{"id":12813,"date":"2021-09-12T10:13:30","date_gmt":"2021-09-12T08:13:30","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/la-vie-apres-le-suicide\/"},"modified":"2021-09-21T18:22:10","modified_gmt":"2021-09-21T16:22:10","slug":"la-vie-apres-le-suicide","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/la-vie-apres-le-suicide\/","title":{"rendered":"La vie apr\u00e8s le suicide d&rsquo;un proche"},"content":{"rendered":"\n<p>A partir de son exp\u00e9rience de clinicienne aupr\u00e8s de sujets \u00ab suicidants \u00bb, Joanne Andr\u00e9 nous invite \u00e0 une r\u00e9flexion, tant clinique que m\u00e9tapsychologique, sur la dynamique de la vie psychique. En revisitant ce que l\u2019on appelle commun\u00e9ment le passage \u00e0 l\u2019acte suicidaire, elle r\u00e9interroge le statut du d\u00e9sir de mourir \u00e0 la lumi\u00e8re de la question de la vie et de la conflictualit\u00e9 psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Son ouvrage repose \u00e0 la fois sur une discussion des concepts classiques qui caract\u00e9risent l\u2019analyse th\u00e9orique et psychopathologique du suicide, mais ouvre \u00e9galement au fil des pages sur une discussion plus originale de cette clinique complexe. Elle invite ainsi le lecteur \u00e0 l\u2019accompagner dans sa propre r\u00e9flexion, en partageant ses analyses, mais aussi ses doutes sur les dimensions \u00e9nigmatiques de ce qu\u2019elle d\u00e9signe comme le \u00ab geste \u00bb suicidaire, par distinction avec le terme plus commun d\u2019acte suicidaire.<\/p>\n\n\n\n<p>Joanne Andr\u00e9 insiste en effet sur la singularit\u00e9 de cette clinique qui pousse le clinicien chercheur \u00e0 probl\u00e9matiser les questions, plus qu\u2019\u00e0 proposer des r\u00e9ponses. Dans cette trajectoire, le recours \u00e0 la th\u00e9orie se pr\u00e9sente comme une aide \u00e0 la pens\u00e9e, au travail de \u00ab traduction \u00bb de la tentative de suicide, dont le sens \u00e9chappe. En interrogeant les conditions du passage de la mort \u00e0 la vie, elle soul\u00e8ve, nous semble-t-il, un probl\u00e8me clinique, mais aussi th\u00e9orique crucial.<\/p>\n\n\n\n<p>La discussion \u00e0 laquelle elle proc\u00e8de dans le chapitre 1 sur la \u00ab th\u00e9orie du suicide \u00bb r\u00e9v\u00e8le l\u2019absence d\u2019unit\u00e9 th\u00e9orique sur la question du suicide. Rel\u00e8ve-t-il de conduites psychologiques ? Peut-il \u00eatre caract\u00e9ris\u00e9 comme un fait social ? La discussion th\u00e9orique rev\u00eat ici une importance d\u00e9cisive dans la mesure o\u00f9 la conception th\u00e9orique adopt\u00e9e par le clinicien oriente ses d\u00e9cisions en mati\u00e8re d\u2019action, en particulier en ce qui concerne l\u2019\u00e9pineux probl\u00e8me de la pr\u00e9vention du suicide. Joanne Andr\u00e9 nous rappelle les difficult\u00e9s, voire les apories des th\u00e9ories \u00e9tiologiques du suicide, pour nous proposer un d\u00e9placement du \u00ab pourquoi vers le comment \u00bb, de la causalit\u00e9 vers l\u2019analyse des processus psychiques mobilis\u00e9s dans le suicide. Elle rel\u00e8ve ainsi le paradoxe selon lequel l\u2019impensable du suicide, en r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la mort, peut aussi se comprendre comme tentative de sauvegarde de l\u2019unit\u00e9 psychique, v\u00e9ritable \u00ab solution psychique \u00bb dont les processus sont cependant \u00e0 pr\u00e9ciser.