{"id":12831,"date":"2021-09-12T10:13:32","date_gmt":"2021-09-12T08:13:32","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/le-travail-du-psychanalyste\/"},"modified":"2021-09-21T17:46:55","modified_gmt":"2021-09-21T15:46:55","slug":"le-travail-du-psychanalyste","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/le-travail-du-psychanalyste\/","title":{"rendered":"Le travail du psychanalyste"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce dernier travail de Fran\u00e7ois Duparc tient remarquablement les enjeux de son sous-titre, sous le signe de la diversit\u00e9, diversit\u00e9 des cliniques, des cultures, des probl\u00e9matiques, et dans une approche qui respecte la complexit\u00e9 de l\u2019humain. Pour l\u2019auteur, si Freud est la r\u00e9f\u00e9rence incontournable, notre socle commun, on ne saurait \u00e9viter aujourd\u2019hui de se confronter et d\u2019int\u00e9grer les apports des post-freudiens de Ferenczi \u00e0 Bion, en passant par Winnicott jusqu\u2019\u00e0 Lacan ou d\u2019autres penseurs contemporains. Ces r\u00e9f\u00e9rences ne gr\u00e8vent en rien son ouvrage, qui a le m\u00e9rite d\u2019une pens\u00e9e \u00e0 la fois synth\u00e9tique et originale. Le livre se compose de deux parties, la premi\u00e8re consacr\u00e9e au \u00ab principe de diversit\u00e9 et son champ humain \u00bb, la deuxi\u00e8me \u00e0 \u00ab Accueil de la diversit\u00e9 et cadre sur mesure \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Le fil rouge du livre est l\u2019articulation des cinq fantasmes originaires organisateurs de l\u2019\u0152dipe, dans le prolongement de la pens\u00e9e de Freud, qui certes, n\u2019en a explicit\u00e9 que trois (s\u00e9duction, castration, et sc\u00e8ne primitive) pour y adjoindre ult\u00e9rieurement le fantasme de retour au ventre maternel. Mais F. Duparc s\u2019autorise de Freud lui-m\u00eame, le Freud de Totem et tabou, pour compl\u00e9ter les pr\u00e9c\u00e9dents par le meurtre cannibalique du p\u00e8re. Seule l\u2019articulation de tous ces fantasmes permet de comprendre et d\u2019\u00e9valuer la complexit\u00e9 de l\u2019\u0152dipe, structure fondamentale de notre psychisme humain, en d\u00e9pit de la vari\u00e9t\u00e9 de ses formes dans les diverses cliniques et dans diff\u00e9rentes cultures. Cette r\u00e9flexion sur les fantasmes originaires se d\u00e9veloppe chez l\u2019auteur depuis de nombreuses ann\u00e9es d\u00e9j\u00e0 (Cf.&nbsp;<em>Qu\u2019avez-vous donc tir\u00e9 au jeu des fantasmes originaires<\/em>, RFP, 5, 55, 1991).<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le premier chapitre, l\u2019auteur s\u2019interroge sur la demande et les buts d\u2019une psychanalyse qu\u2019il travaille dans leur articulation aux fantasmes originaires. Ainsi la premi\u00e8re demande est-elle majoritairement une demande de soin, de gu\u00e9rir de sa souffrance et F. Duparc de ne pas se d\u00e9fausser ou m\u00e9priser un tel enjeu, bien au contraire, et la racine d\u2019un tel but serait le fantasme de retour au ventre maternel. Mais il s\u2019agit aussi d\u2019affronter les deuils et la r\u00e9f\u00e9rence en sera l\u2019int\u00e9gration de l\u2019angoisse de castration. Lib\u00e9rer le d\u00e9sir, vaincre les inhibitions est aussi un enjeu princeps de la cure et se relie au fantasme de s\u00e9duction. Le d\u00e9sir de comprendre, lui, met en jeu les identifications, il est fantasmatiquement d\u00e9sir de s\u2019approprier le savoir, li\u00e9 au meurtre cannibalique du p\u00e8re. Si Freud donnait comme issue \u00e0 la cure, aimer et travailler, le d\u00e9sir de pouvoir aimer, cr\u00e9er, quant \u00e0 lui, est li\u00e9 au fantasme d\u2019une sc\u00e8ne primitive f\u00e9conde. De ces demandes, plus ou