{"id":12851,"date":"2021-09-12T10:13:34","date_gmt":"2021-09-12T08:13:34","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/instants-de-vie-au-coeur-ds-soins-palliatifs\/"},"modified":"2021-09-21T17:58:05","modified_gmt":"2021-09-21T15:58:05","slug":"instants-de-vie-au-coeur-ds-soins-palliatifs","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/instants-de-vie-au-coeur-ds-soins-palliatifs\/","title":{"rendered":"Instants de vie. Au coeur ds soins palliatifs"},"content":{"rendered":"\n<p>L\u2019ouvrage d\u2019Annie Micheloud-Rey est un recueil de po\u00e9sies et qui a aussi une vis\u00e9e scientifique ind\u00e9niable : celle de nous permettre d\u2019aborder l\u2019intimit\u00e9 des patients somatiques en fin de vie comme aucun trait\u00e9 savant ne le permet. Les po\u00e8tes ont pr\u00e9c\u00e9d\u00e9 nos d\u00e9couvertes, disait S. Freud. Voil\u00e0 des raisons de nous pencher sur ce t\u00e9moignage singulier, celui d\u2019une infirmi\u00e8re de soins palliatifs en oncologie qui a suivi de nombreux cas l\u00e0 o\u00f9 tout espoir de survie est perdu et quand le regard m\u00e9dical se d\u00e9tourne, l\u2019endroit o\u00f9 la science c\u00e8de la place aux passions intimes et \u00e0 une grande solitude. Ce n\u2019est pas un hasard si Jean-Michel Quinodoz a consacr\u00e9 une Pr\u00e9face sensible \u00e0 l\u2019ouvrage, lui qui est notre sp\u00e9cialiste de la solitude (J.M Quinodoz,<em>&nbsp;La solitude apprivois\u00e9e<\/em>, PUF, 1991).<\/p>\n\n\n\n<p>Les po\u00e8mes d\u2019Annie Micheloud-Rey&nbsp; sont un chant profond au v\u00e9cu de ces patients ; ils connaissent le d\u00e9nouement, pourtant ils luttent, palpitent pour donner un sens au temps qui leur reste, temps de repli, temps de bilan, temps de ne retenir que ce qui compte, chose qu\u2019ignorent parmi les vivants ceux qui s\u2019oublient et, en cons\u00e9quence, se n\u00e9gligent et gaspillent leur vie. Annie Micheloud-Rey consacre un po\u00e8me \u00e0 chacun des patients ; on trouve d\u2019ailleurs des patients gu\u00e9ris de leur cancer. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme disait Miguel de Unamuno, philosophe basque \u00e0 la plume ac\u00e9r\u00e9e et au message puissant : en agonisant la civilisation devient claire-voyante, elle donne alors ses fruits les plus succulents et moult graines (<em>L\u2019agonie du Christianisme<\/em>, 1925). Je l\u2019associe \u00e0 un autre grand \u00e9crivain espagnol, Francisco de Quevedo, chantre cr\u00e9pusculaire des bassesses humaines. D\u2019esprit sceptique, voire corrosif, il d\u00e9nonce son \u00e9poque alors que le si\u00e8cle d\u2019or espagnol, celui de Lope de V\u00e9ga, de Cervant\u00e8s, de Tirso de Molina, de G\u00f3ngora, de Graci\u00e1n, touche \u00e0 sa fin. On peut prolonger ces r\u00e9f\u00e9rences en citant Jean Giono : \u00ab Les t\u00e9n\u00e8bres sont aussi glorieuses que le soleil. \u00bb Ecrit \u00e0 la premi\u00e8re ou \u00e0 la troisi\u00e8me personne, ce livre retrace les douleurs d\u2019une cinquantaine d\u2019\u00e2mes, leurs tourments, avec douceur et sympathie, avec indulgence comme si peu importaient d\u00e9sormais les d\u00e9ceptions anciennes ou les insatisfactions. C\u2019est leur combat pour s\u2019accrocher \u00e0 ce qui reste en eux de vivant qui \u00e9meut ; leur int\u00e9riorit\u00e9 appara\u00eet d\u00e9sormais \u00e0 fleur de peau, leurs \u00e9motions, lib\u00e9r\u00e9es. Ils savent qu\u2019ils vont quitter leur maison et ils se pr\u00e9parent pour le grand d\u00e9m\u00e9nagement.