb est une cr\u00e9ation conceptuelle, qui reconnait la dimension essentielle de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, au sein des relations avec soi-m\u00eame, qui est&nbsp; soucieuse des int\u00e9r\u00eats de l\u2019esp\u00e8ce humaine, de ses droits. Avec la prise en compte de la dignit\u00e9, le surmoi individuel s\u2019adjoint un surmoi culturel, tant il devient urgent d\u2019inventer une haute autorit\u00e9 responsable de la conservation de l\u2019esp\u00e8ce, pense l\u2019auteur. Ainsi, la personne juridique est subor-donn\u00e9e \u00e0 la transcendance d\u2019une humanit\u00e9 devenue \u00e9tat de nature et pas seulement de culture. Pourtant, en 2002, La Cour europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme cr\u00e9e le \u00ab principe d\u2019autonomie personnelle \u00bb soit&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab la facult\u00e9 pour chacun de mener sa vie comme il l\u2019entend, m\u00eame s\u2019adonner \u00e0 des activit\u00e9s per\u00e7ues comme \u00e9tant d\u2019une nature physiquement ou moralement dommageable, ou dangereuse pour la personne \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur d\u00e9nonce cet arr\u00eat\u00e9 comme un terme \u00e0 la \u00ab dignit\u00e9 humaine \u00bb qui n\u2019aura plus qu\u2019\u00e0 se mettre au service de l\u2019autonomie personnelle. Lorsque le bonheur de masse se base sur l\u2019oubli du meurtre commis par les fr\u00e8res, conclut-il, si ce meurtre est frapp\u00e9 de refoulement et d\u2019oubli, la prise en masse de l\u2019humain se poursuit pour \u00e9chapper au sentiment de culpabilit\u00e9 individuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise N\u00e9au nous propose sa lecture du roman de J. Coetzee,&nbsp; Disgr\u00e2ce, r\u00e9cit complexe sur les relations entre \u00ab l\u2019homme indivi-duel \u00bb et \u00ab un amas humain qui s\u2019organise en masse \u00bb, dans une&nbsp; Afrique du Sud, qui se d\u00e9gage depuis peu de l\u2019apartheid. Si l\u2019\u0153uvre toute enti\u00e8re de Coetzee t\u00e9moigne de l\u2019absence de libert\u00e9 de l\u2019individu, le th\u00e8me du roman d\u00e9ploie sous quelles conditions psychiques et corporelles, \u00e0 quel co\u00fbt un individu peut faire preuve d\u2019autonomie et d\u2019originalit\u00e9 face \u00e0 une masse. Le h\u00e9ros se voit exclu au fil du roman, \u00e0 coup d\u2019humiliations,&nbsp; de toutes ses appartenances \u00e0 ses \u00ab \u00e2mes de masse \u00bb, enseignement, relations affectives, tandis que sa fille, marginale, cherche \u00e0 se refaire une nouvelle \u00ab \u00e2me de masse \u00bb, apr\u00e8s un viol pour lequel elle ne portera pas plainte. La masse, pour le romancier Coetzee, est le discours historique sur l \u2018Afrique du sud, dont l\u2019\u00e9crivain doit s\u2019affranchir, et avec lequel il doit rivaliser, pour d\u00e9gager ses propres th\u00e9matiques.<br>L. Kahn rappelle l\u2019existence de la famille comme masse naturelle, ou attachement et hostilit\u00e9 et leur retournement en solidarit\u00e9, se jouent entre les enfants vis-\u00e0-vis des parents. Qu\u2019advient-il de la singularit\u00e9 de chacun dans un groupe social, comment l\u2019individu qui poss\u00e8de son champ d\u2019activit\u00e9 propre, accepte-t-il cette d\u00e9sap\u00adpropriation, questionne le texte de Freud. Diff\u00e9remment observe L. Kahn, selon que la distinction entre moi et id\u00e9al du moi