{"id":12735,"date":"2021-09-12T10:13:20","date_gmt":"2021-09-12T08:13:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/le-sujet-dans-la-psychanalyse-aujourdhui\/"},"modified":"2021-09-21T17:52:10","modified_gmt":"2021-09-21T15:52:10","slug":"le-sujet-dans-la-psychanalyse-aujourdhui","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/le-sujet-dans-la-psychanalyse-aujourdhui\/","title":{"rendered":"Le sujet dans la psychanalyse aujourd&rsquo;hui"},"content":{"rendered":"\n<p><em>Pourquoi le sujet ?<\/em><br>En quoi la question du sujet est-elle pertinente pour la psychanalyse et pour un psychanalyste ?<br>La question sur laquelle revient Raymond Cahn trouve dans cette nouvelle livraison \u00e9ditoriale non seulement la reprise clarifi\u00e9e de ses premiers \u00e9crits th\u00e9oriques, mais leur actualisation que vient \u00e9tayer une illustration br\u00e8ve des liens entre \u00ab temps originaires et cr\u00e9ation \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Poursuivant sa \u00ab r\u00e9volution conceptuelle \u00bb sur la place du sujet dans la psychanalyse : \u00ab Qui pense ? qui parle ? qui agit ? qui d\u00e9sire ? \u00bb , Raymond Cahn remet en cause la c\u00e9sure freudienne n\u00e9vrose\/psychose. Partant du champ de la clinique des psychoses et des \u00e9tats-limites, il s\u2019oriente vers la mise au point d\u2019outils cliniques aptes \u00e0 affronter les pathologies dans lesquelles le sujet subit la contrainte de \u00ab repr\u00e9sentations inconscientes rigides \u00bb dont celui-ci ne parvient pas \u00e0 s\u2019autonomiser. Aujourd\u2019hui, Raymond Cahn fait le r\u00e9cit de ce parcours th\u00e9orique en insistant sur les origines archa\u00efques des modifications subjectales qui freinent le processus de subjectalisation, lequel s\u2019oppose alors au d\u00e9veloppement d\u2019un processus de subjectivation, dont la clinique des adolescents rend compte.<br>C\u2019est dans le cadre du&nbsp;<em>CEREP Montsouris<\/em>, h\u00f4pital de jour pour adolescents qu\u2019il cr\u00e9a en 1963 et dont il fut le directeur avec Bernard Penot jusqu\u2019en 1998, que Raymond Cahn chercha \u00e0 \u00e9valuer ce qui se passait lors d\u2019une d\u00e9compensation psychotique \u00e0 l\u2019adolescence. Dans cette perspective, il n\u2019h\u00e9sita pas \u00e0 mettre au travail les diff\u00e9rents contre-transferts de l\u2019\u00e9quipe institutionnelle \u00e0 laquelle il laissa la plus grande libert\u00e9 associative et d\u2019intervention, attentif aux r\u00e9actions de heurts et\/ou d\u2019indiff\u00e9rence de l\u2019\u00e9quipe, voire en acceptant d\u2019intenses moments de conflictualisation.<br>Parti de ses interrogations premi\u00e8res entre ce qui diff\u00e9rencie psychose et fonctionnement limite, l\u2019auteur fait le constat d\u2019une violence extr\u00eame des processus de d\u00e9subjectivation que l\u2019histoire de ces jeunes patients fait appara\u00eetre, comme ne leur appartenant pas en propre : cadavres dans le placard, origines g\u00e9n\u00e9rationnelles dissimul\u00e9es voire incestuelles, etc\u2026 Ces exp\u00e9riences l\u2019ont conduit \u00e0 mettre au travail la notion de processus de subjectivation, telle la remont\u00e9e en amont de ce qui soudainement s\u2019est d\u00e9subjectiv\u00e9 chez ces patients.