{"id":12830,"date":"2021-09-12T10:13:32","date_gmt":"2021-09-12T08:13:32","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/hysterie\/"},"modified":"2021-09-21T17:37:52","modified_gmt":"2021-09-21T15:37:52","slug":"hysterie","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/hysterie\/","title":{"rendered":"Hyst\u00e9rie"},"content":{"rendered":"\n<p>\u00ab La prochaine fois qu\u2019on croira que les hyst\u00e9riques ont disparu, assurons-nous bien que personne ne nous appelle pour nous demander de l\u2019aide. \u00bb, C. Bollas.<\/p>\n\n\n\n<p>Le psychanalyste a-t-il encore quelque chose \u00e0 dire de l\u2019hyst\u00e9rie en ce d\u00e9but de XXIe si\u00e8cle ? Et l\u2019hyst\u00e9rique, qu\u2019a-t-il donc \u00e0 adresser \u00e0 son contemporain ? Dans son ouvrage paru \u00e0 Londres en 2000, Hysteria, Christopher Bollas propose une lecture renouvel\u00e9e de l\u2019hyst\u00e9rie, tout en maintenant des appuis th\u00e9oriques au plus pr\u00e8s des fondements freudiens. Psychanalyste am\u00e9ricain form\u00e9 au sein de la British Psychoanalytical Society de Londres, Bollas a produit une \u0153uvre importante dont voici d\u00e9sormais le troisi\u00e8me livre accessible en langue fran\u00e7aise. Les deux premiers sont Les Forces de la destin\u00e9e (trad. A. Weill, Calmann-L\u00e9vy, 1989, trad. fr. 1996), Le Moment freudien, (trad. A. de Staal,&nbsp; Ithaque, 2007, trad. fr.&nbsp; 2011). Ses th\u00e9orisations s\u2019appuient sur une lecture rigoureuse de l\u2019\u0153uvre freudienne, enrichie, entre autres, par les apports de D.W. Winnicott et de W.R. Bion.<br>Au croisement des cultures am\u00e9ricaines et europ\u00e9ennes, \u00e9merge sous sa plume une pens\u00e9e vivifiante, in\u00e9dite pour le clinicien francophone.<\/p>\n\n\n\n<p>Cent ans apr\u00e8s les tableaux cliniques dress\u00e9s par Freud et Breuer, l\u2019hyst\u00e9rie ici d\u00e9peinte s\u2019offre sous un nouveau jour. Tant masculine que f\u00e9minine, ses acteurs nous semblent familiers, pr\u00e9sentant des traits proches des troubles limites ou des pathologies narcissiques. Le lecteur se surprend ainsi \u00e0 s\u2019interroger sur ses propres patients, pour lesquels il n\u2019aurait pas forc\u00e9ment envisag\u00e9 jusqu\u2019alors un \u00e9ventuel fonctionnement sur un registre hyst\u00e9rique. Bollas dresse en effet un portrait assez ouvert de l\u2019hyst\u00e9rie, concevant cette notion non pas seulement comme une pathologie en bonne et due<br>forme, mais surtout selon une modalit\u00e9 d\u2019am\u00e9nagement du fonctionnement psychique &#8211; un \u00ab caract\u00e8re hyst\u00e9rique \u00bb -, dans lequel le processus prime sur la structure. Sans perdre de vue l\u2019importance d\u2019une \u00e9tiologie plurifactorielle&nbsp;<sup>1<\/sup>, il postule une hyst\u00e9rie constitutive du fonctionnement psychique, du d\u00e9veloppement infantile, issu des traces des relations primaires.<br>Le c\u0153ur de sa th\u00e8se r\u00e9side dans l\u2019id\u00e9e qu\u2019au sein des relations primaires, le parent (la m\u00e8re surtout&nbsp;<sup>2<\/sup>), excluant consciemment la place du sexuel et des organes g\u00e9nitaux de son enfant, produirait un v\u00e9cu qui, paradoxalement, sexualiserait l\u2019ensemble du corps du nourrisson, point de d\u00e9part d\u2019une forme de clivage entre l\u2019accueil d\u2019un \u00ab savoir non pens\u00e9 \u00bb et les exp\u00e9riences sensorielles, entre l\u2019affect et ses repr\u00e9-sentations, et in fine, entre la sexualit\u00e9 parl\u00e9e et la sexualit\u00e9 agie. Ces d\u00e9veloppements rejoignent ici ceux de Jean Laplanche et de sa th\u00e9orie de la s\u00e9duction g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, selon lesquels, au sein de \u00ab