<\/p>\n\n\n\n<p>Par moments, on se dit que ces r\u00e9cits lyriques nous parlent d\u2019\u00eatres sans autrui. Dans leur solitude, se trouvent-ils sans vis-\u00e0-vis ? Seuls face \u00e0 leur miroir ? Je pense que cet interlocutoire est toutefois le lecteur : le destinataire du message. Comme si l\u2019auteure nous disait : \u00ab C\u2019est \u00e0 toi vivant que le po\u00e8me est consacr\u00e9. \u00bb Et le patient : \u00ab Tu recevras le baluchon de l\u2019errant que je vais devenir bient\u00f4t. \u00bb. Est-ce que l\u2019auteure nous demande encore autre chose ? Elle nous demande que&nbsp; nous ressentions en nous les passions de ces \u00eatres que nous avons du mal \u00e0 fr\u00e9quenter et aussi que nous les gardions en nous au-del\u00e0 de leur d\u00e9part pour le grand jamais.<\/p>\n\n\n\n<p>La plume vise la premi\u00e8re demande. Le pari est r\u00e9ussi. Nous ignorions jusqu\u2019\u00e0 cette lecture ce que rec\u00e8lent ces \u00e2mes. Nous les croyions pleins de regrets et de remords. Rien n\u2019est moins certain. Evitons-nous d\u2019\u00e9prouver la culpabilit\u00e9 du survivant ? Le r\u00e9sultat nous \u00e9loigne de ce sentiment. Nous en sortons mobilis\u00e9s, remu\u00e9s, boulevers\u00e9s et chang\u00e9s, avec une vision diff\u00e9rente de ces \u00e2mes qui ne sont pas \u00e9teintes, mais pleines, sollicit\u00e9es par leur d\u00e9sarroi et ayant l\u2019avantage sur nous de se poser toutes les questions, de formuler toutes les hypoth\u00e8ses peu importent les r\u00e9ponses ou les solutions. Le chemin compte par-dessus tout. Pour ce qui concerne la deuxi\u00e8me demande, apr\u00e8s la lecture, tout est \u00e0 faire. Les pistes sont rares et les indices, presqu\u2019absents. Ces \u00eatres que le lecteur va aimer et admirer ne pensent pas \u00e0 ce que les proches vont garder dans leur m\u00e9moire ni \u00e0 ce que ceux-ci vont ressentir de douloureux en leur absence.<\/p>\n\n\n\n<p>Personne n\u2019a la certitude de son avenir ; il ne lui reste qu\u2019\u00e0 le fantasmer. Habituellement celui qui va mourir s\u2019y livre alors \u00e0 c\u0153ur joie ; il puise dans son imagination se livrant \u00e0 des sc\u00e9narios successifs et alternatifs ; il peut partir dans plusieurs directions et chemin faisant il se soulage de ses pertes. Mais pour cela, c\u2019est-\u00e0-dire pour imaginer ce que les survivants vont ressentir apr\u00e8s leur disparition, le sujet peut se pencher sur ce qu\u2019il a v\u00e9cu quand il a perdu un proche. Que garde-t-il encore dans sa m\u00e9moire de leur histoire, de leurs passions, des moments pass\u00e9s en leur compagnie ? Annie Micheloud-Rey&nbsp; ne nous en dit pas grand-chose ! Tout son art est celui de nous laisser \u00e0 nous lecteurs le soin de le faire. Et nous allons nous souvenir de ces \u00eatres en souffrance pendant longtemps.<\/p>\n\n\n\n<p>Au fil des pages, ce recueil de po\u00e8mes nous apporte un arc-en-ciel d\u2019exp\u00e9riences \u00e9motionnelles inimaginables. Annie Micheloud-Rey les d\u00e9couvre ou les vit en elle et nous les fait partager.