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 2 va se concentrer sur l\u2019analyse entrem\u00eal\u00e9e de situations cliniques et de r\u00e9flexions th\u00e9ori-ques &#8211; pr\u00e9sentation dynamique qui caract\u00e9rise d\u2019ailleurs l\u2019ensemble de l\u2019ouvrage &#8211; sur le paradoxe du suicide, en le posant comme possible mode de traitement du paradoxe. A partir de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019opposition classique entre acte et pens\u00e9e, comment comprendre que le suicide puisse aussi se pr\u00e9senter comme tentative de mise en sens et de symbolisation de ce qui n\u2019a pu \u00eatre m\u00e9tabolis\u00e9 psychi-quement ?<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 3 nous invite d\u00e8s lors \u00e0 entrer plus pr\u00e9cis\u00e9ment dans les questions m\u00e9tapsychologiques au regard de la complexit\u00e9 des d\u00e9clinaisons psychopathologiques. Joanne Andr\u00e9 nous propose ici de th\u00e9oriser le geste suicidaire \u00e0 l\u2019appui de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 l\u2019\u00e9tat de d\u00e9tresse, en vue notamment de penser l\u2019exp\u00e9rience traumatique en amont du geste suicidaire. Ce dernier peut alors se comprendre comme une issue d\u00e9fensive, un \u00ab retrait de l\u2019exp\u00e9rience \u00bb visant \u00e0 ne plus (se) sentir, (s\u2019)\u00e9prouver et soul\u00e8ve la question du destin des affects narcissiques au sein de la topique psychique. Comment, du point de vue de l\u2019exp\u00e9rience subjective, parvenir \u00e0 s\u2019absenter, \u00e0 s\u2019amputer psychiquement ? Joanne Andr\u00e9, toujours en appui sur son exp\u00e9rience clinique, met en \u00e9vidence les difficult\u00e9s \u00e0 penser et th\u00e9oriser le vide, ce que serait une exp\u00e9rience non \u00e9prouv\u00e9e subjectivement, en convoquant le caract\u00e8re insai-sissable des effets de la pulsion de mort. Mais on retrouve ici une question singuli\u00e8re qui caract\u00e9rise les \u00ab cliniques du vide \u00bb, ou de la \u00ab d\u00e9saffectation \u00bb, pour reprendre un terme de J. Mc Dougall : le silence ne viendrait-il pas occulter, emp\u00eacher le risque de d\u00e9cha\u00eenement de la violence ?<br>Le silence a-t-il \u00e0 voir avec l\u2019action de la pulsion de mort ou est-il \u00e0 situer du c\u00f4t\u00e9 de la mort de la pulsion ? En indiquant que le geste suicidaire puisse se pr\u00e9senter comme une voie courte vers la recherche de l\u2019absence d\u2019excitation, se d\u00e9ploie une r\u00e9flexion sur le r\u00f4le de l\u2019objet au sein de la psych\u00e9, objet \u00e9tranger en soi, impossible \u00e0 m\u00e9taboliser psychiquement, dans ses rapports avec la crise psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le chapitre 4 qui porte sur la sc\u00e8ne suicidaire ouvre ainsi une discussion sur les al\u00e9as du travail de liaison d\u2019exp\u00e9riences de d\u00e9tresse, de sc\u00e8nes au sein desquelles le sujet se serait \u00e9prouv\u00e9 comme mort, comme inexistant. Ce point conduit Joanne Andr\u00e9 \u00e0 r\u00e9interroger la valeur paradigmatique de la m\u00e9lancolie \u00e0 partir de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 Freud pour lequel \u00ab l\u2019acc\u00e8s au complexe du suicide \u00e0 partir d\u2019une \u00e9tude des maladies r\u00e9side dans la m\u00e9lancolie \u00bb. C\u2019est donc l\u2019ensemble de la probl\u00e9matique du \u00ab traitement psychique \u00bb de la perte qui est convoqu\u00e9 dans la clinique du geste suicidaire. Ce qui conduit l\u2019auteure \u00e0 s\u2019interroger sur les conditions de possibilit\u00e9 d\u2019une nouvelle \u00e9laboration psychique cons\u00e9cutive au mouvement de d\u00e9structuration du moi qui caract\u00e9rise le suicide.