{"id":12718,"date":"2021-09-12T10:13:18","date_gmt":"2021-09-12T08:13:18","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/le-moi-corporel-autisme-et-developpement\/"},"modified":"2021-09-17T15:52:33","modified_gmt":"2021-09-17T13:52:33","slug":"le-moi-corporel-autisme-et-developpement","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/le-moi-corporel-autisme-et-developpement\/","title":{"rendered":"Le Moi corporel. Autisme et d\u00e9veloppement"},"content":{"rendered":"\n<p>C&rsquo;est une sorte d\u2019\u00ab arl\u00e9sienne \u00bb dans la psychanalyse de l&rsquo;autisme que Genevi\u00e8ve Haag dissipe en publiant, apr\u00e8s des dizaines d&rsquo;articles et de participations &nbsp;\u00e0 des projets collectifs, ce premier livre sobrement intitul\u00e9 : &nbsp;Le Moi corporel. Autisme et d\u00e9veloppement. Et pour cause, cet ouvrage en forme de collected papers prit le temps dont il avait besoin pour voir le jour mais il compile aujourd&rsquo;hui plus de deux d\u00e9cennies (1983-2005) de r\u00e9flexions, revues pour l&rsquo;occasion, d&rsquo;une pionni\u00e8re de la compr\u00e9-hension de l&rsquo;autisme en France. Cinquante ans de carri\u00e8re comme psychanalyste-chercheuse inspire d&#8217;embl\u00e9e un certain respect, d\u2019autant que les psychoth\u00e9rapeutes s\u2019occupant d\u2019enfants doivent probablement tous, m\u00eame s&rsquo;ils l&rsquo;ignorent, au moins un petit quelque chose \u00e0 Genevi\u00e8ve Haag.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Et si ce ne sont pas ses avanc\u00e9es th\u00e9oriques, cliniques et techniques, ce sera son combat pour d\u00e9fendre la m\u00e9thode psychanalytique, d\u00e9ploy\u00e9e sur un versant politique &#8211; o\u00f9 elle dissipa un grand nombre de malentendus sur la profession, d\u00e9taillant sans rel\u00e2che les v\u00e9cus corporels des enfants autistes et la possibilit\u00e9 de les transformer par un travail sp\u00e9cifique de psychoth\u00e9rapie &#8211; mais \u00e9galement associatif (la CIPPA) o\u00f9 elle offrit, justement, aux th\u00e9rapeutes les moyens de se r\u00e9unir et d&rsquo;approfondir leur formation. Pour tout cela, le rayonnement de Genevi\u00e8ve Haag est colossal dans la p\u00e9dopsychiatrie et la psychanalyse en France, mais s\u00fbrement bien au-del\u00e0. Difficile de saisir, d\u00e8s lors, la raison pour laquelle ses textes restent si peu connus, mise \u00e0 part sa c\u00e9l\u00e8bre Grille de rep\u00e9rage tir\u00e9e d&rsquo;une recherche collective publi\u00e9e en 1995 ; r\u00e9put\u00e9s th\u00e9oriquement ardus voire trop sp\u00e9cialis\u00e9s, ils semblent en effet difficilement passer le plafond de verre de l&rsquo;\u00e9tude th\u00e9orico-clinique des autismes. Profitons donc du &nbsp;\u00ab v\u00e9ritable \u00e9v\u00e9nement \u00bb (Bernard Golse, dans sa pr\u00e9face) que constitue cette publication pour r\u00e9affirmer l\u2019envergure g\u00e9n\u00e9raliste de la pens\u00e9e de Genevi\u00e8ve Haag qui remonte dans cet ouvrage, avec patience et une certaine \u00e9l\u00e9gance, les racines de la vie psychique mais aussi celles de la th\u00e9orie psychanalytique.<\/p>\n\n\n\n<p>Les textes sont propos\u00e9s au lecteur dans un ordre chronologique, ce qui permet de voir comment Genevi\u00e8ve Haag mena son odyss\u00e9e conceptuelle bien en amont de Sigmund Freud mais jamais sans lui, embarquant d&#8217;embl\u00e9e avec elle une de ses intuitions lapidaires voulant que les premi\u00e8res identifications de l&rsquo;\u00eatre humain seraient corporelles. Et pour \u00e9tudier les peintures rupestres dans cette pr\u00e9histoire du Moi freudien, Genevi\u00e8ve Haag entreprend de s&rsquo;\u00e9clairer aux lueurs d&rsquo;un flambeau tress\u00e9 de trois lianes : l\u2019observation naturaliste du b\u00e9b\u00e9 d\u2019apr\u00e8s Esther Bick, le mat\u00e9riel clinique tir\u00e9 de ses analyses d\u2019enfants autistes et un dialogue conceptuel du jeu pulsionnel de la ligne th\u00e9orique classique avec une ligne disons plus \u00ab anglaise \u00bb sur la formation\/introjection de la contenance psychique ; enjeux psychanalytiques tr\u00e8s contempo-rains mais r\u00e9solument ouverts, dans ce livre, aux apports cognitivistes et neuroscientifiques.