{"id":12840,"date":"2021-09-12T10:13:32","date_gmt":"2021-09-12T08:13:32","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/violences-la-passion-de-detruire\/"},"modified":"2021-09-14T17:08:15","modified_gmt":"2021-09-14T15:08:15","slug":"violences-la-passion-de-detruire","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/violences-la-passion-de-detruire\/","title":{"rendered":"Violence(s). La passion de d\u00e9truire"},"content":{"rendered":"\n<p>Pour commencer, \u00e9crivons quelques mots sur le titre de cet ouvrage ; la passion de d\u00e9truire n\u2019est-elle pas le propre d\u2019un plaisir cach\u00e9 ? Un souvenir remonte \u00e0 ce sujet : lorsque Freud ach\u00e8ve un de ses ouvrages pr\u00e9f\u00e9r\u00e9s,&nbsp;<em>Totem et tabou<\/em>, il relie le meurtre du p\u00e8re dans la horde primitive aux fantasmes de la n\u00e9vrose obsessionnelle, avant de se raviser pour indiquer que dans les cures psychanalytiques de ces patients, il ressort r\u00e9guli\u00e8rement qu\u2019ils ont bien agi, enfant, leurs d\u00e9sirs destructeurs, lors de petits meurtres ou autres exactions. D\u2019o\u00f9 la fameuse conclusion de ce livre : au d\u00e9but \u00e9tait l\u2019action.<\/p>\n\n\n\n<p>C\u2019est un des grands m\u00e9rites de l\u2019ouvrage de F. Marty, infatigable explorateur des cliniques de la violence, d\u2019ouvrir \u00e0 nouveau cette porte pleine de configurations diverses. Dans cet ouvrage collectif, les violences, des plus (apparemment) banales aux plus folles, se d\u00e9plient en investiguant la cruaut\u00e9, le plaisir n\u00e9gatif \u00e0 d\u00e9faire, imposer sa loi inique, infliger \u00e0 l\u2019autre une souffrance intol\u00e9rable, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un d\u00e9placement de ses traumatismes sur l\u2019autre.&nbsp;<em>A minima<\/em>&nbsp;au moins, cette violence n\u2019est pas sans rappeler celle qui existe en nous, tapie dans les profondeurs de notre vie psychique, pr\u00eate \u00e0 surgir lorsqu\u2019une \u00e9tincelle met le feu au lien. Pour trouver un indice, il suffit de se souvenir d\u2019une col\u00e8re, saine ou non, pour envisager le stock de haine en soi, heureusement limit\u00e9e par le travail de civilisation sugg\u00e9r\u00e9 par S. Freud.<br><br>F. Marty nous propose d\u2019embarquer dans ce voyage qu\u2019Ulysse n\u2019aurait pas reni\u00e9, penser la violence pour mieux pouvoir la traiter. Les auteurs qui se succ\u00e8dent pour \u00e9voquer la violence qui leur parle, celle qui aiguille leurs travaux sur ce sujet, ouvre un \u00e9ventail aussi large que pr\u00e9cis, tandis que la fin de l\u2019ouvrage est consacr\u00e9e, originalit\u00e9 du projet, \u00e0 l\u2019interview de Roland Gori. Toujours au contact de l\u2019actualit\u00e9 la plus saisissante, R. Gori sugg\u00e8re la responsabilit\u00e9 des m\u00e9dias et leur impact lorsqu\u2019ils font d\u2019un tueur une star alimentant la m\u00e9canique r\u00e9thorique d\u2019une id\u00e9ologie fasciste comme celle de Daesh. Ajoutons qu\u2019auparavant, la mort et le bouche \u00e0 oreille construisaient la l\u00e9gende d\u2019un homme ; aujourd\u2019hui, les m\u00e9dias fascinent les foules en portant au pinacle des tueurs ; certes, la fascination pour les tueurs en s\u00e9rie n\u2019est pas r\u00e9cente : la s\u00e9rie&nbsp;<em>Mindhunter&nbsp;<\/em>retrace par exemple la mont\u00e9e de ce ph\u00e9nom\u00e8ne dans les ann\u00e9es 1970. Certains m\u00e9dias participent de fa\u00e7on active et complice \u00e0 un retournement de valeur : celui qui est violent est \u00e9clair\u00e9 sans discours contradictoire par les