est achev\u00e9e ou non chez l\u2019individu ; soit que le meneur incarne la toute puissance du moi id\u00e9al, la compl\u00e9tude narcissique,&nbsp; soit que l\u2019id\u00e9al du moi ne trouvant pas sa pleine incarnation dans le chef, les sujets se laissent entra\u00eener de mani\u00e8re suggestive et par iden-tification. Les pulsions sexuelles directes sont les garants d\u2019une individualit\u00e9 qui persiste m\u00eame pour l\u2019individu dissous dans la masse. Gr\u00e2ce \u00e0 elles, l\u2019individu \u00e9chappe \u00e0 une s\u00e9rie pulsionnelle narcissique indispen\u00adsable \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de la communaut\u00e9. Freud fait \u00e0 la fin de son essai l\u2019apologie de la n\u00e9vrose, dont les sympt\u00f4mes d\u00e9coulent de tendances sexuelles directes, refoul\u00e9es mais actives : le n\u00e9vros\u00e9 se d\u00e9tache des foules.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e que les masses sont porteuses d\u2019un vecteur de r\u00e9gression jusqu\u2019\u00e0 la barbarie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9mentie par l\u2019histoire, observe L. Kahn. Le mythe nazi a renvoy\u00e9 \u00e0 des \u00ab absolus sans limite \u00bb. Les t\u00e9moignages de ceux qui sont revenus des camps \u00e9voquent la difficult\u00e9 de rendre compte de l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 r\u00e9elle. L\u2019\u00e9crivain Kertesz, confront\u00e9 \u00e0 cette impuissance,&nbsp; invente une langue, la \u00ab langue atonale \u00bb, une langue priv\u00e9e du ton comme convention. Cette langue atonale, cherche \u00e0 rendre compte&nbsp; de la cr\u00e9ation par Kertesz d\u00e9tenu, d\u2019une sorte de collaboration mentale, qui permette de&nbsp; construire une apparence de logique. L. Kahn s\u2019appuie sur les travaux d\u2019Hannah Arendt qui souligne combien la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019un statut civique, permet \u00e0 un individu, m\u00eame objet de haine, de trouver assise et protection \u00e0 son existence. Ceux qui connurent les camps se trouv\u00e8rent sans droits, priv\u00e9s d\u2019abri juridique et civique,&nbsp; r\u00e9duits \u00e0 leur statut \u00ab d\u2019\u00eatre humain en g\u00e9n\u00e9ral \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Villand nous d\u00e9crit comment, jeune chef de service d\u2019une \u00e9quipe de p\u00e9dopsychiatrie, il prend conscience que celle ci est organis\u00e9e autour de meneurs, qui utilisent le vocabulaire de la psychanalyse, pour \u00e9craser et terrifier les autres, lui donnant le sentiment d\u2019une intellectua\u00adlisation factice. L\u2019auteur d\u00e9crit avec authenticit\u00e9 la lenteur, et les \u00e9tapes du processus qu\u2019il lui a fallu accomplir, l\u2019\u00e9tat de solitude dans lequel il s\u2019est trouv\u00e9, le courage et la disposition int\u00e9rieure n\u00e9cessaires pour pouvoir s\u2019opposer \u00e0 la toute puissance narcissique, prendre des d\u00e9cisions qui, petit \u00e0 petit, m\u00e8neront \u00e0 la diff\u00e9renciation et \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019historien d\u2019art B. Chenique&nbsp; parcourt&nbsp; l\u2019\u0153uvre du peintre G\u00e9ricault (1791-1824) et s\u2019arr\u00eate sur diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations de foule, chez cet artiste engag\u00e9, oppos\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on,&nbsp; voyageant