{"id":12796,"date":"2021-09-12T10:13:28","date_gmt":"2021-09-12T08:13:28","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/les-mysteres-de-lart\/"},"modified":"2021-09-27T17:37:41","modified_gmt":"2021-09-27T15:37:41","slug":"les-mysteres-de-lart","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/les-mysteres-de-lart\/","title":{"rendered":"Les myst\u00e8res de l&rsquo;art"},"content":{"rendered":"\n<p>A l\u2019instar du \u00ab mus\u00e9e imaginaire \u00bb de Malraux, Christophe Paradas nous livre cette g\u00e9n\u00e9reuse ver- sion priv\u00e9e de sa cosmovision. Collection priv\u00e9e, certes, rendue rapidement publique par l\u2019im-mersion sensorielle et r\u00e9flexive dans laquelle le lecteur est, d\u00e8s les premi\u00e8res lignes, sollicit\u00e9 d\u2019entrer. L\u2019auteur et le lecteur sont ainsi engag\u00e9s dans une m\u00eame qu\u00eate, autant que les cr\u00e9ateurs que Christophe Paradas a choisi comme compagnons de route : Hemingway, Beethoven, Freud, Proust, Rembrandt, Malraux, Camus, Bizet. Et, avec leur appui, notre auteur tente de rendre visibles, \u00e0 ses yeux, aux n\u00f4tres, leurs objets de cr\u00e9ation, de faire appara\u00eetre l\u2019objet esth\u00e9tique, pour jeter sur lui un regard critique, moins m\u00e9fiant que d\u00e9j\u00e0 trans-formateur, moins ennuy\u00e9 (de l\u2019objet ainsi trouv\u00e9) que d\u00e9j\u00e0 craintif de le faire dispara\u00eetre par sa pr\u00e9tendue possession. Cette mixion subjectivante et objec-tivante \u00e0 la fois, ce \u00ab jeu \u00bb de miroirs transcend\u00e9, c\u2019est le plaisir du cr\u00e9ateur, l\u2019engagement du chercheur, le drame de l\u2019\u00e9crivain, et l\u2019\u00e9thique de l\u2019analyste.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De la premi\u00e8re jusqu\u2019\u00e0 la derni\u00e8re page, il y a ici la recherche permanente de la vision esth\u00e9-tique des choses, des gens, des corps et des \u00e2mes. Avec les mots pour le dire. Jusqu\u2019\u00e0 la g\u00eane, le malaise. Car une fid\u00e9lit\u00e9 in\u00e9bran-lable \u00e0 l\u2019esth\u00e9tique du monde fatigue, fait mal, nous perturbe autant qu\u2019elle nous fascine. L\u2019attraction du beau est dou-loureuse. Elle est seulement supportable par le destin d\u2019homme d\u2019art que l\u2019oubli de la m\u00eame douleur forgea en nous. Pour Paradas, ce n\u2019est donc plus une question de choix. Dans ce livre,&nbsp; il assume sans rel\u00e2che cette option et en fait son style, c\u2019est-\u00e0-dire, son obligation d\u2019\u00eatre. Son \u00e9thique.<\/p>\n\n\n\n<p>Mais ce n\u2019est pas parce que l\u2019\u00e2me de l\u2019auteur est dans ce livre, et qu\u2019elle s\u2019\u00e9panche en figures d\u2019encre et de papier, en huile et canevas, en notes et port\u00e9es, ce n\u2019est pas parce que cet engagement subjectif de signa-taire l\u2019y autorise, non plus parce que son intention d\u2019affranchir la dette avec le monde lui transf\u00e8re l\u2019enthousiasme productif, qu\u2019on assiste pour autant \u00e0 un geste cr\u00e9ateur lib\u00e9r\u00e9, inspir\u00e9, lequel suivrait le rythme capricieux des go\u00fbts pr\u00e9f\u00e9rentiels de l\u2019auteur.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On s\u2019en aper\u00e7oit tout de suite, d\u00e8s les premi\u00e8res pages, que l\u2019\u00e9criture de Christophe Paradas est issue d\u2019un travail de recherche pris \u00e0 parts \u00e9gales dans les mailles du plaisir et de la contrainte. Dans son exploration empathique de l\u2019autre- cr\u00e9ateur, il assume \u00ab d\u2019\u00eatre analys\u00e9 par ce que nous pensions contempler \u00bb, \u00ab fouill\u00e9 en notre for int\u00e9rieur par les sentiments artistiques et l\u2019arch\u00e9ologie de leurs m\u00e9moires \u00bb. Ce monde des cultures que Christophe Paradas manipule, de long en large, supporte mieux la m\u00e9taphore&nbsp; du laboureur que celle du biologiste avec ses bouillons.&nbsp; Du laboureur\u2026 moins sa r\u00e9p\u00e9-tition obstin\u00e9e, l\u2019ent\u00eatement pour la t\u00e2che, la droiture \u00e0 perte de vue du sillon, que son amour rituel autant pour l\u2019outil que pour la terre qu\u2019avec cet outil il manie.&nbsp;&nbsp;&nbsp; Du laboureur\u2026 le respect du silence qui rendra possible le bruit de l\u2019animal cach\u00e9 ; le respect du statisme fr\u00e9missant de la nature qui contient, il le sait, les pr\u00e9misses latentes des saisons \u00e0 venir. Tous ces enjeux, mobilis\u00e9s par son \u00e9criture, font que dans chaque mot, chaque phrase, chaque citation, ainsi pos\u00e9s, il y a cette profondeur verticale qui ralentit, freine, d\u00e9cante, la lin\u00e9arit\u00e9 de gauche \u00e0 droite de la syntaxe.