{"id":12792,"date":"2021-09-12T10:13:28","date_gmt":"2021-09-12T08:13:28","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/les-antipsychiatries-une-histoire\/"},"modified":"2021-09-22T18:10:02","modified_gmt":"2021-09-22T16:10:02","slug":"les-antipsychiatries-une-histoire","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/les-antipsychiatries-une-histoire\/","title":{"rendered":"Les antipsychiatries. Une histoire"},"content":{"rendered":"\n<p>Jacques Hochmann nous a d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 de nombreux ouvrages de r\u00e9f\u00e9rence, aussi bien en ce qui concerne les enfants autistes que dans le domaine de l\u2019histoire de la psychiatrie. C\u2019est \u00e0 ce deuxi\u00e8me continent qu\u2019il s\u2019int\u00e9resse une fois encore en nous proposant un remarquable ouvrage destin\u00e9 \u00e0 l\u2019histoire des antipsychiatries. Son id\u00e9e est de resituer ces mouvements antipsychiatriques dans une perspective longitu-dinale afin d\u2019y retrouver un sens que les \u00e9tudes partielles ne peuvent donner. D\u2019o\u00f9 la tr\u00e8s judicieuse id\u00e9e de proposer un titre au pluriel pour \u00e9voquer un mouvement historique anti-psychiatrique constant apparu d\u00e8s l\u2019invention de la psychiatrie. Les antipsychiatries deviennent alors une suite de ph\u00e9nom\u00e8nes dat\u00e9s, ce qui d\u00e9centre quelque peu l\u2019antipsychiatrie anglo-italienne de sa position dominante, contri-buant ainsi \u00e0 redonner leur place \u00e0 chacun des autres \u00e9pisodes antipsychiatriques. Son pari est tr\u00e8s r\u00e9ussi, car il met en \u00e9vidence un certain nombre d\u2019invariants qui surgissent dans tous les courants antipsychiatriques, m\u00eame quand les contextes sont diff\u00e9rents. Mais ce qui est d\u2019un grand int\u00e9r\u00eat dans les d\u00e9bats d\u2019aujourd\u2019hui est le fait marquant que toute anti-psychiatrie ne peut s\u2019originer que dans une psychiatrie criticable. Remontant aux sources de la psychiatrie, Jacques Hochmann&nbsp; tente de d\u00e9gager la notion de sujet dans la folie, entre m\u00e9decine organique et m\u00e9decine de l\u2019\u00e2me, entre l\u00e9sion et absence de l\u00e9sion, entre interventions \u00ab morales \u00bb et \u00e9ducatives. Il met en \u00e9vidence les contradictions dans lesquelles se d\u00e9battent les ali\u00e9nistes puis les psychiatres, \u00e0 la fois charg\u00e9s d\u2019accueillir des patients souffrant psychiquement et de \u00ab garder \u00bb des personnes bizarres et\/ou violentes en prot\u00e9geant l\u2019ordre social. Il va de soi qu\u2019\u00e0 chaque fois, la question de la libert\u00e9 est pos\u00e9e, et souvent en termes politiques, entre royaut\u00e9s et r\u00e9publiques. Pour illustrer son propos, il fait \u00e9tat des premi\u00e8res escarmouches entre Maine de Biran et Royer Collard au sujet de la responsabilit\u00e9 du sujet ali\u00e9n\u00e9. Le XIX<sup>e&nbsp;<\/sup>si\u00e8cle sera ensuite rempli de ces d\u00e9bats passionnants et passionn\u00e9s entre les partisans d\u2019une psychiatrie\u00ab m\u00e9dico-philosophique \u00bb qui tentent d\u2019instaurer les premi\u00e8res psychoth\u00e9rapies, quitte \u00e0 inventer un espace, l\u2019asile qui se r\u00e9v\u00e9lera tr\u00e8s vite inhospitalier, et ceux d\u2019une \u00e9tiologie organique sur le mod\u00e8le de Bayle, transformant peu ou prou les ali\u00e9nistes de ce si\u00e8cle en m\u00e9decins l\u00e9gistes et anatomo-pathologistes de fait. Pour imager les contestations antipsychiatriques de l\u2019int\u00e9rieur, Jacques Hochmann nous fait rencontrer quelques personnages hauts en couleur, L\u00e9on Sandon, Eug\u00e8ne