{"id":12730,"date":"2021-09-12T10:13:20","date_gmt":"2021-09-12T08:13:20","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/vie-et-mort-des-affects\/"},"modified":"2021-09-22T15:06:19","modified_gmt":"2021-09-22T13:06:19","slug":"vie-et-mort-des-affects","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/vie-et-mort-des-affects\/","title":{"rendered":"Vie et mort des affects"},"content":{"rendered":"\n<p>Le titre de l\u2019ouvrage Vie et mort des affects souligne la part vive de ceux-ci dans une sorte de personnification de l\u2019affect Comme le souligne J. Andr\u00e9&nbsp; \u00ab en psychanalyse (th\u00e9orie comme pratique) l\u2019ouverture d\u2019une question est plus passionnante que la fermeture d\u2019une r\u00e9ponse \u00bb Les affects s\u2019int\u00e8grent pleinement dans ce projet de mise en tension du nouveau et du familier, du connu et du myst\u00e9rieux, du commun et du secret, de l\u2019universel et de l\u2019intime, puisque que l\u2019on conviendra avec A. Green \u00ab qu\u2019une \u00e9tude exhaustive des probl\u00e8mes pos\u00e9s par l\u2019affect dans le champ de la th\u00e9orie et de la pratique psychanalytiques est impossible \u00bb. Il s\u2019agit donc de proc\u00e9der par petites touches, par approches successives, en m\u00ealant clinique et th\u00e9orie, compr\u00e9hension et interpr\u00e9tation.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019affect ment-il ? s\u2019interroge F. Coblence dans le dernier chapitre de l\u2019ouvrage. Serait-il la v\u00e9rit\u00e9 du sujet, comme le porte une certaine tradition litt\u00e9raire ; l\u2019exemple que prend F. Coblence est celui des confessions de J.-J. Rousseau dont le projet est d\u2019exposer, de tout dire, toute la v\u00e9rit\u00e9, rien que la v\u00e9rit\u00e9. S\u2019int\u00e9resse-t-on aux affects ou \u00e0 l\u2019affect, y n\u2019aurait-il pas un risque de g\u00e9n\u00e9ralisation, de simplification voire d\u2019amputation dans ce passage du pluriel ou singulier ? Il s\u2019agit alors bien plus de s\u2019int\u00e9resser aux affects. Affect m\u00e9tamorphos\u00e9 par le travail du r\u00eave, ou par celui du sympt\u00f4me hyst\u00e9rique, affect perverti quand il est soumis. \u00ab Pur affect de plaisir, ou affect de pur plaisir (\u2026) recherche exquise (\u2026) pour lui-m\u00eame \u00bb&nbsp; sont autant de destins d\u2019affects \u00e9voqu\u00e9s par F. Coblence. \u00ab L\u2019affect n\u2019est donc pas celui du premier moment (\u2026) mais celui qui se trouve recr\u00e9\u00e9 \u00bb nous dit-elle, qu\u2019il nous faut plus prendre en compte dans leur historicit\u00e9 que dans leur valence actuelle.<\/p>\n\n\n\n<p>Les affects entretiennent des liaisons dangereuses avec l\u2019analyse. Ils y sont d\u2019embl\u00e9e convoqu\u00e9s dans le transfert, dans sa forme la plus g\u00e9n\u00e9rale ou dans celle plus sp\u00e9cifique des&nbsp; Transferts d\u2019affects selon la proposition de C. Chabert. Le transfert est donc l\u2019espace privil\u00e9gi\u00e9 de l\u2019expression des affects, en tant que r\u00e9p\u00e9tition des exp\u00e9riences infantiles, des traces qu\u2019elles ont laiss\u00e9es et des repr\u00e9sentations auxquelles elles sont associ\u00e9es, mais au-del\u00e0, nous dit Catherine Chabert, il offre \u00e0 des \u00ab affects (\u2026) les signes d\u2019une repr\u00e9sentation non encore advenue en qu\u00eate de reconnais-sance, ou de partage, en qu\u00eate de mots \u00bb . La cure de parole ouvre sur un langage des affects, un<br>\u00ab discours du vivant \u00bb pour reprendre la proposition d\u2019A. Green. Ce langage d\u2019affect n\u2019est cependant pas donn\u00e9 d\u2019embl\u00e9e, il doit parfois faire l\u2019objet d\u2019une construction ou