longuement en Italie. Le \u00ab radeau de la m\u00e9duse \u00bb, incarnation de la politique de Napol\u00e9on, du massacre, de la folie de la masse qui a sacrifi\u00e9 sa jeunesse porte selon l\u2019auteur, l\u2018espoir d\u2019un renouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>G.Manhes et B. Carneiro Dos Santos ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 ce num\u00e9ro. Le num\u00e9ro de Printemps 24 des\u00a0<em>Libres Cahiers Pour la Psychanalyse<\/em>\u00a0aura pour argument le texte de Freud de 1910 et 1912\u00a0<em>Contribution \u00e0 la psychologie de la vie amoureuse.<\/em><\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un num\u00e9ro grave que nous propose l\u2019\u00e9quipe des&nbsp;<em>Libres Cahiers Pour la Psychanalyse<\/em>. Inspir\u00e9 du texte de Freud de 1921,&nbsp;<em>Psychologie des foules et analyse du moi,<\/em>&nbsp;les auteurs qui y contribuent d\u00e9noncent les dangers de la massification. L\u2019essai de Freud, en dix chapitres, s\u2019\u00e9taie autour de&nbsp; trois \u00e9l\u00e9ments centraux : \u00ab la foule et la horde originaire \u00bb, \u00ab l\u2019identification \u00bb, \u00ab un stade dans le moi \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>F. Coblence reprend les raisons pour lesquelles Freud s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la psychologie des masses : les d\u00e9sillusions li\u00e9es \u00e0 la premi\u00e8re guerre mondiale, sa jud\u00e9it\u00e9 et sa confrontation \u00e0 l\u2019antis\u00e9mitisme viennois, l\u2019importance donn\u00e9 par Le Bon, dans son \u00e9tude sur les foules \u00e0 la suggestion et \u00e0 l\u2019hypnose, domaines \u00e9tudi\u00e9s par Freud lui-m\u00eame. C\u2019est \u00e0 comprendre ce que Freud nomme \u00ab \u00e2me de masse \u00bb, pr\u00e9sente en chaque individu,&nbsp; que s\u2019emploie&nbsp;&nbsp;&nbsp; F. Coblence. La masse, pour Freud,&nbsp; est un lien tr\u00e8s structur\u00e9 par sa liaison avec le meneur, mis \u00e0 la place de l\u2019id\u00e9al du moi. L\u2019\u00e2me de masse conjugue l\u2019exigence d\u2019\u00e9galit\u00e9 entre les membres, la soumission au p\u00e8re de la horde, et peut \u00eatre assimil\u00e9e, propose l\u2019auteur, aux pr\u00e9jug\u00e9s, \u00e0 l\u2019opinion, \u00e0 la classe de l\u2019individu, chaque individu appartenant donc \u00e0 plusieurs \u00e2mes de masse.<\/p>\n\n\n\n<p>Elle souligne la force heuristique du texte de Freud, pour rendre compte des ph\u00e9nom\u00e8nes de masse du vingti\u00e8me si\u00e8cle, en particulier des masses avec meneurs dans les totalitarismes fascistes, nazis et staliniens. Puisque Freud maintient, dans son essai, l\u2019analogie entre la forme primitive de la foule humaine et la forme primitive de l\u2019individu, c\u2019est que quelque chose de la foule est li\u00e9 \u00e0 l\u2019existence et au d\u00e9veloppement du moi, quelque chose qui peut \u00eatre, s\u2019h\u00e9rite et se transmet d\u00e9veloppe H. Normand. L\u2019auteur s\u2019int\u00e9resse \u00e0 la nature de l\u2019identification \u00e0 l\u2019\u0153uvre dans la foule, puisque c\u2019est l\u2019iden\u00adtification qui donne \u00e0 la transmission, \u00e0 l\u2019h\u00e9ritage, sa forme, au d\u00e9cours d\u2019un long processus. Il s\u2019agit de l\u2019h\u00e9ritage du p\u00e8re, mais du p\u00e8re pr\u00e9historique de la horde, qui occupe d\u2019ailleurs un chapitre entier de l\u2019essai de Freud. Il