{"id":12759,"date":"2021-09-12T10:13:23","date_gmt":"2021-09-12T08:13:23","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/lecoute-de-lanalyste\/"},"modified":"2021-09-27T17:47:45","modified_gmt":"2021-09-27T15:47:45","slug":"lecoute-de-lanalyste","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/lecoute-de-lanalyste\/","title":{"rendered":"L&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;analyste"},"content":{"rendered":"\n<p>La forme n\u2019est pas un \u00e9tat mais un acte, et c\u2019est avec elle que travaille le psychanalyste : chemin, pulsa-tion suscit\u00e9e par la perte, tension de la qu\u00eate, formes verbales \u00e9tranges, formes symptomatiques dont la source se d\u00e9robe, formes visuelles o\u00f9 se voilent et se d\u00e9voilent le plaisir et l\u2019interdit, formes auditives o\u00f9 chaque modulation de la voix signifie l\u2019insistance ou la d\u00e9fense sont au centre de l\u2019exp\u00e9rience analytique. Ce n\u2019est qu\u2019en surface qu\u2019\u00e9mergent les formes ind\u00e9chif-frables qui s\u2019offrent \u00e0 la pens\u00e9e en qu\u00eate de l\u2019\u00e9lucidation des productions inconscientes. L\u2019exer-cice de l\u2019analyse est constamment pris dans une tension entre le plan des formes marqu\u00e9es par la d\u00e9formation impos\u00e9e par la censure, et celui de l\u2019action des formes expressives \u00e0 valeur performative, essentiel \u00e0 la saisie du transfert. La difficult\u00e9 tient \u00e0 l\u2019articulation de ces deux plans, le sous-sol th\u00e9orique en est la d\u00e9finition freudienne de la pulsion comme \u00ab morceau d\u2019activit\u00e9 \u00bb (Pulsions et destins de pulsions, 1915).&nbsp;&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Explorant la notion freudienne de \u00ab figurabilit\u00e9 \u00bb, ou mieux de \u00ab pr\u00e9-sentabilit\u00e9 \u00bb&nbsp;<em>(Darstellbarkeit<\/em>), Laurence Kahn, membre titulaire de l<em>\u2019Association Psychanalytique de France,<\/em>&nbsp;d\u00e9ploie sa r\u00e9flexion sur la production et le d\u00e9ploiement des formes, c\u2019est-\u00e0-dire de la<em>&nbsp;Darstellung,<\/em>&nbsp;ou \u00ab pr\u00e9sentation \u00bb qui soutient la figurabilit\u00e9 du r\u00eave, mais aussi un tr\u00e8s grand nombre d\u2019autres productions de l\u2019incons-cient et de l\u2019ensemble de la r\u00e9alit\u00e9 psychique.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le premier chapitre critique l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une profondeur qui serait distincte de la forme et sous-jacente \u00e0 celle-ci. Laurence Kahn y examine la mani\u00e8re dont se manifeste l&rsquo;attention \u00e0 l&rsquo;excitant d&rsquo;une conscience que Freud d\u00e9finit comme un organe sensoriel et s&rsquo;int\u00e9resse au traitement de la surface de la vie psychique. C&rsquo;est toujours \u00e0 partir du destin des formes que s&rsquo;invente la repr\u00e9-sentation des forces. Dans un r\u00eave, la force pr\u00e9sentante concourt avec la forme censurante \u00e0 la cr\u00e9ation de la forme d\u00e9form\u00e9e. Ces formes sont invent\u00e9es et deviennent des puissances \u00e0 partir des signes perceptifs qui affectent le sujet &#8211; signes visuels du r\u00eave rem\u00e9mor\u00e9, signes affectifs de son oubli ou de son souvenir, signes objectifs ou subjectifs de la r\u00e9sistance. C&rsquo;est toujours \u00e0 partir de la surface que se con\u00e7oivent ensemble les op\u00e9rations de la figuration et la constitution de l&rsquo;appareil \u00e0 figurer, les op\u00e9rations de l&rsquo;interpr\u00e9tation et la m\u00e9thode qui permet l&rsquo;interpr\u00e9-tation. L&rsquo;attention, flottante et mobile, dissout l&rsquo;illusion d&rsquo;une coh\u00e9sion ou d&rsquo;un sc\u00e9nario, conglo-m\u00e9rat suscit\u00e9 par l&rsquo;\u00e9laboration secondaire et les exigences elles-m\u00eames perceptives de la conscience : il n\u2019est pas de fond \u00e0 saisir derri\u00e8re la forme du r\u00eave, mais les repr\u00e9sentations refoul\u00e9es, soumises au travail du r\u00eave, ont \u00e9t\u00e9 fragment\u00e9es en morceaux tordus, compact\u00e9s et morcel\u00e9s, d\u00e9sarti-culant une surface pour la recomposer autrement. De sorte que la censure, en faisant obstacle \u00e0 l&rsquo;expression des repr\u00e9sentations refoul\u00e9es, est en m\u00eame temps ce qui permet la cr\u00e9ation des formes rendant possible le devenir conscient.