<\/p>\n\n\n\n<p>Voici un m\u00e9lange qui peut appara\u00eetre bien savant de prime abord, d&rsquo;autant que l\u2019\u00e9criture de Genevi\u00e8ve Haag inspire une certaine atmosph\u00e8re scientifique qui se retrouve dans sa m\u00e9thodologie rigoureuse, la pr\u00e9cision de ses descriptions et de son vocabulaire (anatomique en particulier) mais aussi dans le raffinement de ses \u00e9laborations m\u00e9tapsychologiques. Cet aspect de son approche utilise, dans le bon sens winnicottien du terme, l&rsquo;autisme comme une machine \u00e0 remonter\/figer le temps d\u00e9veloppe-mental pour cerner les premi\u00e8res \u00e9tapes de la constitution du Moi, qu&rsquo;elle th\u00e9orise &#8211; on l\u2019aura compris &#8211; corporel, avant la r\u00e9solution des clivages primitifs, c&rsquo;est-\u00e0-dire bien avant que l&rsquo;espace psychique ne soit en mesure de distinguer durablement quoi que ce soit, en premier lieu un dehors et un dedans, et donc de contenir des objets internes. Pourtant, l&rsquo;image du savant montre rapidement ses limites quand on lit cet ouvrage, tant l\u2019ombilic de sa pens\u00e9e se situe dans un \u00ab petit \u00bb ph\u00e9nom\u00e8ne qu&rsquo;elle met \u00e0 l&rsquo;honneur d\u00e8s son introduction et qui t\u00e9moigne tout autant de sa modestie que de ses qualit\u00e9s d&rsquo;observatrice : la surprise. Nous nous limiterons ici aux plus notoires.&nbsp;<br>Surprise de d\u00e9couvrir que le fond de soi trouve une origine dans le tactile du dos qui, combin\u00e9 \u00e0 l&rsquo;interp\u00e9n\u00e9tration des regards et \u00e0 l&rsquo;enveloppe sonore entre autres, cr\u00e9e un rassemblement sensoriel dessinant un premier sentiment d&rsquo;entourance. Surprise que la soudure fantasmatique des deux moiti\u00e9s du corps ne soit pas donn\u00e9e d&#8217;embl\u00e9e, que les premi\u00e8res identifications soient non seulement corporelles mais intracorporelles et que le corps du b\u00e9b\u00e9 joue tr\u00e8s t\u00f4t, v\u00e9ritable petit th\u00e9\u00e2tre, des sc\u00e8nes de pertes et de retrouvailles d&rsquo;avec l&rsquo;objet. Surprise que ce qu&rsquo;on appelle peau depuis les travaux d\u2019Esther Bick et de Didier Anzieu puisse \u00eatre mod\u00e9lis\u00e9 comme un entrelac vivant soutenu par une armature en forme de structure radiaire &#8211; comme une p\u00e2querette dans un dessin d&rsquo;enfant &#8211; compos\u00e9e d\u2019innombrables boucles de relations entre le fond de soi et le fond de l&rsquo;autre. Offrant au passage de pr\u00e9cieux d\u00e9veloppements \u00e0 l&rsquo;id\u00e9e bionienne d&rsquo;un squelette psychique interne, cette derni\u00e8re conceptualisation fournit une repr\u00e9sentation assez magistrale des rencontres successives qui sculptent et d\u00e9terminent un \u00eatre humain, tout au long de son existence.