{"id":12768,"date":"2021-09-12T10:13:25","date_gmt":"2021-09-12T08:13:25","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/maternites-traumatiques\/"},"modified":"2021-09-30T02:03:53","modified_gmt":"2021-09-30T00:03:53","slug":"maternites-traumatiques","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/maternites-traumatiques\/","title":{"rendered":"Maternit\u00e9s traumatiques"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Maternit\u00e9s traumatiques,<\/em>&nbsp;choc de ce titre associant le long processus de maternit\u00e9 \u00e0 la brutalit\u00e9 du trauma. En r\u00e9digeant cette note, j\u2019ai longtemps retenu comme titre de l\u2019ouvrage &#8211; v\u00e9ritable&nbsp;<em>lapsus calami &#8211;<\/em>&nbsp;\u00ab maternit\u00e9s probl\u00e9matiques \u00bb. Comme s\u2019il fallait att\u00e9nuer la violence du trauma devenu \u00ab probl\u00e8me \u00bb pour \u00e9viter de l\u2019associer aux repr\u00e9sentations d\u2019une maternit\u00e9 tranquille pr\u00e9c\u00e9dant \u00ab l\u2019heureux \u00e9v\u00e9nement \u00bb. Comme le rappelle Jacques Andr\u00e9, on connaissait depuis Freud et Rank le trauma angoissant de l\u2019exp\u00e9rience de la naissance, mais jusqu\u2019alors principalement explor\u00e9 du c\u00f4t\u00e9 de l\u2019enfant. Or, le titre de l\u2019ouvrage pr\u00e9sent ne trompe pas : il recueille et donne \u00e0 entendre des exp\u00e9riences traumatiques v\u00e9cues du c\u00f4t\u00e9 de la m\u00e8re lors de la grossesse, de la naissance ou de la p\u00e9riode postnatale. La formation d\u2019un \u00eatre au c\u0153ur des entrailles de celle qui le porte \u2013 n\u2019en d\u00e9plaise aux garants d\u2019une morale reproductrice pr\u00e9sentant la maternit\u00e9 comme un bonheur syst\u00e9matique du destin f\u00e9minin \u2013 ne va pas toujours de soi ; et surtout lorsque des accidents se font jour depuis la grossesse jusqu\u2019\u00e0 l\u2019accouchement d\u2019un enfant, vivant, pr\u00e9matur\u00e9, malade ou mort.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le lecteur est amen\u00e9 \u00e0 d\u00e9couvrir au travers de la pr\u00e9sentation de multiples cas de m\u00e8res fragilis\u00e9es une clinique particuli\u00e8re caract\u00e9ris\u00e9e par des moments de d\u00e9tresse, de sid\u00e9ration, d\u2019effroi, de stupeur, de vide, de blanc, de rien\u2026 lorsque tout va trop vite (naissance pr\u00e9matur\u00e9e) ou que ce qui n\u2019\u00e9tait pas attendu a lieu (risques p\u00e9rinataux, mort p\u00e9rinatale). \u00ab Peut-on \u00eatre mort avant d\u2019\u00eatre n\u00e9 ? \u00bb Cette question lanc\u00e9e par Fran\u00e7ois Ansermet \u00e0 propos des morts<em>&nbsp;in utero&nbsp;<\/em>ouvre \u00e0 une interrogation des limites entre la vie et la mort, l\u2019origine et la fin, difficilement pensables pour l\u2019humain. Parmi les diverses figures de ces \u00ab maternit\u00e9s probl\u00e9matiques \u00bb, un certain nombre d\u2019auteurs insistent sur celle de la naissance d\u2019un enfant pr\u00e9matur\u00e9. Celle-ci bouscule les rythmes propres \u00e0 l\u2019attente de la femme qui accouche brutalement, la rendant \u00ab pr\u00e9matur\u00e9ment m\u00e8re \u00bb (Catherine Vanier). Mettre au monde au bout de six mois de grossesse \u2013 sans y \u00eatre pr\u00e9par\u00e9e \u2013 un b\u00e9b\u00e9 dont le poids parfois n\u2019exc\u00e8de pas cinq ou six cent grammes est de l\u2019ordre du traumatisme. Impossible de savoir si l\u2019enfant va vivre ou mourir, impossible d\u2019accomplir ces gestes \u00e9l\u00e9mentaires qui bordent la naissance : toucher cet enfant, le prendre dans ses bras, lui parler, le caresser, ni m\u00eame lui donner le sein ! Ces m\u00e8res d\u00e9j\u00e0 fragilis\u00e9es par un accouchement risqu\u00e9 se retrouvent en observation dans un service hospitalier tandis que le b\u00e9b\u00e9 est plac\u00e9 en r\u00e9animation ou en couveuse dans un autre service.