d\u2019une recons-truction dans la cure, c\u2019est l\u2019un des imp\u00e9ratifs que C. Chabert assigne \u00e0 la perlaboration afin de trouver justement \u00ab le mot apte \u00e0 l\u2019affect \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Certaines cliniques contempo-raines se manifestent par une impossibilit\u00e9 \u00e0 pouvoir verbaliser ses affects, \u00e0 trouver \u00ab le mot apte \u00e0 l\u2019affect \u00bb&nbsp; nous dit C. Matha. Elle nous plonge dans une clinique o\u00f9 le langage de l\u2019affect ne prend pas la voie de la parole, dans l\u2019analyse, mais emprunte celle plus sinueuse de la plainte ou de la douleur. Cet aller et retour entre affects aptes aux mots et \u00ab mots en qu\u00eate d\u2019affects \u00bb -pour reprendre le titre du chapitre \u00e9crit par C. Matha- se d\u00e9ploie \u00e9galement dans la dynamique transf\u00e9ro-contre transf\u00e9rentielle, o\u00f9 l\u2019analyste se laisse \u00ab contacter par les affects du patient et se laisser modifier par eux afin de pouvoir les soutenir chez l\u2019autre \u00bb. Cela rend compte d\u2019une part essentielle du travail de l\u2019analyste, d\u2019une \u00e9coute affective du contre-transfert en ce qu\u2019il est une premi\u00e8re mobilisation des affects en qu\u00eate de repr\u00e9sentation de l\u2019analysant.<\/p>\n\n\n\n<p>La question de la pr\u00e9sence ou de l\u2019absence des affects est centrale dans l\u2019analyse. Le langage d\u2019affect est un langage en pleins et en creux, les affects peuvent avoir d\u00e9sert\u00e9s le devant de la sc\u00e8ne. Comme le souligne J. Andr\u00e9 l\u2019affect n\u2019est pas donn\u00e9 \u00e0 tout le monde ouvrant alors cette question clinique et m\u00e9ta-psycho-logique \u00ab X est-il sans affect<br>ou l\u2019affect est-il reclus quelque part ? \u00bb. Il est ainsi des situations analytiques ou l\u2019affect semble s\u2019\u00eatre absent\u00e9, Ernest l\u2019analysant de C. Chabert annonce qu\u2019il n\u2019a pas d\u2019affect ; l\u2019analysante d\u2019A. Cohen de Lara peut exprimer des affects mais auxquels il manque \u00ab leur quantit\u00e9 ou leurs quantit\u00e9s, leurs qualit\u00e9s, leurs nuances \u00bb.<br>Ce manque de consistance, d\u2019incarnation se diffuse dans l\u2019\u00eatre m\u00eame de l\u2019analysante, que l\u2019analyste d\u00e9signe comme \u00ab elle \u00bb, ou la \u00ab femme d\u2019\u00e2ge m\u00fbr \u00bb comme si \u00ab l\u2019exode de la langue, l\u2019exode des affects \u00bb avait conduit \u00e0 une impossibilit\u00e9 de la nommer ou plus exactement de la pr\u00e9nommer, nous la rendant pr\u00e9sente\/absente comme le sont ses affects, \u00e9nonc\u00e9s mais pas repr\u00e9sent\u00e9s ni incarn\u00e9s. La cure peut-elle conduire \u00e0 cette incarnation, \u00e0 cette renaissance du sujet \u00e0 sa vie d\u2019affects ? J. Andr\u00e9 r\u00e9pond par l\u2019affirmative proposant de rapprocher l\u2019analyste de l\u2019obst\u00e9tricien \u00ab d\u2019autant plus quand l\u2019affect accouch\u00e9 est celui de la douleur \u00bb, l\u2019analyse permettant \u00e0 un affect non constitu\u00e9 de voir le jour dans et par l\u2019exp\u00e9rience transf\u00e9rentielle.