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ce paradoxe manifeste clairement l&rsquo;\u00e9cart entre la repr\u00e9sentation (<em>Vorstellung,<\/em>&nbsp;traduit par idea dans l&rsquo;\u00e9dition anglaise de Strachey), qui d\u00e9signe un contenu id\u00e9ationnel et r\u00e9f\u00e9rentiel \u2013 donc la m\u00e9diation d&rsquo;une reproduction r\u00e9flexive \u2013, et la pr\u00e9sentation (<em>Darstellung<\/em>, traduit en anglais par<em>&nbsp;representation<\/em>) qui est imm\u00e9diatet\u00e9 perceptible. Le refoulement, qui fonctionne comme un d\u00e9tourne-ment par d\u00e9go\u00fbt de ce qui suscite du d\u00e9plaisir (l&rsquo;autre mod\u00e8le \u00e9tant celui de la fuite devant le d\u00e9plaisir), suscite la scission entre la pr\u00e9sentation et la repr\u00e9sentation et place ainsi au centre de son op\u00e9ration l&rsquo;action m\u00eame de la forme : elle fait \u00eatre en faisant m\u00e9conna\u00eetre. La notion de rejetons de l&rsquo;inconscient met un terme \u00e0 tout regret m\u00e9taphysique par rapport \u00e0 un au-del\u00e0 de l&rsquo;apparence. Ce qui se pr\u00e9sente n&rsquo;est pas un leurre, mais la chose m\u00eame qui entretient la m\u00e9prise en se tenant sous nos yeux. Telle est la le\u00e7on du traitement de l&rsquo;effroi, comme dans \u0152dipe-Roi : la condition de la vision, c&rsquo;est d&rsquo;avoir perdu la vue. Ce qui parvient \u00e0 se repr\u00e9senter avec les mots gr\u00e2ce \u00e0 la fragmentation en petites quantit\u00e9s d&rsquo;excitation permet de dire que la surface du langage d\u00e9sintensifie ce qui se pr\u00e9sente \u00e0 la surface de la perception. Le discours du patient qui effectue cette \u00e9laboration est avant tout un acte d&rsquo;\u00e9nonciation ; rythmes, timbre, prosodie y participent de la figuration et concourent aux intensit\u00e9s et flexions qu&rsquo;y per\u00e7oit l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;analyste, donc aux formes avec lesquelles il travaille.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Le second chapitre soutient avec fermet\u00e9 que la pr\u00e9sentation ne repr\u00e9sente pas. Dans le terme allemand&nbsp;<em>Darstellung&nbsp;<\/em>et ses compos\u00e9s, s&rsquo;il y a bien potentialit\u00e9 r\u00e9alisable, il n&rsquo;est nulle trace de la racine latine de figura ni de l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une figuration \u00e0 partir de l&rsquo;image (Bild ). La<em>&nbsp;Darstellebarkeit<\/em>&nbsp;renvoie aux conditions de possibilit\u00e9 d&rsquo;un acte, celui de pr\u00e9senter de mani\u00e8re sensible, par un moyen appropri\u00e9. Rien n&rsquo;y subsiste de l&rsquo;ambigu\u00eft\u00e9 de la figure qui, en th\u00e9ologie, manifeste l&rsquo;invisible dans le visible, ni de la force po\u00ef\u00e9tique roman-tique, comme magie de l&rsquo;\u00e2me universelle conduisant au mysticisme ou \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e d&rsquo;une transfiguration. L&rsquo;inspiration a c\u00e9d\u00e9 la place au processus, c&rsquo;est-\u00e0-dire au conflit.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Dans le travail psychique, pr\u00e9senter est un mouvement engendr\u00e9 par la pouss\u00e9e du refoul\u00e9 qui cherche \u00e0 trouver une expression. La pr\u00e9sentation n&rsquo;est nullement le propre du r\u00eave : l&rsquo;acte manqu\u00e9, le lapsus ou le sympt\u00f4me sont aussi des pr\u00e9sentations. S&rsquo;il y a des images dans le r\u00eave, elles ne sont pas signe d&rsquo;une chose repr\u00e9sent\u00e9e, mais le r\u00e9sultat du traitement d&rsquo;un mat\u00e9riau psychique qui n&rsquo;est pas une traduction. L&rsquo;original n&rsquo;existe pas, la r\u00e9f\u00e9rence est disloqu\u00e9e ; le processus primaire ne sait que d\u00e9sirer et pr\u00e9senter la satisfaction comme accomplie. La pr\u00e9sentation est imm\u00e9diate, d\u00e9li\u00e9e des contraintes du temps, de l&rsquo;espoir, de l&rsquo;attente ; elle fait \u00eatre en faisant percevoir. C&rsquo;est en termes d&rsquo;actualisation, donc d&rsquo;agir (y compris dans le sympt\u00f4me en agissant \u00e0 la fois deux volont\u00e9s contradictoires) et de reviviscence hallucinatoire qu&rsquo;il faut penser le pouvoir de la force pr\u00e9sentante. Les rapports de la forme et de la force se retrouvent donc au centre de la r\u00e9flexion (chapitre trois) ; tout est processus. En appui explicite sur la pens\u00e9e de Jean Paul et son cours d&rsquo;esth\u00e9tique, Freud retrouve dans son ouvrage sur le mot d&rsquo;esprit l&rsquo;entrecroisement entre le mot d&rsquo;esprit et le r\u00eave. L&rsquo;effort