{"id":12861,"date":"2021-09-12T10:13:34","date_gmt":"2021-09-12T08:13:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/une-inquietude-mortelle-lhypocondrie\/"},"modified":"2021-09-23T16:57:46","modified_gmt":"2021-09-23T14:57:46","slug":"une-inquietude-mortelle-lhypocondrie","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/une-inquietude-mortelle-lhypocondrie\/","title":{"rendered":"Une inqui\u00e9tude mortelle. L&rsquo;hypocondrie"},"content":{"rendered":"\n<p>Le malade imaginaire ne l\u2019est que pour les autres : raill\u00e9, n\u00e9glig\u00e9, personne ne le croit ! Mais celui qui souffre d\u2019hypocondrie est convaincu de la r\u00e9alit\u00e9 d\u2019une affection du corps qui, pense-t-il, le fera mourir. \u00c0 quels signes se fier ? Et qui croire dans cette confuse rencontre de la douleur de l\u2019\u00e2me et du corps ? Comment entendre cette plainte lancinante et pragmatique qui ne laisse jamais r\u00eaver le corps ? Prisonnier d\u2019une \u00e9coute auto-\u00e9rotique, l\u2019hypocondriaque-m\u00e9decin se prend lui-m\u00eame comme objet d\u2019une \u00e9tude scientifique d\u00e9lirante o\u00f9 se m\u00ealent topographies corporelles imaginaires et fonctions du corps fantastiques.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Pathologie de la confiance du moi psychique \u00e0 l\u2019\u00e9gard du moi somatique ressemblant \u00e0 une \u00e9trange forme de parano\u00efa internalis\u00e9e, l\u2019hypocondrie serait-elle une pathologie de l\u2019anticipation, anticipation d\u2019une destruction programm\u00e9e ?&nbsp;&nbsp;&nbsp; En contrepoint des textes freudiens sur l\u2019hypocondrie, d\u2019\u0153uvres litt\u00e9raires ou artistiques, les auteurs montrent, chacun \u00e0 leur mani\u00e8re, comment le tourment hypocondriaque cherche sans cesse paradoxalement \u00e0 \u00eatre apais\u00e9 sans le vouloir vraiment. Consid\u00e9r\u00e9e par Freud comme une n\u00e9vrose narcissique \u00e0 part, que la cure analytique ne pouvait traiter, l\u2019\u00e9tude de l\u2019hypocondrie, qui, \u00e0 l\u2019instar du r\u00eave, agrandit les sensations corporelles, t\u00e9moigne d\u2019une angoisse inh\u00e9rente \u00e0 toute organisation psychopathologique. L\u2019hyponcondrie ram\u00e8nerait l\u2019humain \u00e0 sa condition mortelle : la mort le hante sans r\u00e9pit, empruntant les chemins les plus inattendus. Comme l\u2019\u00e9crit Emmanuel Venet : \u00ab l\u2019hypocondriaque surestime tellement la mort qu\u2019il s\u2019entra\u00eene durant toute sa vie \u00e0 en d\u00e9jouer la menace, pour d\u00e9couvrir in extremis qu\u2019il lui a consacr\u00e9 le meilleur de lui-m\u00eame tout en connaissant l\u2019issue du combat. \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Patrick Autr\u00e9aux donne \u00e0 entendre cette atmosph\u00e8re hypocondriaque pesante et \u00e9crasante quasi-palpable qui peut gagner l\u2019\u00e9crivain contemporain. Nathalie Barberger, \u00e0 travers une fine exploration du texte de Marcel Proust, s\u2019int\u00e9resse au curieux destin de la tante&nbsp; L\u00e9onie dans la travers\u00e9e de La recherche. Celle qui ne quitte jamais sa chambre et qui meurt assez t\u00f4t dans le texte, se retrouve d\u2019associations en associations, de renversements de m\u00e9moires en renversements logiques, dans de bien surprenants endroits, telle une extraordinaire surface projective. De sa fortune jusqu\u2019\u00e0 ses meubles dont le narrateur est l\u2019h\u00e9ritier, on retrouvera dans Du c\u00f4t\u00e9 de chez Swann, son lit-canap\u00e9 plac\u00e9 dans un bordel : du lit de la douleur on est pass\u00e9 au nid d\u2019amour. Plus tard, le lecteur retrouve tante L\u00e9onie dans une plante d\u2019eau lassive, sorte de n\u00e9nuphar immobile et neurasth\u00e9nique, condamn\u00e9 \u00e0 ne pouvoir se reproduire sinon dans une sorte d\u2019auto-engendrement narcissique. Dans&nbsp;<em>La prisonni\u00e8re<\/em>, L\u00e9onie se retrouve cach\u00e9e au fond de la personnalit\u00e9 du narrateur lui-m\u00eame, comme si cette derni\u00e8re s\u2019\u00e9tait \u00ab transmigr\u00e9e \u00bb en lui.