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces s\u00e9parations pr\u00e9coces impos\u00e9es par des prises en charge m\u00e9dicales sp\u00e9cifiques ne facilitent pas la constitution d\u2019une s\u00e9paration symbolique. Et puis, le milieu hospitalier r\u00e9form\u00e9, l\u2019imp\u00e9ratif d\u2019aller vite, le manque de temps pour \u00e9couter, des m\u00e9decins-soldats de la tyrannique \u00ab transparence \u00bb, \u00e9non\u00e7ant parfois, une par une, toutes les s\u00e9quelles possibles dont pourra souffrir le minuscule b\u00e9b\u00e9\u2026 Tout peut se bousculer dans le corps et dans la psych\u00e9 d\u2019une m\u00e8re : sid\u00e9ration, confusion, angoisse, solitude intense. Laurence Aupetit souligne \u00e0 travers certaines expressions de m\u00e8res, combien il est difficile pour certaines d\u2019entre-elles de reconna\u00eetre la nature humaine de cet enfant&nbsp;&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab crevette \u00bb, \u00ab animal frip\u00e9 \u00bb, \u00ab gigot \u00bb, \u00ab crapaud \u00bb. D\u2019autres se culpabilisent de n\u2019avoir m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 capable de \u00ab finir \u00bb ce b\u00e9b\u00e9 miniature\u2026 \u00ab Je ne suis pas bonne pour lui\u2026 je lui ai donn\u00e9 la mort ; ce sont les m\u00e9decins qui lui ont donn\u00e9 la vie. Moi, je n\u2019ai m\u00eame pas \u00e9t\u00e9 capable de le garder suffisamment longtemps dans mon ventre pour qu\u2019il soit hors de danger. \u00bb Et Catherine Vanier de noter combien cette exp\u00e9rience effroyable atteint profond\u00e9ment les assises narcissiques de ces m\u00e8res, elles aussi, \u00ab pr\u00e9matur\u00e9es \u00bb. Entre l\u2019enfant id\u00e9alis\u00e9 et l\u2019enfant r\u00e9el, l\u2019impact de la d\u00e9ception est lourd et d\u00e9vastant. Laurence Aupetit insiste sur la n\u00e9cessit\u00e9 de suivre ces m\u00e8res \u00e0 la suite de ces v\u00e9cus traumatiques n\u2019ayant g\u00e9n\u00e9ralement pas laiss\u00e9 aux repr\u00e9sentations et aux mots le temps d\u2019\u00eatre \u00e9labor\u00e9s, laissant place \u00e0 un sentiment massif de culpabilit\u00e9. Pouvoir dans l\u2019apr\u00e8s-coup identifier, qualifier, revisiter ces \u00e9motions, les resituer dans le temps, dans le lien, les partager avec une personne \u00e0 l\u2019\u00e9coute, s\u2019av\u00e8re tr\u00e8s important.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le cas o\u00f9 le b\u00e9b\u00e9 est rest\u00e9 en vie, un travail psychoth\u00e9rapique aidera la m\u00e8re \u00e0 faire face aux temp\u00eates affectives et aux exigences sans limites de son b\u00e9b\u00e9 la rendant passive et compl\u00e8tement absorb\u00e9e par lui. Drina Candilis, au travers d\u2019un exemple litt\u00e9raire (<em>Madame Bovary<\/em>&nbsp;de Flaubert) et de sa pratique clinique met en relief le travail de l\u2019ambivalence et des composantes haineuses dans le \u00ab travail ut\u00e9rin \u00bb et dans la maternit\u00e9. Car dans bien des cas, ces difficult\u00e9s p\u00e9rinatales entra\u00eenent des risques de perturbations dans l\u2019\u00e9tablissement du lien d\u2019attachement entre la m\u00e8re et son b\u00e9b\u00e9 (Blaise Pierrehumbert). La plupart des auteurs se rencontrent pour souligner l\u2019id\u00e9e selon laquelle la focalisation sur la survie physiologique du b\u00e9b\u00e9 (l\u2019accroissement de plus en plus pouss\u00e9 du seuil de sa survie physiologique) contourne la question des rythmes du b\u00e9b\u00e9, ceux de la m\u00e8re, et celle concernant les bienfaits de l\u2019attente.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Comme le note Jacques Andr\u00e9, \u00ab le Tech\u00adnique et le Psychique rel\u00e8vent de deux temporalit\u00e9s diff\u00e9rentes \u00bb. Ainsi, Alberto Konichekis ouvre une r\u00e9flexion sur la politique actuelle des soins : de plus en plus d\u00e9shumanis\u00e9e, soumise au r\u00e8gne des machines, \u00e0 la temporalit\u00e9 de l\u2019urgence, \u00e0 l\u2019imp\u00e9ratif des r\u00e9sultats visibles (les images du f\u0153tus montr\u00e9es de plus en plus t\u00f4t aux parents court-circuitant une part de la fantasmatisation de cet enfant)\u2026 Il importe pourtant que le processus de maternit\u00e9 puisse accueillir des \u00ab formes d\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9, d\u2019indicible, de secret \u00bb.&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12768?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1414],"mode":[61],"revue":[686],"auteur_livre":[2141],"class_list":["post-12768","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-vincent-estellon","mode-gratuit","revue-686","auteur_livre-jacques-andre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12768","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12768"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12768"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12768"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12768"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12768"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12768"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12768"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}