<br>D\u00e9batteur hors pair et emp\u00eacheur de tourner en rond, l\u2019auteur peu \u00e0 peu s\u2019affranchit des formalismes th\u00e9oriques pour utiliser le prisme du processus de subjectivation afin d\u2019\u00e9clairer \u00e0 la fois les avanc\u00e9es du travail institutionnel et la dynamique n\u00e9cessaire du contre-transfert dans les cures d\u2019adolescents. Intitul\u00e9e&nbsp;<em>Le sujet dans la psychanalyse aujourd\u2019hui<\/em>, cette nouvelle parution pr\u00e9cise la ressaisie par le patient du sens de son environnement alors que jusqu\u2019ici celui-ci lui \u00e9tait soit rest\u00e9 \u00e9tranger, soit avait \u00e9t\u00e9 incorpor\u00e9 par lui.<br>De tout temps, Raymond Cahn a insist\u00e9 sur la n\u00e9cessit\u00e9 d\u2019une reconnaissance et d\u2019une appropriation par le sujet d\u2019\u00e9l\u00e9ments essentiels de son histoire et de sa psych\u00e9, soit refoul\u00e9s, soit exclus de lui, leur attribuant une importance insoup\u00e7onn\u00e9e. Dans l\u2019une de ses premi\u00e8res parutions,<em>&nbsp;Adolescence et folie &#8211; Les d\u00e9liaisons dangereuses&nbsp;<\/em>(1991, 2004), il avait fait \u00e9tat des emp\u00eachements de la subjectivation, tout en soulignant la pr\u00e9valence de la dimension \u00e9conomique chez l\u2019adolescent l\u2019invitant \u00e0 asseoir les fondements de cette nouvelle articulation entre psychose et adolescence.&nbsp;<em>L\u2019adolescent dans la psychanalyse &#8211; L\u2019aventure de la subjectivation (<\/em>1998, 2002) avait montr\u00e9 que, pris entre le d\u00e9sir du \u00ab retour du m\u00eame \u00bb et celui de l&rsquo;\u00e9mergence du \u00ab nouveau \u00bb, l\u2019adolescent avait besoin de faire une large place \u00e0 l&rsquo;objet externe alors qu\u2019il aurait tendance \u00e0 se laisser volontiers enfermer dans une pseudo r\u00e9alit\u00e9 psychique. D\u00e8s lors se justifiait d\u2019analyser par extension l\u2019adolescent dans l\u2019adulte, ce que l\u2019analyste fut convi\u00e9 \u00e0 questionner chez lui-m\u00eame et ce dont l\u2019auteur a fait le paradigme de toute cure d\u2019adolescent.<br>S\u2019appuyant sur les concepts promus par S\u00e1ndor Ferenczi tels que le noyau traumatique-hypno\u00efde, celui d\u2019identification \u00e0 l\u2019agresseur ou de transfert n\u00e9gatif et constatant le r\u00f4le primordial du contre-transfert, Raymond Cahn allie ces composantes en une dialectique qui anime la relation interpersonnelle autant dans l\u2019institution que dans la cure. Cette orientation \u00e9tait sensible d\u00e8s son troisi\u00e8me livre&nbsp;<em>La fin du divan ?&nbsp;<\/em>(2002) o\u00f9 l\u2019auteur s\u2019inspirait de ses th\u00e9rapies d\u2019adolescents qu\u2019il menait en face \u00e0 face pour r\u00e9habiliter la fonction de la th\u00e9rapie face \u00e0 la psychanalyse, \u00ab \u00e0 c\u00f4t\u00e9 d\u2019elle \u00bb et non contre elle.