moins latentes, plus ou moins manifestes, d\u00e9coulent les buts m\u00eames de la cure, qui seront des entrelacements de toutes les issues \u00e0 ces fantasmes. Ainsi le fantasme de nouvelle naissance, de terme, renvoie-t-il au retour au ventre maternel,&nbsp; \u00e0 un enfantement de soi-m\u00eame. Le processus de deuil qui impr\u00e8gne la fin d\u2019une cure se trouve li\u00e9 \u00e0 l\u2019angoisse de castration,&nbsp; et demande que soit accept\u00e9e l\u2019incompl\u00e9tude m\u00eame du processus analytique, comme de tol\u00e9rer l\u2019absence. Le fantasme de s\u00e9duction se retrouve dans l\u2019aspect \u00ab crise d\u2019adolescence \u00bb de la fin de cure avec ses changements, ses ouvertures vers le futur. Un des buts de la cure est d\u2019ouvrir sur un savoir sur l\u2019inconscient, dans une identification souple \u00e0 l\u2019analyste et \u00e0 son pouvoir d\u2019interpr\u00e9tation : ce tri n\u00e9cessaire dans notre h\u00e9ritage renvoie au meurtre cannibalique et \u00e0 ses enjeux identificatoires. Mais l\u2019enjeu d\u2019une cure n\u2019est-il pas la production d\u2019une \u0153uvre commune, l\u2019\u00e9laboration d\u2019une sorte de roman analytique, con\u00e7ue dans une sc\u00e8ne primitive f\u00e9conde ? Or, tout comme les demandes s\u2019entrelacent et demandent \u00e0 \u00eatre entendues dans leur r\u00e9sonance mutuelle, un seul but ne saurait l\u2019emporter sur tous les autres, et F. Duparc de souligner combien l\u2019essentiel reste l\u2019attention port\u00e9e \u00e0 la diversit\u00e9 et \u00e0 l\u2019entrelacement de ses buts.<\/p>\n\n\n\n<p>Si j\u2019ai d\u00e9velopp\u00e9 ce premier chapitre, c\u2019est pour montrer la complexit\u00e9 et la densit\u00e9 de la pens\u00e9e de l\u2019auteur qui se d\u00e9veloppe ensuite \u00e0 travers l\u2019examen des diff\u00e9rentes crises de la vie (les 7 \u00e2ges de la vie) dans un souci du tissage entre biologique et psychique et dans une compr\u00e9hension \u00e9largie du concept d\u2019apr\u00e8s-coup. Le troisi\u00e8me chapitre permet \u00e0 l\u2019auteur de d\u00e9ployer sa compr\u00e9hension des fantasmes originaires, de mani\u00e8re plus d\u00e9taill\u00e9e et plus didactique.<br>Il s\u2019agit de redonner toute sa place organisatrice \u00e0 l\u2019\u0152dipe, dans ses formes primaires comme dans ses formes plus \u00e9labor\u00e9es, dans un travail constant sur les formes de symbolisation engag\u00e9es, dans le respect de la diversit\u00e9 des cultures. Ainsi l\u2019auteur \u00e9crit-il : \u00ab le complexe d\u2019\u0152dipe garde ainsi tout son int\u00e9r\u00eat, pour la psychanalyse d\u2019aujourd\u2019hui comme pour celle de demain, si l\u2019on maintient sa diversit\u00e9 d\u2019une famille \u00e0 l\u2019autre, d\u2019une culture \u00e0 l\u2019autre, et son \u00e9volution au cours du temps, de l\u2019oedipe pr\u00e9coce en \u00e9tayage sur l\u2019environnement familial (l\u2019oedipe de la famille), \u00e0 l\u2019oedipe int\u00e9rioris\u00e9 en roman familial chez le sujet, dans sa version positive, structurante, int\u00e9grant son destin culturel dans la collectivit\u00e9. \u00bb (p. 42).<\/p>\n\n\n\n<p>Ce m\u00eame souci de synth\u00e8se se retrouve dans le quatri\u00e8me chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la nosologie psychanalytique, \u00e0 bien diff\u00e9rencier d\u2019une nosographie, seulement soucieuse de classification comme peut l\u2019\u00eatre un DSM. Une v\u00e9ritable nosologie psychanalytique, selon l\u2019auteur, trouve \u00e0 s\u2019\u00e9tayer sur trois axes, l\u2019axe classique des phases pulsionnelles, l\u2019axe du d\u00e9veloppement du Moi, et l\u2019axe des fantasmes originaires de l\u2019\u0152dipe qui permet \u00ab la d\u00e9finition de lign\u00e9es psychopathologiques, selon la fixation pr\u00e9dominante d\u2019un fantasme originaire composant l\u2019oedipe \u00bb (p. 73).