la situation anthropologique fondamentale \u00bb, la m\u00e8re chargerait la relation \u00e0 son enfant de \u00ab signifiants \u00e9nigmatiques \u00bb porteurs d\u2019une valeur sexuelle inconsciente. \u00ab M\u00eame si la m\u00e8re a jet\u00e9 sur les organes g\u00e9nitaux un regard de d\u00e9go\u00fbt, elle accorde au corps du tout-petit l\u2019onction de ses excitations refoul\u00e9es, et surtout d\u00e9plac\u00e9es, dans la mesure o\u00f9 les autres zones \u00e9rog\u00e8nes (\u2026) ont \u00e9t\u00e9 transmut\u00e9es en objets libidinaux. L\u2019hyst\u00e9rique est sexualis\u00e9 sur toute la surface de son corps \u00bb (p. 262).<br>\u00c0 l\u2019\u00e2ge adulte, un des destins de ce refoulement conduira les sujets hyst\u00e9riques \u00e0 refuser \u00ab de p\u00e9n\u00e9trer psychiquement dans l\u2019univers sexuel tel qu\u2019il existe en vrai ; ils pr\u00e9f\u00e8rent s\u2019approprier le discours sur le sexe et en faire un usage en le substituant \u00e0 la chose r\u00e9elle \u00bb (p. 262). La possibilit\u00e9 de satisfaction s\u2019engagera alors dans une voie fantasmatique plut\u00f4t qu\u2019agie.<\/p>\n\n\n\n<p>\u00ab La passion de l\u2019hyst\u00e9rique, c\u2019est de s\u2019identifier aux objets internes d\u2019autrui et d\u2019en offrir une repr\u00e9sentation. L\u00e0, tel un observateur clandestin, l\u2019hyst\u00e9rique s\u2019abandonne \u00e0 toute la profondeur de sa r\u00eaverie ; il se m\u00e9tamorphose dans les personnages qu\u2019il lit ou qu\u2019il voit, se les annexant apr\u00e8s-coup, et revivant leurs vies dans les r\u00e9cits qu\u2019il en fait aux autres. (\u2026) Il est tout \u00e0 fait \u00e9tonnant de voir combien les hyst\u00e9riques percent \u00e0 jour les autres, p\u00e9n\u00e9trant un partenaire qui leur r\u00e9siste d\u2019un \u0153il critique, dans le but arr\u00eat\u00e9 d\u2019y d\u00e9loger les objets internes comme on fait tomber les fruits d\u2019un arbre \u00bb (p. 260). C\u2019est en usant de ce m\u00eame processus, que, soutient l\u2019auteur, les hyst\u00e9riques auraient transform\u00e9 leur symptomatologie afin de l\u2019adapter aux d\u00e9sirs des autres, aux d\u00e9sirs de leurs analystes. Les troubles limites, les troubles d\u00e9ficitaires de l\u2019attention avec hyperactivit\u00e9, les troubles de la personnalit\u00e9 multiple seraient autant de formes qu\u2019auraient emprunt\u00e9es les hyst\u00e9riques lors de ces derni\u00e8res d\u00e9cennies pour \u00ab s\u00e9duire \u00bb leurs th\u00e9rapeutes et exciter leur attrait pour la nouveaut\u00e9. \u00ab La psychanalyse a d\u00e9sexualis\u00e9 son propre langage et ses th\u00e9ories \u00bb (p. 284) pour valoriser le terme d\u2019\u00e9tat-limite et refouler celui de l\u2019hyst\u00e9rie. Ceci expliquerait, en partie du moins, que l\u2019hyst\u00e9rie ait disparue du vocabulaire courant des cliniciens contemporains, et que ce diagnostic ait parfois \u00e9t\u00e9 rel\u00e9gu\u00e9 aux seuls temps premiers de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Sous la plume de Bollas, l\u2019hyst\u00e9rique devient un personnage. Il est quelqu\u2019un que nous voyons \u00e9voluer, se comporter face aux situations de la vie courante, un personnage vivant et familier : \u00ab C\u2019est l\u2019hyst\u00e9rique \u00bb, nous dit-il. Et \u00e0 la fois, ce livre ne vise pas tant \u00e0 pr\u00e9senter des personnes que \u00ab des \u00e9checs \u00e0 devenir des personnes \u00e0 la hauteur de leur potentiel \u00bb (p. 13). C\u2019est ici un autre pan de la conception de l\u2019hyst\u00e9rie. Les personnes hyst\u00e9riques souffriraient de ne r\u00e9ussir \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler leur self, qui, fig\u00e9 dans une stase partielle de son d\u00e9veloppement, produirait des am\u00e9nagements inauthentiques, en faux-self. L\u2019individu, qui a pu d\u00e9couvrir \u00ab la fonction tierce du langage \u00bb dans la relation m\u00e8re-enfant (p. 70), va faire usage de la parole comme un moyen de repr\u00e9sentation, une repr\u00e9sentation quasi th\u00e9\u00e2trale, qui met en sc\u00e8ne des \u00e9l\u00e9ments du self non-int\u00e9gr\u00e9s.