pour d\u00e9composer la pr\u00e9sentation met en \u00e9vidence la fonction hallucinatoire de la dramatisation. L&rsquo;examen des emb\u00fbches de l&rsquo;affect porte au premier plan la question des relations entre quantit\u00e9 et qualit\u00e9, ainsi que les discordances de l&rsquo;intensit\u00e9. Les variations sensorielles de l&rsquo;\u00e9coute et les conditions formelles de l&rsquo;\u00e9non-ciation am\u00e8nent \u00e0 penser une clinique du rythme et \u00e0 r\u00e9fl\u00e9chir sur la valeur. C&rsquo;est alors la relation entre l&rsquo;esth\u00e9tique et l&rsquo;\u00e9conomique dont il faut rendre compte, ce qui am\u00e8ne \u00e0 traiter de l&rsquo;expression et de l&rsquo;affect. Ce qui implique des pr\u00e9formes de la forme\u2026<\/p>\n\n\n\n<p>L&rsquo;incarnation transf\u00e9rentielle s&rsquo;effectue \u00e0 partir d&rsquo;une d\u00e9formation par transfert, et conduit \u00e0 penser les effets de la pr\u00e9sence mais aussi le n\u00e9cessaire fond hallucinatoire actif dans le langage. La r\u00e9incarnation n&rsquo;est ni image, ni figure, ni signe. Le traitement de l&rsquo;agir transf\u00e9rentiel conduit \u00e0 souligner le double r\u00e9glage de l&rsquo;attention. Le dialogue de Freud avec Lipps met en \u00e9vidence le facteur quantitatif de la repr\u00e9sentation et aide \u00e0 penser les voies motrices de la qualification du transfert et les conditions de la perlaboration.<\/p>\n\n\n\n<p>M\u00e9ditant sur les rapports entre l&rsquo;\u00e9chafaudage et le b\u00e2timent, la conclusion r\u00e9interroge la philo-sophie et la conception de la v\u00e9rit\u00e9 sous-jacentes aux \u00e9laborations freudiennes, ainsi que le d\u00e9tour-nement de Kant auquel Freud se livre par sa conception de la Darstellung. Le r\u00eave, le perceptif et l&rsquo;hallucinatoire nous conduisent \u00e0 l&rsquo;ultime lisi\u00e8re, celle qui distingue la pr\u00e9sentation de l&rsquo;hallucination. Dans ce livre tr\u00e8s dense, Laurence Kahn nous entra\u00eene dans sa lecture exigeante du texte freudien dont elle d\u00e9gage des enjeux essentiels tant pour la pratique de la psychanalyse,<em>&nbsp;l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;analyste<\/em>, que pour son \u00e9pist\u00e9mologie. Nous n&rsquo;avons pas fini d&rsquo;explorer et de dig\u00e9rer la r\u00e9volution freudienne ; c&rsquo;est dans le traitement de la surface que se manifeste le sens, et celui-ci est une force, donc une action.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>En \u00e9tudiant \u00ab l&rsquo;action de la forme \u00bb et son caract\u00e8re essentiel pour rendre compte de l&rsquo;\u00e9coute de l&rsquo;analyste, Laurence Kahn nous pr\u00e9sente la pens\u00e9e freudienne sous une forme qui exclut toute \u00e9dulcoration. N\u00e9anmoins, tout est ramen\u00e9 \u00e0 la forme, ses d\u00e9formations, ses transformations, \u00e9cartant l\u2019id\u00e9e d\u2019une r\u00e9alit\u00e9 psychique informe ou hors formes. On le voit, ce livre qui soutient une th\u00e8se anti-m\u00e9taphysique, aux antipodes de l\u2019ouverture \u00e0 l\u2019\u00catre,&nbsp;&nbsp;&nbsp; \u00ab antidote \u00e0 toute vell\u00e9it\u00e9 ontologique \u00bb (p. 234), m\u00e9rite une discussion serr\u00e9e, car il ouvre la question en elle-m\u00eame ontolo-gique de savoir si l\u2019\u00eatre -ou du moins la r\u00e9alit\u00e9 psychique- est r\u00e9ductible aux formes en acte. Laurence Kahn nous dit elle-m\u00eame soulever la question des rapports entre l\u2019\u00e9conomique (le quantitatif de l\u2019\u00e9nergie psychique) et les formes, qui rel\u00e8vent fondamen-talement d\u2019une aisthesis, d\u2019une esth\u00e9tique.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12759?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1601],"mode":[61],"revue":[656],"auteur_livre":[2163],"class_list":["post-12759","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-dominique-bourdin","mode-gratuit","revue-656","auteur_livre-laurence-kahn"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12759","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12759"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12759"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12759"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12759"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12759"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12759"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12759"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}