<br>Le parcours de l\u2019auteur nous entra\u00eene ensuite dans des situations cliniques particuli\u00e8res, celle de la migration, qui sont paradigmatiques de la transmission des conflits, probl\u00e9matiques et traumatismes sur plusieurs g\u00e9n\u00e9rations. Des fragments cliniques, comme en chaque chapitre, enrichissent ces \u00e9laborations et permettent de commencer \u00e0 comprendre les graves crises identitaires qui sont \u00e0 la source de traumatismes collectifs actuels, tels les attentats terroristes. Cette critique r\u00e9flexive sur notre temps trouve \u00e0 se poursuivre dans le chapitre consacr\u00e9 \u00e0 la jungle des psychoth\u00e9rapies, dans lequel F. Duparc prolonge une r\u00e9flexion qu\u2019il a engag\u00e9e depuis longtemps sur le temps et la temporalit\u00e9 inh\u00e9rent \u00e0 la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>La deuxi\u00e8me partie du livre est centr\u00e9e sur le cadre du travail psychanalytique, cadre \u00e0 penser sur mesure, pour accueillir toute la diversit\u00e9 et la complexit\u00e9 des psychismes, qu\u2019il s\u2019agisse du psychisme individuel, d\u2019un couple, d\u2019une dyade m\u00e8re-b\u00e9b\u00e9, ou d\u2019un groupe. L\u2019accent est port\u00e9 sur la r\u00e9sonance et les \u00e9motions mais sans jamais perdre de vue la question de l\u2019enrichissement de la symbolisation et celle du tissu repr\u00e9sentatif. L\u00e0 encore des fragments cliniques laissent entrevoir la grande exp\u00e9rience de l\u2019auteur et son souci constant d\u2019un accompagnement adapt\u00e9, mais toujours psychanalytique.<br>&nbsp;<br>La mani\u00e8re dont F. Duparc reprend les param\u00e8tres classiques de la cure, tr\u00e8s fine, lui permet de les mettre \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des cas-limites qui imposent de repenser chaque param\u00e8tre pour soutenir le processus \u00e9laboratif. Par exemple, une de ses suggestions les plus heuristiques face aux r\u00eaves traumatiques, ou aux r\u00eaves embryonnaires sur lesquels le patient ne peut associer, me semble \u00eatre cette proposition d\u2019attirer l\u2019attention du patient sur ses ressentis corporels, \u00e9quivalents de r\u00eaves (F. Duparc a une longue exp\u00e9rience de la relaxation psychanalytique qu\u2019il \u00e9voque aussi dans un chapitre) voire de construire \u00e0 partir de ces r\u00eaves fragmentaires une nouvelle fin ou une \u00e9bauche de narration commune.<\/p>\n\n\n\n<p>Une recension ne peut rendre compte de l\u2019ensemble de la richesse de ces propositions de ce livre qui est le premier temps d\u2019un dyptique, devant se poursuivre par la publication de&nbsp;<em>La clinique du psychanalyste aujourd\u2019hui<\/em>.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12831?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2031],"mode":[60],"revue":[638],"auteur_livre":[2262],"class_list":["post-12831","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-helene-parat","mode-payant","revue-638","auteur_livre-francois-duparc"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12831","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12831"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12831"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12831"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12831"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12831"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12831"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12831"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}