<br><em>Le sujet dans la psychanalyse aujourd\u2019hui&nbsp;<\/em>fait appara\u00eetre le processus de subjectivation comme r\u00e9sultant essentiellement d\u2019une capacit\u00e9 ou non \u00e0 assumer la diff\u00e9renciation subjective pour fuir l\u2019horreur de l\u2019inceste indiff\u00e9renciant. Or celle-ci est&nbsp; \u00ab le&nbsp; r\u00e9sultat al\u00e9atoire d\u2019un long processus courant depuis la naissance \u00bb qui implique des conditions d\u2019apparition qu\u2019il s\u2019agit de saisir. Le processus de subjectalisation, c\u2019est-\u00e0-dire d\u2019int\u00e9gration de ces \u00e9l\u00e9ments incompris, peut permettre \u00e0 leurs conditions d\u2019apparition d\u2019\u00eatre saisies, \u00e9tant insuffisamment r\u00e9alis\u00e9es ou accomplies, car elles p\u00e8seront plus ou moins lourdement sur les modalit\u00e9s du fonctionnement mental, et ce d\u2019autant plus que les effets en auront \u00e9t\u00e9 massifs et pr\u00e9coces.<br><br><em>L\u2019entame narcissique du sujet<\/em><br>La lecture de ces trois \u00ab Parties\/Livres \u00bb qui composent ce nouvel ouvrage reprend pour le premier les grandes lignes du rapport de Raymond Cahn lors du 51e&nbsp;<em>Congr\u00e8s des Psychanalystes de Langue Fran\u00e7aise<\/em>, intitul\u00e9&nbsp;<em>Du sujet<\/em>&nbsp;(1991), et dans lequel il commente et discute la gen\u00e8se de la question du sujet dans la psychanalyse, en s\u2019appuyant sur les successives avanc\u00e9es topiques de Freud, non sans se r\u00e9server l\u2019opportunit\u00e9 d\u2019utiliser les clairvoyances de philosophes tels que Mikkel Borch-Jacobsen, Jean-Luc Nancy ou Philippe Lacoue-Labarthe. C\u2019est par exemple le cas lorsque Philippe Lacoue-Labarthe pointe que l\u2019angoisse du retrait d\u2019amour est sans doute la \u00ab premi\u00e8re et n\u00e9cessaire mise en cause du narcissisme \u00bb. Retenant l\u2019id\u00e9e d\u2019une \u00ab substance premi\u00e8re \u00bb que serait la m\u00e8re sur le mode d\u2019une \u00ab pr\u00e9sence contenante invisible \u00bb, Raymond Cahn se rallie \u00e0 l\u2019id\u00e9e que son retrait provoquerait chez le sujet une premi\u00e8re \u00ab entame \u00bb narcissique, la qualit\u00e9 de ce retrait maternel pouvant devenir mortif\u00e8re. En effet, s\u2019inspirant des th\u00e9orisations de DW. Winnicott et de W.&nbsp; Bion, l\u2019auteur fait sienne la m\u00e9tapsychologie de l\u2019archa\u00efque, en int\u00e9grant peu \u00e0 peu l\u2019importance des relations pr\u00e9coces m\u00e8re-enfant, les logiques primitives et les dialectiques primaires, lorsqu\u2019il d\u00e9fend l\u2019importance de la subjectalisation, ant\u00e9rieure et n\u00e9cessaire au processus de subjectivation.&nbsp; Si le processus de subjectivation peut se d\u00e9ployer \u00e0 partir d\u2019un soi suffisamment autonome pour se prendre comme objet, celui de la subjectalisation qui le pr\u00e9c\u00e8de demande d\u2019embl\u00e9e le soutien d\u2019un tiers co-subjectivant, suffisamment contenant pour faire na\u00eetre l\u2019existence d\u2019un Soi. \u00ab Le premier temps de la subjectalisation est ce mouvement qui fait de soi, \u00e0 partir de l\u2019autre, une r\u00e9alit\u00e9 vivante, exclusive, se d\u00e9ployant comme telle dans sa temporalit\u00e9 propre \u00e0 partir de ce temps fondamental de la reconnaissance irr\u00e9versible du soi et de l\u2019objet.