{"id":12826,"date":"2021-09-12T10:13:30","date_gmt":"2021-09-12T08:13:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/le-nouvel-ordre-sexuel\/"},"modified":"2021-09-27T17:39:41","modified_gmt":"2021-09-27T15:39:41","slug":"le-nouvel-ordre-sexuel","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/le-nouvel-ordre-sexuel\/","title":{"rendered":"Le nouvel ordre sexuel"},"content":{"rendered":"\n<p>Le d\u00e9bat actuel autour du&nbsp; \u00ab mariage pour tous \u00bb, les revendications des homosexuels, des communaut\u00e9s lesbienne, gay, \u00ab bi \u00bb et \u00ab trans \u00bb, posent les questions de genre de fa\u00e7on frontale. L\u2019interrogation sur le genre est avant tout pour Hefez une tentative de compr\u00e9hension, en profondeur, de la mani\u00e8re dont chacun d\u2019entre nous s\u2019approprie, ou pas, sa masculinit\u00e9 ou sa f\u00e9minit\u00e9 et, ajoute-t-il, \u00ab tout simplement ce que ces mots peuvent bien signifier \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019accorde en g\u00e9n\u00e9ral \u00e0 constater une remise en question des fondements de la diff\u00e9rence des sexes ; face \u00e0 ce qui peut appara\u00eetre menacer un ordre symbolique universel, l\u2019auteur pense que la psychanalyse poss\u00e8de les outils pour \u00e9clairer, interpr\u00e9ter ces transformations pour apaiser les peurs et \u00ab participer \u00e0 la r\u00e9jouissance du d\u00e9cloisonnement entre les sexes ! \u00bb. Il se propose de montrer comment se construisent le sexe et le genre et comment ils nous construisent.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Convaincu par son exp\u00e9rience de th\u00e9rapeute du poids de l\u2019inconscient, Hefez rappelle&nbsp; que, pour Freud, l\u2019opposition masculin\/f\u00e9minin est \u00e0 la fois biologique, sociologique et psy-chique, et que le masculin et le f\u00e9minin se prolongent dans une infinit\u00e9 de figures, \u00ab chambre d\u2019\u00e9cho d\u2019une transmission qui remonte \u00e0 la nuit des temps par des strates d\u2019identifications successives \u00bb, et qui ont constitu\u00e9 l\u2019inconscient. Comment modeler&nbsp;&nbsp; le sexuel infantile \u00ab infiniment fantaisiste \u00bb avec toutes ces injonctions, prescriptions, repr\u00e9-sentations, ces r\u00e8gles h\u00e9rit\u00e9es de notre environnement personnel, familial, social, culturel, religieux qui nous entourent et nous p\u00e9n\u00e8trent au plus intime de nous-m\u00eames ? C\u2019est que l\u2019inconscient est ouvert et libre, mais aussi p\u00e9tri de peurs et de replis : ces contra-dictions sont la base vivante qui nous constitue et aucune \u00ab lib\u00e9-ration sexuelle \u00bb ne pourra jamais \u00e9puiser le conflit inconscient g\u00e9n\u00e9r\u00e9 par la diff\u00e9rence des sexes (et des g\u00e9n\u00e9rations).<\/p>\n\n\n\n<p>Il semble bien qu\u2019autour de nous le mod\u00e8le s\u00e9culaire du couple monogame h\u00e9t\u00e9rosexuel \u00e9ternel, sur lequel s\u2019appuyaient les fondements de l\u2019organisation du monde, s\u2019effrite, avec des questions qui assaillent notre vie familiale, sociale et politique, telles que la garde altern\u00e9e, la monoparentalit\u00e9, la parit\u00e9, le statut des beaux-parents, la coparentalit\u00e9\u2026 et le mariage homosexuel, \u00e0 l\u2019ordre du jour. Le mur de la diff\u00e9rence des genres, qui s\u00e9pare de fa\u00e7on bien distincte les hommes et les femmes, avec ses fronti\u00e8res et ses passages oblig\u00e9s est un mur porteur qui organise notre monde depuis toujours.