s\u2019agit aussi de l\u2019h\u00e9ritage de la m\u00e8re, femme du p\u00e8re historique et femme et fille du p\u00e8re pr\u00e9historique. Cet h\u00e9ritage, est&nbsp; l\u2019identification primaire affirme l\u2019auteur, qui d\u00e9crit comment le nouveau n\u00e9 s\u2019identifie \u00e0 l\u2019objet de l\u2019objet maternel, dans un ensemble identificatoire qui m\u00eale la mani\u00e8re dont la m\u00e8re laisse son enfant jouer avec sa n\u00e9vrose infantile \u00e0 elle, et la capacit\u00e9 de l\u2019enfant de s\u2019en saisir, en particulier d\u2019identifier de quoi satisfaire son instinct cannibale. Si l\u2019instinct oral cannibalique \u00e9choue \u00e0 cause de l\u2019incapacit\u00e9 maternelle, s\u2019il y a \u00e9chec de l\u2019identification \u00e0 l\u2019objet de l\u2019objet, \u00e0 la sexualit\u00e9 infantile maternelle, la m\u00e9lancolie appara\u00eet.<\/p>\n\n\n\n<p>Cette dimension de voracit\u00e9 de la pulsion est aussi soulign\u00e9e par O. Bonnard. Le pouvoir illimit\u00e9 du p\u00e8re, incarn\u00e9 par le meneur, serait attribu\u00e9 davantage \u00e0 la pulsion sous sa forme d\u2019autoconservation que sous sa forme sexuelle : la faim lie le groupe, car la foule r\u00e9active l\u2019amour primaire. L\u2019iden\u00adtification, nous rappelle l\u2019auteur, se fait sous deux modalit\u00e9s : soit elle instaure l\u2019objet dans le moi et l\u2019enrichit, soit dans l\u2019id\u00e9al du moi, ce qui conserve l\u2019objet au d\u00e9pens du moi. L\u2019auteur s\u2019appuie sur quelques aspects de l\u2019iden-tification en s\u00e9ance trouv\u00e9s dans le groupe et dans le psychodrame.<br>J- M. Hirt s\u2019inqui\u00e8te&nbsp; de ce que la r\u00e9flexion psychanalytique sur la doctrine juridique soit quasi inexistante, alors qu\u2019actuel\u00adlement, le droit organise et d\u00e9finit le cadre des relations entre individus. La notion juridique de&nbsp; \u00ab dignit\u00e9 humaine \u00bb celle qui condamna en 1998 \u00ab la production en laboratoires d\u2019\u00eatres humains, r\u00e9pondant \u00e0 des caract\u00e9ristiques physiques voire mentales, d\u00e9finies sur commande \u00bb est une cr\u00e9ation conceptuelle, qui reconnait la dimension essentielle de l\u2019alt\u00e9rit\u00e9, au sein des relations avec soi-m\u00eame, qui est&nbsp; soucieuse des int\u00e9r\u00eats de l\u2019esp\u00e8ce humaine, de ses droits. Avec la prise en compte de la dignit\u00e9, le surmoi individuel s\u2019adjoint un surmoi culturel, tant il devient urgent d\u2019inventer une haute autorit\u00e9 responsable de la conservation de l\u2019esp\u00e8ce, pense l\u2019auteur. Ainsi, la personne juridique est subor-donn\u00e9e \u00e0 la transcendance d\u2019une humanit\u00e9 devenue \u00e9tat de nature et pas seulement de culture. Pourtant, en 2002, La Cour europ\u00e9enne des Droits de l\u2019Homme cr\u00e9e le \u00ab principe d\u2019autonomie personnelle \u00bb soit&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab la facult\u00e9 pour chacun de mener sa vie comme il l\u2019entend, m\u00eame s\u2019adonner \u00e0 des activit\u00e9s per\u00e7ues comme \u00e9tant d\u2019une nature physiquement ou moralement dommageable, ou dangereuse pour la personne \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019auteur d\u00e9nonce cet arr\u00eat\u00e9 comme un terme \u00e0 la \u00ab dignit\u00e9 humaine \u00bb qui n\u2019aura plus qu\u2019\u00e0 se mettre au service de l\u2019autonomie personnelle. Lorsque le bonheur de masse se base sur l\u2019oubli du meurtre commis par les fr\u00e8res, conclut-il, si ce meurtre est frapp\u00e9 de refoulement et d\u2019oubli, la prise en masse de l\u2019humain se poursuit pour \u00e9chapper au sentiment de culpabilit\u00e9 individuel.