<br>Le subjectal, la subjectalit\u00e9 constituent ainsi tout ce qui se r\u00e9f\u00e8re, d\u2019une part au v\u00e9cu de permanence, de continuit\u00e9, d\u2019autre part aux premi\u00e8res \u00e9bauches de diff\u00e9renciation \u00ab porteuse d\u2019autonomie et comportant l\u2019introjection \u00bb (E. Kestemberg,1978, p.232)<br>&nbsp;<br>Intitul\u00e9e<em>&nbsp;Vingt cinq ans apr\u00e8s<\/em>, la seconde Partie\/ Livre d\u00e9cline alors les formes variables de la subjectalisation en s\u2019\u00e9tayant sur le sentiment d<em>\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9<\/em>&nbsp;chez Freud, que l\u2019auteur rep\u00e8re comme&nbsp; ph\u00e9nom\u00e8ne fondateur de changements&nbsp; chez l\u2019adolescent, notamment lorsque le pr\u00e9sent se trouve court-circuit\u00e9 par un \u00e9v\u00e8nement du pass\u00e9 &#8211; ou par sa trace psychique &#8211; \u00e0 son niveau le plus archa\u00efque. Il d\u00e9montre que la nature du travail de subjectivation rel\u00e8ve ainsi de la possibilit\u00e9 ou non de renouer avec la subjectalisation manqu\u00e9e. Se trouve de ce fait justifi\u00e9e l\u2019extension de la r\u00e9ciprocit\u00e9 dans le partage d\u2019\u00e9motions et de v\u00e9cus entre analyste et patient dans la cure tel un processus cr\u00e9atif. Ce processus cr\u00e9atif, th\u00e8me de la 3e partie, souligne l\u2019impact du travail de subjectivation entre l\u2019artiste et son \u0153uvre, Raymond Cahn nous introduisant \u00e0 la relation entre temps originaires et cr\u00e9ation en reliant au texte de Freud&nbsp;<em>Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci&nbsp;<\/em>&nbsp;l\u2019analyse du tableau de la Joconde propos\u00e9 par Daniel Arasse. Interrogeant la facult\u00e9 extraordinaire de sublimation du peintre, capable de puiser dans les formes les plus archa\u00efques d\u2019une \u00e9nergie pulsionnelle directement mise \u00e0 disposition de l\u2019invention et de la sublimation, Raymond Cahn se demande si celles-ci ne seraient pas issues de la capacit\u00e9 \u00e0 utiliser directement ces forces obscures. Se r\u00e9pondant l\u2019une, l\u2019autre, ces trois parties int\u00e8grent, dans un mouvement progressif, les \u00e9tapes de la th\u00e9orisation du processus de subjectivation qui devient d\u00e8s lors plus facilement lisible puisqu\u2019y sont introduites \u00e0 chaque \u00e9tape autant l\u2019exp\u00e9rience singuli\u00e8re de moments cliniques que l\u2019explicitation de choix th\u00e9oriques qui servent d\u2019approfondissement \u00e0 l\u2019ensemble.<br><br><em>Les chemins du sujet<\/em><br>Il faut suivre Raymond Cahn lorsqu\u2019il emprunte \u00ab les chemins du sujet \u00bb dont il fait varier les diff\u00e9rentes perspectives pour faire r\u00e9sonner le \u00ab processus de subjectivation m\u00eame \u00bb. Dialoguant avec les auteurs qui privil\u00e9gient la probl\u00e9matique du sujet &#8211; M\u00e9lanie Klein et ses h\u00e9ritiers \u2013 et critiquant la pens\u00e9e que le moi et l\u2019objet sont toujours d\u00e9j\u00e0 l\u00e0 d\u2019embl\u00e9e, il s\u2019approprie le concept d\u2019identification primaire, la forme la plus primitive de l\u2019attachement affectif \u00e0 l\u2019objet dyadique, qui, mieux qu\u2019une relation, d\u00e9crit l\u2019impr\u00e9gnation directe de l\u2019un et l\u2019autre, de l\u2019un en l\u2019autre, telle une sorte d\u2019identification imm\u00e9diate \u00e0 l\u2019humain. Ainsi, le retrait maternel repr\u00e9sentera-t-il toujours une