<br>Les enjeux d\u2019activit\u00e9 et de passivit\u00e9 s\u2019inscrivent dans la vie d\u2019affect comme le soulignent plusieurs auteurs. Ils se d\u00e9ploient dans le transfert, en tant que possibilit\u00e9 pour le moi d\u2019\u00eatre affect\u00e9 par l\u2019autre, d\u2019\u00eatre marqu\u00e9 par l\u2019empreinte de l\u2019objet au risque d\u2019une r\u00e9activation de l\u2019\u00e9tat de d\u00e9pendance et d\u2019impuissance du tout petit. La lutte contre la passivit\u00e9 induite par le dispositif analytique, place les affects au service de la r\u00e9sistance. Ainsi chez l\u2019analysante de S. Carton les affects ne sont ni \u00ab absents, ni r\u00e9prim\u00e9s ni enkyst\u00e9s, mais effleur\u00e9s du bout des mots, tout au service de la liaison et de la contenance \u00bb. Ils alimentent la part narcissique du transfert au service de la sauvegarde d\u2019un moi fragilis\u00e9 tout entier tourn\u00e9 vers l\u2019activit\u00e9. Claire \u00ab fait l\u2019analyse \u00bb et se sent bien. La conflictua-lisation au c\u0153ur de la vie psychique se d\u00e9ploie dans les affects \u00e9cartel\u00e9s entre sauvegarde narcissique et engagement dans des relations objectales et leur part d\u2019incertitude. Les affects<br>\u00ab jouent alors les uns contre les autres \u00bb et il faut alors se confronter au paradoxe de se d\u00e9pendre de l\u2019affect pour mieux en passer par l\u2019affect.<\/p>\n\n\n\n<p>Les affects sont pluriels. Ils occupent une place complexe dans la m\u00e9tapsychologie freudienne, \u00e9voluant avec ses avanc\u00e9es th\u00e9oriques, mais laissant en suspens des questions sur leur nature inconsciente, sur leur perlaboration \u00e9ventuelle, le passage d\u2019une valence quantitative \u00e0 une valence qualitative, des affects \u00e0 l\u2019angoisse en tant qu\u2019affect par excellence. Les cliniques psychotiques telles que nous les pr\u00e9sente M. Dessons confrontent \u00e0 un d\u00e9bordement d\u2019angoisse, \u00e0 des figures qui m\u00ealent comme chez Tom, son jeune patient, l\u2019effroi, la fureur, le d\u00e9luge, le carnage, la p\u00e9trification et le paradoxe puisqu\u2019elle y insiste \u00ab il n\u2019y a pas d\u2019angoisse du moi dans la psychose. Le moi ne peut utiliser l\u2019affect d\u2019angoisse psychotique, il doit se contenter de dresser des remblais \u00bb . L\u2019analyste est alors engag\u00e9 dans ce travail de construction de digues, accompa-gnant en cela le travail de latence mis \u00e0 mal par les effets de la d\u00e9liaison psychotique et de l\u2019h\u00e9morragie pulsionnelle chez cet enfant. L\u2019angoisse en tant qu\u2019affect articule r\u00e9sistance et ressort de l\u2019analyse, souvent \u00e0 l\u2019origine de la demande ; on peut donc avec M. Dessons affirmer que \u00ab L\u2019angoisse est le moteur de la cure, elle en d\u00e9termine le r\u00e9gime. Elle est aussi un levier \u00bb. Les affects, quelle que soit leur intensit\u00e9 leur violence et leur potentiel de destructivit\u00e9, sont au service du processus de transformation port\u00e9 par l\u2019analyse, le r\u00e9cit de la cure de Tom souligne l\u2019importance de la temporalit\u00e9 pour qu\u2019adviennent les mots aptes \u00e0 l\u2019affect. Mensonge ou v\u00e9rit\u00e9, vie ou mort, d\u00e9bordement ou gel, r\u00e9sistance ou levier, mise en tension ou paradoxe, les affects gardent encore leur part de famili\u00e8re \u00e9tranget\u00e9.<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12730?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1579],"mode":[60],"revue":[533],"auteur_livre":[2141],"class_list":["post-12730","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-manuella-de-luca","mode-payant","revue-533","auteur_livre-jacques-andre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12730","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12730"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12730"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12730"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12730"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12730"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12730"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12730"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}