<\/p>\n\n\n\n<p>Bien entendu, (se laisser) surprendre n&rsquo;est pas comprendre et l\u2019\u00e9laboration th\u00e9orique se fait \u00e0 la faveur des apr\u00e8s-coups et des rencontres, justement, avec les b\u00e9b\u00e9s et les enfants autistes mais aussi avec des figures psychana-lytiques marquantes comme Frances Tustin, James Gammill, Donald Meltzer, James Grotstein, Didier Anzieu ou Andr\u00e9 Green. Et c&rsquo;est en compagnie de ces penseurs ind\u00e9pendants et cr\u00e9atifs que Genevi\u00e8ve Haag pousse la compr\u00e9hension primitive des concepts centraux de la m\u00e9tapsychologie freudienne : la bisexualit\u00e9 psychique enracin\u00e9e dans les deux polarit\u00e9s du regard incapables de s&rsquo;interp\u00e9n\u00e9trer &nbsp;dans l&rsquo;autisme ; l&rsquo;identification, n\u00e9cessitant pr\u00e9alablement un &nbsp;\u00ab ange gardien \u00bb prototypique qu&rsquo;elle nomme objet lat\u00e9ral d&rsquo;identification primaire ; l&rsquo;angoisse dont elle sonde et conceptualise les plus pr\u00e9coces &#8211; corporelles elles aussi &#8211; toujours \u00e0 l&rsquo;\u0153uvre dans l&rsquo;autisme mais matrice des angoisses \u00e0 venir chez tout un chacun, et bien d\u2019autres encore que nous ne pourrons pas r\u00e9capituler en quelques lignes.<\/p>\n\n\n\n<p>Ce que nous pouvons faire, en revanche, c&rsquo;est formuler une esp\u00e9rance. Celle que ce livre parvienne enfin \u00e0 clore l\u2019injuste proc\u00e8s, parfois attent\u00e9 \u00e0 Genevi\u00e8ve Haag, de ne pas faire&nbsp;\u00ab vraiment \u00bb de la psychanalyse sous pr\u00e9texte qu\u2019elle s&rsquo;int\u00e9resse davantage \u00e0 comprendre les \u00e9tapes de construction du th\u00e9\u00e2tre antique de Sophocle plut\u00f4t qu&rsquo;\u00e0 commenter encore son \u0152dipe roi. Et si l\u2019ouvrage montre, puisqu\u2019il le faut encore, que le monde psychanalytique de Genevi\u00e8ve Haag s&rsquo;inscrit bel et bien dans la continuit\u00e9 de celui de Sigmund Freud, il prouve aussi qu&rsquo;il en consolide tout le socle th\u00e9orique en poussant loin les explorations de l&rsquo;ancrage corporel de son destin des pulsions. Alors si la surprise est, comme le pensait Aristote, l&rsquo;\u00e9preuve du vrai courage, Genevi\u00e8ve Haag ne manqua ni de l&rsquo;un ni de l&rsquo;autre pour s&rsquo;int\u00e9resser, \u00e0 la fin des ann\u00e9es 60 dans un Paris psychanalytique domin\u00e9 par la pens\u00e9e structuraliste de Jacques Lacan, \u00e0 des enfants s&rsquo;assortissant tellement mal de la notion de structure et &#8211; pire ! &#8211; sans discours. Ce livre t\u00e9moigne de l\u2019attention qu\u2019elle mobilisa \u00e0 comprendre leurs narrativit\u00e9s pr\u00e9verbales et, n&rsquo;ayons pas peur de le dire, \u00e0 leur offrir une certaine po\u00e9sie qui vient all\u00e9ger, d&rsquo;ailleurs, ses d\u00e9veloppements th\u00e9oriques les plus exigeants. Une belle interp\u00e9n\u00e9tration du &nbsp;\u00ab dur \u00bb de la recherche et du \u00ab doux \u00bb du r\u00eave en somme pour ce livre qui s&rsquo;imposera vraisemblablement, au fil du temps et de ses r\u00e9\u00e9ditions, comme un classique incontournable de la gen\u00e8se du Moi.&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12718?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2041],"mode":[60],"revue":[180],"auteur_livre":[2160],"class_list":["post-12718","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-jeremy-tancray","mode-payant","revue-180","auteur_livre-genevieve-haag"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12718","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12718"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12718"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12718"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12718"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12718"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12718"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12718"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}