menace pour ce pr\u00e9-sujet, car tout d\u00e9pendra de la qualit\u00e9 de ce retrait. Proche de l\u2019objet subjectif de Winnicott, pr\u00e9alable \u00e0 l\u2019\u00e9tablissement d\u2019un espace transitionnel, la subjectalisation &#8211; ou fonction subjectalisante &#8211; autorisera la sortie du narcissisme primaire en offrant la capacit\u00e9 \u00e0 l\u2019objet de faciliter chez le sujet la naissance d\u2019une \u00ab fonction sujet \u00bb. Si la psychanalyse est d\u00e9finie comme science du sujet, l\u2019orientation pr\u00f4n\u00e9e par Raymond Cahn se diff\u00e9rencie de l\u2019optique lacanienne o\u00f9 \u00ab Le sujet (est) mis \u00e0 nu par ses signifiants m\u00eames \u00bb, et se situe au-del\u00e0 de la nature ali\u00e9nante de l\u2019image du Moi. Il s\u2019en suit que le sympt\u00f4me se r\u00e9sout tout entier dans une analyse du langage. L\u2019auteur s\u2019\u00e9loigne \u00e9galement des th\u00e8ses de Lichtenstein, Hartman, Malher, ou Kohut, m\u00eame s\u2019il reconna\u00eet que le concept de soi a le m\u00e9rite d\u2019\u00e9chapper \u00e0 la probl\u00e9matique dichotomique du sujet et de l\u2019objet. Il pr\u00e9f\u00e8re partager avec Winnicott le \u00ab vif du sujet \u00bb, \u00e0 l\u2019origine d\u2019 \u00ab une certaine mani\u00e8re d\u2019\u00eatre \u00bb, pour mieux mettre en \u00e9vidence le r\u00f4le jou\u00e9 par la capacit\u00e9 transformationnelle du sujet dont sa clinique atteste. La capacit\u00e9 de r\u00eaverie maternelle, la cr\u00e9ation d\u2019une aire interm\u00e9diaire possible, d\u00e9crivent bien les lieux psychiques dans lesquels l\u2019analyste aura \u00e0 d\u00e9busquer ce qui dans ce pr\u00e9-sujet lui aura fait d\u00e9faut et dont il garde les traces ind\u00e9l\u00e9biles. Cette nouvelle arch\u00e9ologie du sujet &#8211; au sens de Merleau-Ponty, c\u2019est-\u00e0-dire de ce qui en fait la chair &#8211; \u00e9tablit le lien non pas entre le symbolique et le langage mais entre le symbolique et l\u2019appareil psychique.<\/p>\n\n\n\n<p>Car c\u2019est en s\u2019appuyant sur son exp\u00e9rience de la psychose qu\u2019une nouvelle approche des \u00e9tats-limites s\u2019inaugure, l\u2019auteur interrogeant le seuil \u00e0 partir duquel l\u2019intersubjectivit\u00e9 a pu basculer dans l\u2019exc\u00e8s et l\u2019ali\u00e9nation. Ce qui caract\u00e9rise les \u00ab pathologies de la subjectivation \u00bb est donc la perspective d\u2019une \u00ab restitution subjectale \u00bb possible, gr\u00e2ce \u00e0 l\u2019appareil proth\u00e8se de l\u2019analyste, le curseur th\u00e9orique s\u2019\u00e9tant d\u00e9plac\u00e9 de la dialectique n\u00e9vrose\/psychose vers la capacit\u00e9 ou l\u2019incapacit\u00e9 du sujet \u00e0 acc\u00e9der \u00e0 une position de sujet. Ainsi, en va-t-il \u00ab des destins du destin \u00bb, des aspects pr\u00e9cocissimes inh\u00e9rents aux communications primaires, r\u00e9activ\u00e9s et re-travers\u00e9s par la compulsion de r\u00e9p\u00e9tition qui trouveront l\u00e0 l\u2019occasion d\u2019\u00eatre int\u00e9gr\u00e9s, et d\u00e9pass\u00e9s. Si bien que le \u00ab Jeu du je \u00bb implique la disposition d\u2019un espace psychique qui suppose d\u00e9j\u00e0 la capacit\u00e9 d\u2019une auto-r\u00e9f\u00e9rence, laquelle vient d\u2019un sujet d\u2019avant la subjectivation qui rend possible ou non \u00ab l\u2019\u00e9mergence de l\u2019objet signant l\u2019entr\u00e9e du monde ext\u00e9rieur et de sa n\u00e9cessit\u00e9 (\u2026)<br>simultan\u00e9ment impos\u00e9e au proto-sujet et cr\u00e9\u00e9e par lui \u00bb (p. 171).