m\u00e9dias, comme si la face n\u00e9gative de l\u2019\u00eatre humain devenait attractive en soi, attirant notamment l\u2019attention des sujets les plus fragiles. Ce qui trouve un \u00e9cho avec la proposition de R. Gori selon laquelle les fascismes sont les monstres que nous avons fabriqu\u00e9s, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un retour du cliv\u00e9. Il dresse un constat implacable : face au d\u00e9sinvestissement d\u2019une parole politique authentique, enthousiasmante, le populisme et ses id\u00e9es aussi violentes que saugrenues ou simplettes prennent davantage d\u2019ampleur.<br><br>Dans un premier temps organis\u00e9 autour de la clinique du passage \u00e0 l\u2019acte, P. Robert souligne l\u2019importance de la famille en tant que premier contenant du sujet ; la famille est cens\u00e9e d\u00e9tenir le pouvoir de transformer les \u00e9l\u00e9ments bruts du psychisme de chacun de ses protagonistes. L\u00e0 encore, les situations cliniques les plus folles se dessinent, \u00e0 la fa\u00e7on d\u2019un transfert n\u00e9gatif passant par une attaque du cadre et de ses fonctions phoriques. Le clinicien investit alors son cadre comme un tiers invariant face \u00e0 une famille ali\u00e9n\u00e9e, en panne de liens constituants.<\/p>\n\n\n\n<p><em>A contrario&nbsp;<\/em>du plaisir d\u2019aimer et de vivre, M. Ravit attire notre attention sur les effets transf\u00e9rentiels produits sur le clinicien \u00e0 l\u2019\u00e9coute de patients incarc\u00e9r\u00e9s pour des faits graves. Recevant les formes cliv\u00e9es de la subjectivit\u00e9 du patient, l\u2019auteure souligne l\u2019importance d\u2019\u00eatre \u00e0 l\u2019\u00e9coute de soi en m\u00eame temps que celle de l\u2019autre, afin de mieux comprendre les objets partiels d\u00e9pos\u00e9s projectivement, mouvement psychique significatif des d\u00e9faillances pr\u00e9coces de l\u2019environnement.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019adolescent incarc\u00e9r\u00e9, \u00e9tudi\u00e9 par J. Arotcharen, est confront\u00e9 \u00e0 des exp\u00e9riences d\u00e9subjectivantes comme la rage de se sentir petit, pla\u00e7ant ces adolescents dans une insularit\u00e9 psychique insupportable. Les t\u00e9moignages poignants de ces adolescents \u00e0 la vie psychique souvent chaotique sugg\u00e8rent que les auto-agressions rel\u00e8vent d\u2019une violence institutionnelle retourn\u00e9e contre soi : \u00e0 d\u00e9faut de pouvoir lutter contre son sentiment d\u2019impuissance, il ne reste plus que \u00ab la r\u00e9appropriation de son territoire corporel \u00bb, \u00e0 la limite de la d\u00e9personnalisation. Offrir un espace de parole \u00e0 ces adolescents est \u00e0 la fois un cadeau et une offre de soin, comme une premi\u00e8re esquisse de r\u00e9paration d\u2019une histoire fractur\u00e9e. &nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le propos d\u2019E. Bonneville-Baruchel confirme les formes de violence institutionnelle lorsqu\u2019elle explore les institutions de soin, qu\u2019elles concernent des personnes \u00e2g\u00e9es, vuln\u00e9rables ou touch\u00e9es par un handicap. Lorsque l\u2019institution est avant tout pr\u00e9occup\u00e9e d\u00e9fensivement par les \u00e9l\u00e9ments pers\u00e9cuteurs g\u00e9n\u00e9r\u00e9s par le groupe, elle a tendance \u00e0 r\u00e9agir par un diktat producteur d\u2019un discours homog\u00e8ne : aucune t\u00eate ne doit d\u00e9passer, chaque patient doit devenir autonome. Inutile de tourner autour du pot : les orientations cliniques voulant objectiver le discours d\u2019un patient sont souvent complices de ces pratiques politico-institutionnelles d\u00e9subjectivantes, en toute accointance avec les univers entrem\u00eal\u00e9s d\u2019Orwell et de Kafka.