Garsonnet et Hersilie Rouy. Les histoires v\u00e9cues et racont\u00e9es par ces h\u00e9ros de l\u2019asile sont int\u00e9ressantes car elles fondent leurs critiques de la psychiatrie non sur des id\u00e9es et des th\u00e9ories, mais sur leurs exp\u00e9riences propres de la folie. Des romanciers, dont le plus connu reste Hector Malot, prendront \u00e9galement pour sujets de leurs \u00e9crits de telles histoires. Toute cette inflation d\u2019informations, de rumeurs et de calomnies fera prendre conscience \u00e0 la soci\u00e9t\u00e9 que l\u2019asile, d\u2019abord pr\u00e9sent\u00e9 comme un progr\u00e8s au d\u00e9cours de la r\u00e9volution, est devenu un v\u00e9ritable enfer contre-productif et qu\u2019il convient d\u2019en d\u00e9noncer les travers et les vicissitudes. Le combat pour ou contre l\u2019asile fera fureur et mobilisera de nombreuses forces pour le faire \u00e9voluer vers une psychiatrie \u00e0 visage humain. Une anti-psychiatrie militante na\u00eetra de ces tristes constatations, et des pratiques innovantes verront le jour \u00e0 partir de quelques pr\u00e9curseurs tels que le baron Jaromir von Mundy et son point de vue sur le soin familial, Marandon de Montyel et l\u2019<em>open door<\/em>, la naissance de la psychanalyse \u00e0 Vienne et d\u2019autres encore. Au d\u00e9but du XX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, l\u2019anti-ali\u00e9nisme bat son plein et Albert Londres, le fameux journaliste qui laisserait son nom \u00e0 un prix c\u00e9l\u00e8bre, allait engager un repor-tage sur l\u2019\u00e9tat d\u2019\u00e9pouvante des asiles fran\u00e7ais. Quelques psychia-tres se distinguent cependant dans cette d\u00e9solation, Maurice Dide et Edouard Toulouse, en ouvrant de nouvelles perspectives, notam-ment extra-hospitali\u00e8res. Suivra l\u2019\u00e9pisode c\u00e9l\u00e8bre de la publication par le mouvement surr\u00e9aliste de la lettre aux m\u00e9decins d\u2019asiles r\u00e9dig\u00e9e par Arthaud, Desnos et Fraenkel, imm\u00e9diatement apr\u00e8s le manifeste du surr\u00e9alisme d\u2019Andr\u00e9 Breton de 1924.<\/p>\n\n\n\n<p>Toutes ces contestations devaient se conjuguer avec les ravages survenus pendant la deuxi\u00e8me guerre mondiale aboutissant \u00e0 la mort de faim de quarante cinq mille malades mentaux hospitalis\u00e9s dans les h\u00f4pitaux psychiatriques fran\u00e7ais. Les psychiatres se mobilisent alors pour inventer une autre r\u00e9ponse \u00e0 la folie que la seule solution asilaire. Les acteurs de la psychoth\u00e9rapie institutionnelle (Balvet, Tosquelles), du d\u00e9sali\u00e9-nisme (Bonnaf\u00e9 tr\u00e8s influenc\u00e9 par le surr\u00e9alisme), de la psychiatrie communautaire (Paumelle, puis plus tard Hochmann), de l\u2019organo-dynamisme (Ey) allaient provoquer une r\u00e9volution th\u00e9orique et pratique en imaginant la psychiatrie de secteur comme nouveau mode de soin psychia-trique. Cette psychiatrie qui devait attendre les ann\u00e9es 1970 pour se mettre en place en France, allait susciter un engouement de quelques \u00e9quipes militantes comptant sur ce nouveau mod\u00e8le pour transformer les pratiques psychiatriques en les humanisant, tandis qu\u2019un certain nombre de craintes sur le quadrillage des citoyens par un contr\u00f4le \u00ab flichiatrique \u00bb allait se d\u00e9velopper en parall\u00e8le. Jacques Hochmann rep\u00e8re quatre artisans de l\u2019antipsychiatrie de cette derni\u00e8re partie du XXe si\u00e8cle : Michel Foucault et son histoire de la folie \u00e0 l\u2019\u00e2ge classique, Erving Goffman avec&nbsp;<em>Asylum<\/em>, Thomas Szasz avec<em>&nbsp;Le mythe de la maladie mentale<\/em>&nbsp;et enfin