<\/p>\n\n\n\n<p>S\u2019ouvre ensuite le chapitre 5 et la probl\u00e9matique du traumatisme qui vise \u00e0 questionner l\u2019inertie psychique dans ses rapports avec le geste suicidaire. Sur quels processus repose l\u2019inscription psychique du geste suicidaire ouvrant la voie sur une historicisation possible de ce m\u00eame geste ? Encore une fois, en convoquant la diversit\u00e9 des situations cliniques, Joanne Andr\u00e9 nous indique des pistes de r\u00e9flexion concernant la vari\u00e9t\u00e9 des processus psychiques mobilis\u00e9s : de l\u2019hyst\u00e9risation d\u2019un trauma trait\u00e9 par les proc\u00e9d\u00e9s auto-calmants, au travail de figuration dans l\u2019apr\u00e8s-coup d\u2019une sc\u00e8ne rest\u00e9e \u00e9nigmatique et non symbolis\u00e9e, toute l\u2019\u00e9paisseur du travail psychique, de ses al\u00e9as, mais aussi de ses mises en impasse, se d\u00e9ploie dans le cadre des pr\u00e9sentations de cas cliniques. Alors que l\u2019acte suicidaire ne dit rien de la souffrance psychique, qu\u2019il en tente au contraire une \u00e9vacuation, l\u2019\u00e9coute du clinicien, telle que nous la rend accessible l\u2019auteure, contribue \u00e0 r\u00e9v\u00e9ler un au-del\u00e0 de l\u2019acte. Pour le clinicien il s\u2019agit en effet d\u2019\u00eatre en position \u00ab d\u2019attente p\u00e9rilleuse \u00bb, au sens d\u2019attente de l\u2019av\u00e8nement d\u2019un \u00e9prouv\u00e9 vital chez le patient et des risques subjectifs cons\u00e9cutifs qu\u2019il suppose pour le patient, mais aussi pour le th\u00e9rapeute. Cette posture clinique, qui repose sur l\u2019exp\u00e9rience d\u2019une \u00ab passivit\u00e9 oblig\u00e9e \u00bb, s\u2019accompagne d\u2019une impossibilit\u00e9 \u00e0 penser et serait en rapport, avec le sentiment pour le clinicien, de torturer, maltraiter le patient. Joanne Andr\u00e9 cherche en particulier \u00e0 \u00e9clairer ces aspects sp\u00e9cifiques de la relation transf\u00e9rentielle \u00e0 partir de la r\u00e9f\u00e9rence \u00e0 la passivit\u00e9 et \u00e0 la place du masochisme dans la vie psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Le 6<sup>e&nbsp;<\/sup>et dernier chapitre propose des perspectives relatives aux rapports entre tentative de suicide et \u00e9chec du travail du masochisme primaire aboutissant \u00e0 l\u2019impossibilit\u00e9, pour le sujet, de subjectiver les exp\u00e9riences auxquelles il a \u00e9t\u00e9 confront\u00e9. Au contraire, une position passive soutenue &#8211; et vis\u00e9e en particulier par le travail psychoth\u00e9rapique &#8211; serait une des conditions majeures du mouvement de fantasmatisation dans l\u2019apr\u00e8s-coup de la tentative de suicide.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019ouvrage de Joanne Andr\u00e9 tient donc ses promesses, on en sort avec un ensemble de questions et l\u2019envie de revenir sur l\u2019abondante litt\u00e9rature qu\u2019elle convoque habilement, pour remettre sur le m\u00e9tier encore et encore l\u2019analyse compr\u00e9hensive des aspects \u00e9nigmatiques de la vie d\u2019\u00e2me (<em>SeelenLeben<\/em>). &nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12813?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1457],"mode":[60],"revue":[709],"auteur_livre":[2243],"class_list":["post-12813","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-isabelle-gernet","mode-payant","revue-709","auteur_livre-katia-chapoutier"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12813","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12813"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12813"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12813"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12813"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12813"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12813"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12813"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}