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un second temps consacr\u00e9 \u00e0 la violence et la soci\u00e9t\u00e9, l\u2019Histoire ne peut ainsi \u00eatre \u00e9labor\u00e9e qu\u2019\u00e0 condition qu\u2019elle soit reconnue, afin d\u2019\u00e9laborer un r\u00e9cit transmissible et critiquable, indique ainsi M. Feldman, tandis qu\u2019I. Gernet montre comment le monde du travail est infiltr\u00e9 par le retour du sexuel d\u00e9li\u00e9. Les d\u00e9fenses qui en d\u00e9coulent portent la marque de l\u2019\u00e9rotisation de la souffrance via une maltraitance source de cruaut\u00e9 ou d\u2019humiliation. Investiguant le domaine de l\u2019institution militaire, C. Gheorghiev et J.-P. Rondier soulignent que lors du passage \u00e0 l\u2019acte, le sujet ne rencontre pas tant son sympt\u00f4me qu\u2019il devient le sympt\u00f4me. M. Mansouri d\u00e9crit les violences du politique sur les jeunes d\u00e9laiss\u00e9s par la r\u00e9publique, soumis \u00e0 une forme de d\u00e9privation d\u2019\u00e9tat. Face au d\u00e9sespoir qui les enveloppe, il ne reste plus qu\u2019\u00e0 donner un sens \u00e0 leur mort, \u00e0 d\u00e9faut d\u2019en trouver un \u00e0 leur vie.<\/p>\n\n\n\n<p>L. Amsili ouvre le troisi\u00e8me temps de l\u2019ouvrage consacr\u00e9 au terrorisme ; le d\u00e9part de certaines adolescentes en Syrie est interpr\u00e9t\u00e9 comme une tentative agie de remaniement des liens familiaux, une fuite en avant r\u00e9sonnant comme une impasse des enjeux de s\u00e9paration m\u00e8re-fille. Prenant l\u00e0 o\u00f9 il se trouve le discours radicalis\u00e9, P. Cotti analyse un passage \u00e0 l\u2019acte terroriste comme la cons\u00e9quence d\u2019un d\u00e9sinvestissement m\u00e9lancolique du monde, pour mieux retrouver dans la mort une figure divine pr\u00e9sente et fiable. C. Duchet revient sur le drame du Bataclan en reprenant sa brillante id\u00e9e d\u2019une n\u00e9vrose traumatis\u00e9e. Elle conclut son propos sur l\u2019id\u00e9e que la psychanalyse rel\u00e8ve d\u2019une d\u00e9marche de soustraction \u00e0 l\u2019emprise, maternelle et\/ou familiale, pour soutenir l\u2019existence d\u2019un d\u00e9sir propre.<\/p>\n\n\n\n<p>Cet ouvrage trace le parcours de toutes les d\u00e9subjectivations et toutes les absences, violentes en creux. Il emp\u00eache l\u2019oubli ou la r\u00e9pression de qu\u2019on aimerait oublier, pour mieux repr\u00e9senter le caract\u00e8re divers et complexe de toutes les violences. A la fin de ce voyage, nous voil\u00e0 remu\u00e9s mais lucides, pr\u00eats \u00e0 affronter le monde ; ce n\u2019est pas la derni\u00e8re de ses vertus.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12840?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1471],"mode":[60],"revue":[488],"auteur_livre":[2269],"class_list":["post-12840","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-florian-houssier","mode-payant","revue-488","auteur_livre-francois-marty"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12840","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12840"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12840"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12840"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12840"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12840"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12840"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12840"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}