<\/p>\n\n\n\n<p>Fran\u00e7oise N\u00e9au nous propose sa lecture du roman de J. Coetzee,&nbsp; Disgr\u00e2ce, r\u00e9cit complexe sur les relations entre \u00ab l\u2019homme indivi-duel \u00bb et \u00ab un amas humain qui s\u2019organise en masse \u00bb, dans une&nbsp; Afrique du Sud, qui se d\u00e9gage depuis peu de l\u2019apartheid. Si l\u2019\u0153uvre toute enti\u00e8re de Coetzee t\u00e9moigne de l\u2019absence de libert\u00e9 de l\u2019individu, le th\u00e8me du roman d\u00e9ploie sous quelles conditions psychiques et corporelles, \u00e0 quel co\u00fbt un individu peut faire preuve d\u2019autonomie et d\u2019originalit\u00e9 face \u00e0 une masse. Le h\u00e9ros se voit exclu au fil du roman, \u00e0 coup d\u2019humiliations,&nbsp; de toutes ses appartenances \u00e0 ses \u00ab \u00e2mes de masse \u00bb, enseignement, relations affectives, tandis que sa fille, marginale, cherche \u00e0 se refaire une nouvelle \u00ab \u00e2me de masse \u00bb, apr\u00e8s un viol pour lequel elle ne portera pas plainte. La masse, pour le romancier Coetzee, est le discours historique sur l \u2018Afrique du sud, dont l\u2019\u00e9crivain doit s\u2019affranchir, et avec lequel il doit rivaliser, pour d\u00e9gager ses propres th\u00e9matiques.<br>L. Kahn rappelle l\u2019existence de la famille comme masse naturelle, ou attachement et hostilit\u00e9 et leur retournement en solidarit\u00e9, se jouent entre les enfants vis-\u00e0-vis des parents. Qu\u2019advient-il de la singularit\u00e9 de chacun dans un groupe social, comment l\u2019individu qui poss\u00e8de son champ d\u2019activit\u00e9 propre, accepte-t-il cette d\u00e9sap\u00adpropriation, questionne le texte de Freud. Diff\u00e9remment observe L. Kahn, selon que la distinction entre moi et id\u00e9al du moi est achev\u00e9e ou non chez l\u2019individu ; soit que le meneur incarne la toute puissance du moi id\u00e9al, la compl\u00e9tude narcissique,&nbsp; soit que l\u2019id\u00e9al du moi ne trouvant pas sa pleine incarnation dans le chef, les sujets se laissent entra\u00eener de mani\u00e8re suggestive et par iden-tification. Les pulsions sexuelles directes sont les garants d\u2019une individualit\u00e9 qui persiste m\u00eame pour l\u2019individu dissous dans la masse. Gr\u00e2ce \u00e0 elles, l\u2019individu \u00e9chappe \u00e0 une s\u00e9rie pulsionnelle narcissique indispen\u00adsable \u00e0 la p\u00e9rennit\u00e9 de la communaut\u00e9. Freud fait \u00e0 la fin de son essai l\u2019apologie de la n\u00e9vrose, dont les sympt\u00f4mes d\u00e9coulent de tendances sexuelles directes, refoul\u00e9es mais actives : le n\u00e9vros\u00e9 se d\u00e9tache des foules.