&nbsp; Comme si l\u2019auteur venait finalement dire : tante L\u00e9onie c\u2019est moi, c\u2019est le bordel, c\u2019est le n\u00e9nuphar homosexuel, c\u2019est aussi l\u2019\u00e9crivain hypocondriaque qui reste clou\u00e9 au lit toute une bonne partie de la journ\u00e9e. Enfin, dans&nbsp;<em>Albertine disparue,<\/em>&nbsp;la pr\u00e9sence de L\u00e9onie r\u00e9appara\u00eet \u00e0 travers le souvenir d\u2019un r\u00eave, survenu apr\u00e8s qu\u2019elle ait re\u00e7u la visite d\u2019un m\u00e9decin sceptique face \u00e0 la r\u00e9alit\u00e9 de son mal. Dans ce r\u00eave, elle fait appel \u00e0 un appareil permettant de faire \u00e9prouver au m\u00e9decin ses propres souffrances. Etrange appareil \u00e0 faire passer les sensations, le \u00ab pathom\u00e8tre \u00bb vient donner une mesure valide permettant la reconnaissance par l\u2019autre &#8211; apr\u00e8s qu\u2019il en a ressenti int\u00e9rieurement l\u2019intensit\u00e9 sensorielle &#8211; de la v\u00e9rit\u00e9 subjective des sensations de celui qui souffre. B\u00e9atrice Braun-Guedel souligne d\u2019ailleurs combien la douleur hypocondriaque met l\u2019accent sur \u00ab une recherche \u00e9perdue de l\u2019objet sauveur tout-puissant, imago parentale id\u00e9alis\u00e9e, et la d\u00e9ception permanente de ne point le trouver. Une centration sur l\u2019objet hypocondriaque (qui est d\u00e9j\u00e0 un objet !), au d\u00e9triment de tout autre, serait alors trouv\u00e9 comme solution. \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Revenant sur les lettres de Freud \u00e0 Fliess o\u00f9 le premier confie au second le secret de ses douleurs, Josiane Rolland montre habilement comment Freud, au fil de son \u0153uvre, est amen\u00e9 \u00e0 lier avec esprit et humour, la nudit\u00e9 de ses sensations somatiques pour d\u00e9jouer cet envahissement hypocondriaque de jeunesse, inextricable de son lien \u00e0 Fliess. Maladie chronique ou solution transitoire ? Emmanuelle Chervet laisse entrevoir &#8211; \u00e0 travers la pr\u00e9sentation d\u2019un cas &#8211; la fa\u00e7on dont la solution hypocondriaque peut constituer \u00e0 l\u2019adolescence un destin possible \u00e0 l\u2019heure o\u00f9 la libido en mal d\u2019objet, de direction et de choix fantasmatique, trouve dans le sympt\u00f4me corporel un repli. Mais ce repli narcissique serait-il pensable en dehors du d\u00e9sir inconscient de l\u2019autre aim\u00e9 ? Rappelant l\u2019\u00e9nonc\u00e9 d\u2019un petit gar\u00e7on accueilli par Winnicott &#8211; \u00ab S\u2019il te plait Docteur, maman a mal \u00e0 mon estomac \u00bb &#8211; Nicole Oury souligne combien certains sympt\u00f4mes somatiques de l\u2019enfant sont susceptibles de devenir l\u2019expression de la maladie d\u00e9pressive de la m\u00e8re. L\u2019expos\u00e9 d\u2019un cas permet de mieux saisir comment lorsque les limites qui diff\u00e9rencient la psych\u00e9 maternelle et le corps somatique de l\u2019enfant sont mal assur\u00e9es, ce dernier peut devenir pour ainsi dire l\u2019organe hypocondriaque de la m\u00e8re.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Enfin, revenant sur l\u2019apport des textes de J.-B. Pontalis, dans un article \u00e9crit en son hommage, Edmundo Gomez-Mango se penche sur \u00ab cette douleur secr\u00e8te qui ne vient pas seulement du c\u00f4t\u00e9 de la perte \u00bb, mais aussi de ce qui reste \u00ab inconnu, inaccessible, ingagnable, ce \u00e0 quoi, il n\u2019est pas possible de renoncer. \u00bb. Il nous parle de cette douleur d\u2019\u00e9crire ce qui advient du pass\u00e9 pr\u00e9sent, de cette douleur proustienne, cherchant \u00e0 attraper avec les mots le \u00ab penser r\u00eaver \u00bb de l\u2019\u00eatre endormi. De la Tante L\u00e9onie de Marcel Proust \u00e0 Pascal ou Moli\u00e8re, en passant par Kafka ou Munch ; du comique d\u00e9risoire \u00e0 la fermeture tragique de destins m\u00e9lancoliques, les auteurs de ce num\u00e9ro, \u00e9crivains, psychanalystes, traversent par des voies diff\u00e9rentes l\u2019opacit\u00e9 \u00e9nigmatique et excitante de cette inqui\u00e9tude mortelle. <\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12861?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1414],"mode":[61],"revue":[803],"auteur_livre":[2151],"class_list":["post-12861","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-vincent-estellon","mode-gratuit","revue-803","auteur_livre-catherine-chabert"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12861","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12861"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12861"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12861"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12861"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12861"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12861"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12861"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}