<br>Pris dans des probl\u00e9matiques o\u00f9 domine la carence subjectale, \u00ab le mode de r\u00e9f\u00e9rence apparaissant plus comme celui de l\u2019intrication\/ interaction de deux psych\u00e9 en une \u00bb (p. 182),&nbsp; le r\u00f4le de l\u2019analyste suppose,&nbsp; \u00e0 travers \u00ab ces cas de figure o\u00f9 quelque chose qui s\u2019est jou\u00e9 de l\u2019environnement se voit endoss\u00e9 par l\u2019analyste \u00bb (p. 182), que \u00ab l\u2019on est en effet pass\u00e9 de l\u2019auto-\u00e9laboration par Anna O\u2026 d\u2019un v\u00e9cu plus ou moins induit par le th\u00e9rapeute \u00e0 l\u2019\u00e9laboration par le th\u00e9rapeute d\u2019un v\u00e9cu plus ou moins induit par le patient\u2026 une hypnose \u00e0 l\u2019envers en quelque sorte, ou plut\u00f4t une hypnose r\u00e9ciproque. \u00bb (p. 190). Le travail de subjectivation passera donc par \u00ab l\u2019utilisation des v\u00e9cus de l\u2019analyste, par ses associations, pour les int\u00e9grer dans la probl\u00e9matique du patient cr\u00e9ant ainsi un objet nouveau, partag\u00e9 par chacun d\u2019eux, se modifiant ou s\u2019enrichissant de leur apport r\u00e9ciproque dans un processus cr\u00e9atif radicalement diff\u00e9rent du dispositif ant\u00e9rieur \u00bb (p . 204). Si bien que l\u2019une des fonctions du cadre est la tol\u00e9rance \u00e0 ces tensions extr\u00eames d\u00e9l\u00e9gu\u00e9es au contre-transfert. \u00ab Telle doit \u00eatre la capacit\u00e9 de l\u2019analyste de demeurer aussi longtemps que n\u00e9cessaire un objet immuable, inalt\u00e9rable, ou encore de rep\u00e9rer les mouvements de haine, de s\u00e9duction, d\u2019emprise, \u00e9manant aussi bien du sujet que de lui-m\u00eame (\u2026) \u00bb (p. 243).<br>De cette capacit\u00e9 na\u00eet chez le sujet une aptitude \u00e0 s\u2019investir lui-m\u00eame et le monde, comme il a pu par ou \u00e0 travers l\u2019analyste se sentir investi, reprenant ainsi sa marche interrompue.<br><br><em>L\u2019artiste, un sujet \u00ab d\u00e9couvreur-inventeur \u00bb<\/em><br>Cette in\u00e9dite capacit\u00e9 de cr\u00e9ation d\u00e9finit pour Raymond Cahn l\u2019\u0153uvre d\u2019art qui rassemble conjointement&nbsp; le sympt\u00f4me et la cure. La rencontre avec le tableau de<em>&nbsp;la Joconde<\/em>&nbsp;est l\u2019occasion pour l\u2019auteur d\u2019emprunter \u00e0 Daniel Arasse (2004) son analyse du tableau pour soutenir la th\u00e8se selon laquelle les temps originaires du sujet abritent une souffrance \u00e0 l\u2019origine du g\u00e9nie cr\u00e9atif. Se situant en-de\u00e7\u00e0 de la fascination qu\u2019exerce sur tous le visage encadr\u00e9 par le sourire magique de&nbsp;<em>la Joconde<\/em>, Daniel Arasse s\u2019\u00e9tonne de l\u2019incompatibilit\u00e9 des espaces qui environnent le visage de la femme&nbsp; : paysage d\u00e9sol\u00e9, et incoh\u00e9rence de l\u2019ensemble. La pr\u00e9sence de ces \u00e9l\u00e9ments inconciliables permet \u00e0 Raymond Cahn d\u2019en rapprocher \u00ab l\u2019inqui\u00e9tante \u00e9tranget\u00e9 \u00bb anim\u00e9e par les premi\u00e8res exp\u00e9riences de la vie du peintre. Articulant l\u2019obscure pr\u00e9sence maternelle au texte de Freud&nbsp;<em>Un souvenir d\u2019enfance de L\u00e9onard de Vinci,<\/em>&nbsp;l\u2019auteur se saisit de l\u2019extraordinaire aptitude \u00e0 la sublimation du peintre pour montrer comment il utilise savamment ses pulsions primitives par la voie de la perception comme celle de l\u2019hallucination. S\u2019il use de la r\u00e9gression pour r\u00e9emprunter ses voies primitives, l\u2019artiste s\u2019appuyant sur ce noyau dur, imp\u00e9n\u00e9trable et secret de sa personnalit\u00e9, ne c\u00e8de jamais aux pouvoirs d\u2019influence ou \u00e0 la fascination hypnotique exerc\u00e9e par cet Autre archa\u00efque. Aussi l\u2019auteur rend-il compte du lien primitif ante-objectal avec la m\u00e8re \u00e0 travers l\u2019effacement des limites que le d\u00e9cor pictural induit par la confusion qui m\u00eale la m\u00e8re premi\u00e8re \u00e0 la m\u00e8re oedipienne jusqu\u2019\u00e0 rendre leur pr\u00e9sence simultan\u00e9e. Gr\u00e2ce \u00e0 la force int\u00e9grative du peintre \u00ab qui part de la perception libidinalis\u00e9e de l\u2019objet subjectif \u00e0 la possibilit\u00e9 d\u2019utiliser des symboles \u00bb (p. 278), ce travail d\u2019\u00e9laboration de l\u2019<em>unheimliche<\/em>&nbsp;vers l\u2019<em>heimliche<\/em>, rend vivante la force de s\u00e9duction du tableau sur le spectateur par la&nbsp; force de cr\u00e9ation in\u00e9dite chez le peintre.<\/p>\n\n\n\n<p>La coh\u00e9rence du renouvellement de ces articulations dans cette derni\u00e8re parution transforme ainsi les rapports entre l\u2019intrapsychique et l\u2019interpsychique&nbsp; ainsi que ceux entre psychanalyse et psychoth\u00e9rapie. Mais surtout, \u00ab essentielle est cette conception positive des processus adolescents : l\u2019adolescence est une cr\u00e9ation subjectale \u00bb en conclut Philippe Gutton dans le prologue de l\u2019ouvrage, ce dont nous convainc ce livre, d\u00e9di\u00e9 \u00e0 la m\u00e9moire de Steven Wainrib, \u00ab mon compagnon de pens\u00e9e\u2026 si pr\u00e9matur\u00e9ment disparu \u00bb et auquel on doit d\u2019avoir \u00e9t\u00e9 l\u2019ardent d\u00e9fenseur \u00ab d\u2019un sujet qui est pr\u00e9cis\u00e9ment dans le jeu interne de sa multidimensionnalit\u00e9 \u00bb (p.173). &nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12735?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2046],"mode":[60],"revue":[621],"auteur_livre":[2178],"class_list":["post-12735","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-anne-tassel","mode-payant","revue-621","auteur_livre-raymond-cahn"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12735","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12735"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12735"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12735"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12735"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12735"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12735"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12735"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}