<\/p>\n\n\n\n<p>Selon ces m\u00eames effets, le sujet hyst\u00e9rique, investissant les formes de satisfaction de l\u2019autre, se voit assign\u00e9 \u00e0 n\u2019exister que comme un double de soi d\u00e9sexualis\u00e9 (sous les figures infantiles de la \u00ab fille \u00e0 papa \u00bb, de l\u2019\u00ab enfant acteur \u00bb, d\u2019\u00ab enfants Barbie \u00bb\u2026). L\u2019enfant, investi comme un objet du discours parental, un \u00ab objet narratif \u00bb, imaginaire, id\u00e9alis\u00e9 et surtout d\u00e9sexualis\u00e9, souffre dans ses possibilit\u00e9s d\u2019exister d\u2019apr\u00e8s ses besoins propres. Nous retrouverons ici toutes les cliniques de l\u2019imposture et du faux-self sous un jour nouveau, o\u00f9 la coloration hyst\u00e9rique r\u00e9inter-roge ces cliniques des \u00ab limites \u00bb. Bollas d\u00e9veloppe aussi une r\u00e9flexion sur le faux-self du genre, touchant l\u2019identit\u00e9 sexuelle ; le sujet \u00e9tant plac\u00e9 \u00ab en suspens entre deux options antagoniques : comme un self transcendant asexuel ou comme un faux-self sexuel pr\u00e9coce \u00bb (p. 147).<\/p>\n\n\n\n<p>Con\u00e7u comme un v\u00e9ritable ouvrage et non telle une compilation d\u2019articles, les 300 pages d\u2019Hyst\u00e9rie s\u2019offrent au lecteur suivant des abords particuli\u00e8rement cliniques. Ces appuis cliniques qui accompa-gnent de bout en bout la lecture viennent soutenir une th\u00e9orisation, qui, bien que restant particu-li\u00e8rement accessible, pourrait d\u00e9router quiconque ne serait pas familier \u00e0 la pens\u00e9e de l\u2019auteur. \u00c0 l\u2019instar de Winnicott, Bollas d\u00e9ploie en effet une mani\u00e8re de penser le fonctionnement psychique et la psychanalyse toute singuli\u00e8re, naviguant avec une certaine libert\u00e9, et en employant une terminologie qui lui est propre. Hyst\u00e9rie, qui fait partie du milieu de l\u2019\u0153uvre de Bollas, appara\u00eet ainsi comme un ouvrage particuli\u00e8rement accessible, au sein duquel se dessinent les lignes essentielles de ce qui peut constituer sa propre m\u00e9tapsychologie&nbsp;<sup>3<\/sup>. Les derniers chapitres, enfin, (Les drogu\u00e9s du transfert,&nbsp; Le th\u00e9rapeute face \u00e0 la s\u00e9duction) proposent des consid\u00e9rations ancr\u00e9es dans la pratique, permettant au clinicien de mieux appr\u00e9hender les issues pour faire face \u00e0 ces configurations cliniques qui viennent parfois intens\u00e9ment malmener la pratique.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12830?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1390],"mode":[60],"revue":[487],"auteur_livre":[2261],"class_list":["post-12830","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-jean-baptiste-desveaux","mode-payant","revue-487","auteur_livre-christopher-bollas"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12830","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12830"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12830"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12830"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12830"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12830"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12830"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12830"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}