&nbsp;<br>Poursuivant la m\u00e9taphore, Hefez plaide pour un travail subtil pour le remanier avec prudence,&nbsp; pour l\u2019adapter au monde moderne, am\u00e9liorer le b\u00e2timent comme savent le faire les architectes pour le moderniser, reprendre la charpente, imaginer des ex-tensions, des ouvertures, pour l\u2019adapter \u00e0 son temps. \u00ab \u00c0 condition de comprendre la nature m\u00eame de sa construction, et de s\u2019y atteler en la respectant, sans vouloir tout mettre par terre \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous sommes de ce monde en tant qu\u2019individus sexu\u00e9s, d\u00e8s qu\u2019il y a de la chair, il y a du masculin&nbsp;&nbsp; et du f\u00e9minin, mais Hefez rappelle que, pour Freud, l\u2019opposition hommes\/femmes se pose \u00e0 la fois dans sa r\u00e9alit\u00e9 charnelle et dans une diff\u00e9rence de penser : \u00ab tout le masculin n\u2019est pas dans l\u2019homme, tout l\u2019homme n\u2019est pas m\u00e2le, pas plus que le f\u00e9minin n\u2019est l\u2019apanage exclusif de la femme, qui n\u2019est donc pas qu\u2019une femelle \u00bb. On sait que divers auteurs ont vu dans la remise en cause des places respectives de l\u2019homme et de la femme, de leur statut \u00ab naturel \u00bb, en particulier au regard de la parentalit\u00e9, une menace pour l\u2019\u00e9volution de la soci\u00e9t\u00e9, une&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab course folle \u00bb, selon l\u2019expression de P. Legendre. Hefez souligne pourtant que, pour Freud encore, c\u2019est la place du p\u00e8re dans sa fonction symbolique de transmission qui soutient l\u2019archi-tecture de la soci\u00e9t\u00e9 et qu\u2019elle se distingue de celle des p\u00e8res r\u00e9els (\u00e0 commencer par celui de Freud lui-m\u00eame). Toutes les m\u00e8res, au quotidien, assument des positions d\u2019autorit\u00e9, exercent une fonction paternelle et \u00ab inter-viennent dans la d\u00e9fusion du parent avec l\u2019enfant, dans le rappel de la loi, ou dans la pacification du rapport entre le p\u00e8re et les enfants \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Les r\u00e9ticences \u00e0 l\u2019\u00e9gard de l\u2019homoparentalit\u00e9 proc\u00e8dent&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; toujours d\u2019une m\u00e9fiance fon-damentale face \u00e0 l\u2019homosexualit\u00e9, quelles que soient les situations r\u00e9elles. L\u2019homosexuel serait un individu diff\u00e9rent, au rapport \u00e0 l\u2019autre fondamentalement troubl\u00e9 par des distorsions de son d\u00e9veloppement, ou son arr\u00eat \u00e0 un stade narcissique qui l\u2019emp\u00ea-cherait d\u2019acc\u00e9der \u00e0 l\u2019h\u00e9t\u00e9- rosexualit\u00e9 normale de l\u2019adulte. Il se prendrait lui-m\u00eame pour objet d\u2019amour, n\u2019aurait pas acc\u00e8s \u00e0 l\u2019Autre, \u00e0 l\u2019alt\u00e9rit\u00e9. Hefez cite Michel Foucault qui situait cette vision dans le droit fil de la science sexuelle du 19\u00e8me si\u00e8cle. Il cite aussi Lacan : \u00ab Au nom de quoi l\u2019analyste parlerait-il d\u2019une norme quelconque ? Sinon, permettez-moi la plaisanterie, d\u2019une malnorme, d\u2019une norme m\u00e2le. \u00bb. La pens\u00e9e inconsciente est une pens\u00e9e libre, rebelle, polymorphe qui fait&nbsp; en permanence coexister les diff\u00e9rences, sans se soucier des contradictions : notre \u00ab sexuel in-fantile \u00bb se nourrit d\u2019une foule d\u2019identifications qui alimentent une multiplicit\u00e9 d\u2019aptitudes sexuelles et d\u2019identit\u00e9s \u00e9rotiques. Telle est \u00ab la base qui constitue l\u2019identit\u00e9 psychique de chacun d\u2019entre nous : un inconscient \u00e0 la fois ordonn\u00e9 et totalement d\u00e9sordonn\u00e9, o\u00f9 raison et d\u00e9raison, masculin et f\u00e9minin, paternel et maternel, libert\u00e9 et contraintes s\u2019affrontent sans arr\u00eat. \u00bb. L\u2019ordre sexuel, que nous fa\u00e7onnons et qui nous fa\u00e7onne, est loin d\u2019\u00eatre fig\u00e9 ; c\u2019est bien ce qu\u2019observe le