<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le monde des cultures, Christophe Paradas ne se heurte pas, innocent, \u00e0 l\u2019Autre. Un Autre \u00e9nigmatique parce qu\u2019abstrait. Il r\u00e9ussit \u00e0 transmettre le fait qu\u2019il&nbsp; \u00ab se coltine \u00bb plut\u00f4t le monde en foules ! L\u2019\u00e9nigme est dans ce collectif culturel, imaginaire autant que symbolique. Son Moi se retrouve et se dilue dans ce collectif-l\u00e0. Dans ce carrefour \u00e9trange de l\u2019unique et de l\u2019impersonnel. Dans cette \u0153uvre commune-individuelle qu\u2019est l\u2019art. En cela, son livre, qui illustre la pertinence psychique du travail de culture, est tout \u00e0 fait Freudien. Et il a la force et l\u2019exigence presque naturaliste de ce maniement du collectif en soi et dans le monde. L\u2019Autre n\u2019acquiert pas le statut synth\u00e9tique, structural, qu\u2019il pos-s\u00e8de en philosophie. L\u2019autre est un autre esth\u00e9tique. Esth\u00e9tique ?<\/p>\n\n\n\n<p>Si les liens entre la psychanalyse et l\u2019art ressemblent aujourd\u2019hui \u00e0 un vieux couple ent\u00eat\u00e9 qui n\u2019arrive pas \u00e0 sublimer la passion, c\u2019est parce ils furent un jour jeunes et beaux. En brillant tous les deux dans leurs apparentes correspondances et ad\u00e9quations, l\u2019un disait savoir avec qui il \u00e9tait, tandis que l\u2019autre, s\u2019offrait \u00e0 cette connivence jouissive. C\u2019\u00e9tait l\u2019\u00e9poque de la \u00ab psychanalyse appliqu\u00e9e \u00bb et de \u00ab l\u2019art du subjectif \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Qu\u2019il n\u2019y ait pas de malentendu.&nbsp; Le livre de notre auteur n\u2019a rien de tout cela. Il est d\u2019une immense actualit\u00e9 dans nos questionne-ments actuels, post-modernes. Du lien entre les arts et la psychanalyse, il rappellera leurs dettes r\u00e9ciproques et respec-tueuses dans son chapitre sur Freud. Quant au reste\u2026 il est question d\u2019autre chose. C\u2019est pourquoi le sous-titre de cet ouvrage dit bien \u00ab esth\u00e9tique \u00bb et \u00ab psychanalyse \u00bb. Son objet est l\u2019esth\u00e9tique plut\u00f4t que l\u2019art. Un archer japonais \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019une toile de Rembrandt, d\u2019un silence th\u00e9\u00e2tral, d\u2019une pi\u00e8ce de l\u2019art premier. D\u2019un film\u2026 Un bric-\u00e0-brac qui n\u2019est pas celui du collectionneur lunaire -on l\u2019a compris- ni celui du fier antiquaire. Encore moins celui du commissaire priseur qui exposerait la valeur des \u0153uvres. Sa&nbsp; \u00ab collection imaginaire \u00bb, ce sont, juste, des fragments choisis d\u2019un regard fl\u00e2neur. Curieux. Songeur. Vivant. Craintif et t\u00e9m\u00e9raire. Plein de l\u2019irrepr\u00e9sentable des \u00e9nigmes du monde ; du monde interne et externe. Un regard traducteur -comme on peut- et de ce regard qui montre on retient, il l\u2019a voulu ainsi, plus la m\u00e9thode que le r\u00e9sultat. Son regard apprend \u00e0 regarder.<\/p>\n\n\n\n<p>Regard de l\u2019enfant ? \u2026 l\u2019enfant, \u00ab soulevant des questions per-tinentes, impitoyables, parfois inconvenantes, d\u2019une redoutable spontan\u00e9it\u00e9 \u00bb. Mais surtout, l\u2019enfant de l\u2019infantile, celui qu\u2019il faudrait \u00ab sauver \u00bb et \u00ab dont il faudrait se gu\u00e9rir \u00bb, et qui permettra d\u2019acc\u00e9der \u00e0 \u00ab l\u2019enfance de l\u2019art vers laquelle on ne r\u00e9gresserait pas mais en direction de laquelle on ne cesse de progresser au fil de telle ou telle exp\u00e9rience esth\u00e9tique. \u00bb. Cet enfant est \u00ab au creux \u00bb du travail esth\u00e9tique, et de la psychanalyse.<\/p>\n\n\n\n<p>Et ce livre, nous le disions, est d\u2019une immense actualit\u00e9 ; parce que l\u2019objet esth\u00e9tique est \u00ab au c\u0153ur \u00bb d\u2019un courant actuel de la psychanalyse, celui qui privil\u00e9gie, du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019objet, le choc \u00e9motionnel archa\u00efque, son empathie ; du c\u00f4t\u00e9 de la topique, le pr\u00e9-conscient et la conscience. La conscience psychanalytique, celle de l\u2019<em>insight<\/em>&nbsp;plut\u00f4t que de la v\u00e9rit\u00e9 ; celle du d\u00e9tail&nbsp;<em>(La temp\u00eate<\/em>&nbsp;de Giorgione vue par Paradas) et de son efficace. Une conscience d\u00e9sali\u00e9n\u00e9e de la fascination du Moi (Lagache) qui ose observer, modestement et avec admiration, la \u00ab cosa mentale \u00bb.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12796?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2067],"mode":[61],"revue":[682],"auteur_livre":[2229],"class_list":["post-12796","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-martin-reca","mode-gratuit","revue-682","auteur_livre-chritstophe-paradas"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12796","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12796"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12796"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12796"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12796"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12796"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12796"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12796"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}