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019id\u00e9e que les masses sont porteuses d\u2019un vecteur de r\u00e9gression jusqu\u2019\u00e0 la barbarie n\u2019a pas \u00e9t\u00e9 d\u00e9mentie par l\u2019histoire, observe L. Kahn. Le mythe nazi a renvoy\u00e9 \u00e0 des \u00ab absolus sans limite \u00bb. Les t\u00e9moignages de ceux qui sont revenus des camps \u00e9voquent la difficult\u00e9 de rendre compte de l\u2019irr\u00e9alit\u00e9 r\u00e9elle. L\u2019\u00e9crivain Kertesz, confront\u00e9 \u00e0 cette impuissance,&nbsp; invente une langue, la \u00ab langue atonale \u00bb, une langue priv\u00e9e du ton comme convention. Cette langue atonale, cherche \u00e0 rendre compte&nbsp; de la cr\u00e9ation par Kertesz d\u00e9tenu, d\u2019une sorte de collaboration mentale, qui permette de&nbsp; construire une apparence de logique. L. Kahn s\u2019appuie sur les travaux d\u2019Hannah Arendt qui souligne combien la l\u00e9galit\u00e9 d\u2019un statut civique, permet \u00e0 un individu, m\u00eame objet de haine, de trouver assise et protection \u00e0 son existence. Ceux qui connurent les camps se trouv\u00e8rent sans droits, priv\u00e9s d\u2019abri juridique et civique,&nbsp; r\u00e9duits \u00e0 leur statut \u00ab d\u2019\u00eatre humain en g\u00e9n\u00e9ral \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Michel Villand nous d\u00e9crit comment, jeune chef de service d\u2019une \u00e9quipe de p\u00e9dopsychiatrie, il prend conscience que celle ci est organis\u00e9e autour de meneurs, qui utilisent le vocabulaire de la psychanalyse, pour \u00e9craser et terrifier les autres, lui donnant le sentiment d\u2019une intellectua\u00adlisation factice. L\u2019auteur d\u00e9crit avec authenticit\u00e9 la lenteur, et les \u00e9tapes du processus qu\u2019il lui a fallu accomplir, l\u2019\u00e9tat de solitude dans lequel il s\u2019est trouv\u00e9, le courage et la disposition int\u00e9rieure n\u00e9cessaires pour pouvoir s\u2019opposer \u00e0 la toute puissance narcissique, prendre des d\u00e9cisions qui, petit \u00e0 petit, m\u00e8neront \u00e0 la diff\u00e9renciation et \u00e0 l\u2019identit\u00e9 de chacun.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019historien d\u2019art B. Chenique&nbsp; parcourt&nbsp; l\u2019\u0153uvre du peintre G\u00e9ricault (1791-1824) et s\u2019arr\u00eate sur diff\u00e9rentes repr\u00e9sentations de foule, chez cet artiste engag\u00e9, oppos\u00e9 \u00e0 Napol\u00e9on,&nbsp; voyageant longuement en Italie. Le \u00ab radeau de la m\u00e9duse \u00bb, incarnation de la politique de Napol\u00e9on, du massacre, de la folie de la masse qui a sacrifi\u00e9 sa jeunesse porte selon l\u2019auteur, l\u2018espoir d\u2019un renouveau.<\/p>\n\n\n\n<p>G.Manhes et B. Carneiro Dos Santos ont \u00e9galement contribu\u00e9 \u00e0 ce num\u00e9ro. Le num\u00e9ro de Printemps 24 des&nbsp;<em>Libres Cahiers Pour la Psychanalyse<\/em>&nbsp;aura pour argument le texte de Freud de 1910 et 1912&nbsp;<em>Contribution \u00e0 la psychologie de la vie amoureuse.<\/em><\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12868?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2055],"mode":[61],"revue":[887],"auteur_livre":[2151,2289],"class_list":["post-12868","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-noelle-franck","mode-gratuit","revue-887","auteur_livre-catherine-chabert","auteur_livre-jean-claude-rolland"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12868","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12868"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12868"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12868"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12868"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12868"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12868"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12868"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}