&nbsp; Ainsi le mal est-il v\u00e9cu comme un intrus avec qui on se bat (po\u00e8me&nbsp;<em>Femmes<\/em>) ; ici comme ailleurs l\u2019auteure est surprise par la dignit\u00e9 de ces femmes et ces hommes. Dans&nbsp;<em>Lumi\u00e8re<\/em>, on sent que l\u2019heure du bilan arrive, bilan de la t\u00e2che d\u2019\u00e9pouse et de m\u00e8re. On marche vers la lumi\u00e8re mais celle que l\u2019on jette sur soi est encore plus vibrante, comme si ce questionnement illuminait ses \u0153uvres. C\u2019est aussi le cas de la personne qui \u00e9voque dans Ma vie ses silences comme pour prot\u00e9ger les autres et se pr\u00e9server soi-m\u00eame\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>Annie Micheloud-Rey&nbsp; est encore saisie par la d\u00e9marche d\u2019une patiente dont la silhouette \u00e9clate en figures d\u2019une richesse inou\u00efe tout en manifestant de l\u00e9gers signes de claudication. La patiente communique par son regard et aussi par son corps et elle \u00e9voque ce que ce corps a v\u00e9cu de fortes sensations et reste aujourd\u2019hui d\u00e9licat dans ses gestes soign\u00e9s, harmonieux et d\u2019une coquetterie qui conserve toute sa gr\u00e2ce. La nudit\u00e9 dans&nbsp;<em>Etre juste-l\u00e0<\/em>&nbsp;\u00e9voque indirectement le drame du patient sans forces que l\u2019on oublie d\u2019habiller mais Annie Micheloud-Rey le rev\u00eat d\u2019images et de m\u00e9taphores. C\u2019est un po\u00e8me qui beaucoup plus que n\u2019importe quel pamphlet condamne l\u2019indiff\u00e9rence des blouses blanches.<\/p>\n\n\n\n<p>A son tour, le patient du po\u00e8me<em>&nbsp;Sans titre<\/em>&nbsp;se retrouve en \u00e9voquant sa diff\u00e9rence ; ensuite sa force rena\u00eet lorsqu\u2019il pense qu\u2019il a toujours su ou voulu la d\u00e9fendre. Croqueur de vie, il reste fier quoique lucide : \u00ab J\u2019ai perdu mes r\u00eaves en faisant les quatre-cent coups dans les ruelles de mon village. \u00bb En fin de vie, les silences sont des compagnons de ses souvenirs uniques (<em>M\u00e9moire<\/em>). Dans le court po\u00e8me&nbsp;<em>Vingt-ans<\/em>, une jeune fille d\u00e9peint ce qu\u2019elle est : elle se moule dans la nature fra\u00eeche et palpitante, dans la vie qui vibre chez ses proches et dans ses actes. En quelques phrases, Annie Micheloud-Rey dit mille choses sur nous : nous sommes tous ces autres en nous et pourtant uniques. Et o\u00f9 se trouve le sujet ? Il se manifeste enfin : \u00ab Je suis celui qui l\u2019\u00e9nonce. \u00bb<br>Un livre \u00e0 lire pour \u00e9prouver la joie d\u2019exister.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12851?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1697],"mode":[60],"revue":[501],"auteur_livre":[2277],"class_list":["post-12851","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-alberto-eiguer","mode-payant","revue-501","auteur_livre-annie-micheloud-rey"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12851","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12851"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12851"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12851"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12851"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12851"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12851"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12851"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}