Jean-Paul Sartre avec sa&nbsp;<em>Critique de la raison dialectique<\/em>. Il d\u00e9crit leur influence sur l\u2019apparition des anti-psychiatries anglaises, am\u00e9ricaines et italiennes, ainsi que les effets de ces grands courants sur la psychiatrie fran\u00e7aise, notamment par l\u2019interm\u00e9diaire de Maud Mannoni. Jacques Hochmann propose une notion int\u00e9ressante d\u2019anti-antipsychiatrie, repr\u00e9sent\u00e9e principalement par Henri Ey et son organo-dynamisme, luttant contre le d\u00e9mant\u00e8lement de la psychiatrie par l\u2019antipsychiatrie. Mais la qu\u00eate d\u2019une psychiatrie scientifique contre laquelle les antipsychiatres ont tant lutt\u00e9 continue d\u2019alimenter un courant puissant aux Etats-Unis et dans le monde entier qui trouve son acm\u00e9 dans le projet des DSM successifs, de plus en plus \u00e9loign\u00e9s d\u2019une pens\u00e9e psychopathologique pour aborder une position ath\u00e9orique qui ne trompe plus personne puisqu\u2019elle se place d\u00e9sormais au service des industries pharma-ceutiques et d\u2019une vis\u00e9e r\u00e9ductrice de la psychiatrie. Pour terminer son ouvrage, Jacques Hochmann, auteur de la plus rigoureuse \u00e9tude sur l\u2019histoire de l\u2019autisme, nous invite \u00e0 penser les organisations r\u00e9centes d\u2019associations de familles sur le mode d\u2019une nouvelle antipsychiatrie, ce qui ouvre quelques perspectives f\u00e9condes pour penser ces mouvements trop haineux \u00e0 l\u2019image des combats entrepris par les quelques h\u00e9ros antipsychiatriques du XIX<sup>e<\/sup>&nbsp;si\u00e8cle, mais aussi doit nous inviter \u00e0 ne pas rester dans une position d\u00e9fensive, et \u00e0 entreprendre les avanc\u00e9es n\u00e9cessaires \u00e0 une \u00e9volution humanisante de la psychiatrie, f\u00fbt-elle pour les enfants autistes ! Avec sa sagesse habituelle, Jacques Hochmann conclut son livre par un appel \u00e0 rassembler les diff\u00e9rentes options de recherches fondamentales, hypoth\u00e8ses de travail psychopa-thologiques, et r\u00e9flexions th\u00e9oriques et institutionnelles dans une praxis int\u00e9grant les comp\u00e9tences des uns et des autres, sans exclusive, autour des malades mentaux, et avec eux et leurs familles : \u00ab comme le dit de son c\u00f4t\u00e9 Eric Kandel, le cerveau n\u2019est pas une cam\u00e9ra, mais un conteur d\u2019histoires vraies ou folles, ces histoires ont encore leur place dans une r\u00e9alit\u00e9 psychique, la r\u00e9alit\u00e9 du r\u00eave, du fantasme ou de l\u2019imagination cr\u00e9atrice dont, face aux antipsychiatries toujours renaissantes, la psychiatrie a aussi pour mission de contribuer \u00e0 d\u00e9fendre la sp\u00e9cificit\u00e9 paradoxale, quand leur narration est source de difficult\u00e9s et de souffrance. \u00bb<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12792?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1412],"mode":[61],"revue":[538],"auteur_livre":[2227],"class_list":["post-12792","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-pierre-delion","mode-gratuit","revue-538","auteur_livre-jacques-hochmann"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12792","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12792"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12792"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12792"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12792"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12792"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12792"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12792"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}