psychanalyste dans son cabinet, avec ses patients qui ont \u00e0 forger leur repr\u00e9sentation personnelle d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 \u00e0 la fois naturelle, sociologique et culturelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les ethnologues ont montr\u00e9 que dans les soci\u00e9t\u00e9s traditionnelles, \u00eatre un homme ou une femme et agir en homme ou en femme r\u00e9pondent \u00e0 des logiques diff\u00e9rentes et qu\u2019il existe sur la plan\u00e8te une infinie vari\u00e9t\u00e9 de r\u00e8gles prescrivant cette diff\u00e9rence des r\u00f4les. Margaret Mead, dans les ann\u00e9es 1930, avait fait scandale, par ses travaux en Oc\u00e9anie, en montrant que la grande variabilit\u00e9 des r\u00f4les d\u00e9volus \u00e0 chaque sexe permettait de douter s\u00e9rieusement qu\u2019ils d\u00e9coulent directement du sexe biologique. Hefez rappelle aussi la c\u00e9l\u00e8bre phrase de Simone de Beauvoir, \u00ab on ne na\u00eet pas femme, on le devient. \u00bb. Ce ne sont pas les diff\u00e9rences entre les hommes et les femmes qui produisent la soci\u00e9t\u00e9, mais la mani\u00e8re dont la soci\u00e9t\u00e9 les met en relation qui \u00e9taye leur construction d\u2019individus sexu\u00e9s, ajoute-t-il, et l\u2019\u00e9galit\u00e9 des r\u00f4les dans le couple, la coparentalit\u00e9, l\u2019homoparentalit\u00e9 font \u00e9voluer l\u2019ordre sexuel. Il \u00e9crit : \u00ab\u2026 Tout ce qui permettra de lutter contre l\u2019exclusion sociale et la clandesti- nit\u00e9 en int\u00e9grant l\u2019ensemble des citoyens dans les r\u00e8gles communes de nos soci\u00e9t\u00e9s ira dans le sens d\u2019une recon-naissance, d\u2019une pacification et d\u2019une fluidit\u00e9 des liens entre les hommes et les femmes. \u00bb. En psychanalyste, il rappelle que l\u2019identit\u00e9 sexuelle de chacun est un \u00ab chantier permanent \u00bb qui se construit et se complique pendant toute la vie, en grande partie sous l\u2019effet des d\u00e9terminants incons-cients, et que la position d\u2019homme, comme celle de femme, comporte une part de deuil de la position de l\u2019autre sexe.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans un article intitul\u00e9 \u00ab Homo-parentalit\u00e9 : psys, taisons-nous ! \u00bb (<em>Le Monde<\/em>, 25\/12\/2012), la psychanalyste Sylvie Faure-Pragier rejoint le propos d\u2019Hefez quand elle \u00e9crit : \u00ab Le psychanalyste n\u2019a pas \u00e0 imposer un point de vue devant le d\u00e9sir de la soci\u00e9t\u00e9 de s\u2019adapter \u00e0&nbsp; la situation existante. Il n\u2019a pas \u00e0 s\u2019opposer \u00e0 la volont\u00e9 de donner aux enfants des homosexuels la reconnaissance de leur filiation, m\u00eame si celle-ci est contradictoire avec la biologie. \u00bb. \u00c0 ce nouveau livre revient le m\u00e9rite d\u2019\u00e9toffer tranquillement le d\u00e9bat actuel, dans un langage vif, plaisant et particuli\u00e8rement clair.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12826?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1541],"mode":[61],"revue":[682],"auteur_livre":[2257],"class_list":["post-12826","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-jacques-angelergues","mode-gratuit","revue-682","auteur_livre-serge-hefez"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12826","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12826"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12826"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12826"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12826"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12826"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12826"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12826"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}