{"id":12713,"date":"2021-09-12T10:13:18","date_gmt":"2021-09-12T08:13:18","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/meurtre-de-la-mere\/"},"modified":"2021-09-20T20:50:03","modified_gmt":"2021-09-20T18:50:03","slug":"meurtre-de-la-mere","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/meurtre-de-la-mere\/","title":{"rendered":"Meurtre de la m\u00e8re"},"content":{"rendered":"\n<p>Ce premier num\u00e9ro du premier volume de la revue&nbsp;<em>Le pr\u00e9sent de la psychanalyse<\/em>&nbsp;est un \u00e9v\u00e9nement \u00e0 saluer et ce, \u00e0 plusieurs titres. Il s\u2019agit en effet d\u2019une toute nouvelle revue publi\u00e9e par l\u2019<em>Association psychanalytique de France<\/em>&nbsp;(APF) dont le souci d\u2019apporter sa contribution \u00e0 la recherche en psychanalyse et \u00e0 la d\u00e9couverte freudienne n\u2019est plus \u00e0 prouver. Comme le rappelle Leopoldo Bleger, directeur de la publication de ce premier num\u00e9ro, l\u2019APF a en effet toujours eu souci de partager et de diffuser les travaux de ses membres : d\u00e8s sa cr\u00e9ation en 1964, elle publie un&nbsp;<em>Bulletin de l\u2019APF&nbsp;<\/em>qui, d\u2019interne, sera rapidement diffus\u00e9 \u00e0 l\u2019ext\u00e9rieur, avant de laisser place \u00e0 la fameuse&nbsp;<em>Nouvelle Revue de Psychanalyse<\/em>, mais la mention d\u2019une collaboration explicite entre la revue et l\u2019association ne sera pr\u00e9sente que pour les premiers num\u00e9ros. Depuis, plusieurs revues remarqu\u00e9es ont gravit\u00e9 autour de l\u2019APF, parce que plusieurs de ses membres les avaient r\u00eav\u00e9es, les pensaient, les animaient, y \u00e9crivaient :&nbsp;<em>L\u2019\u00e9crit du temps, L\u2019Inactuel, Psychanalyse \u00e0 l\u2019Universit\u00e9, Le fait de l\u2019analyse, Penser\/r\u00eaver, les Libres cahiers pour la psychanalyse<\/em>, pour n\u2019en citer que quelques-unes.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Ces revues aujourd\u2019hui arr\u00eat\u00e9es ont laiss\u00e9 un grand vide et l\u2019on ne peut que se r\u00e9jouir que l\u2019id\u00e9e d\u2019une nouvelle revue, nourrie il y a quelques ann\u00e9es par le Conseil d\u2019administration de l\u2019APF alors pr\u00e9sid\u00e9 par Jacques Andr\u00e9 et d\u00e9velopp\u00e9e par le Comit\u00e9 de publications de l\u2019APF et son Directeur, Patrick Merot, aujourd\u2019hui Directeur du Comit\u00e9 de r\u00e9daction du&nbsp;<em>Pr\u00e9sent de la psychanalyse<\/em>, ait pu aboutir. Son projet, soutient Leopoldo Bleger, \u00ab est de faire conna\u00eetre une certaine orientation de la pens\u00e9e en psychanalyse (&#8230;), celle qui d\u00e9termine un courant o\u00f9 pr\u00e9valent les ar\u00eates les plus vives de l\u2019\u0153uvre freudienne &#8211; le transfert en tant qu\u2019outil majeur de la cure, la fonction centrale du conflit psychique, le r\u00f4le de la pulsion de mort &#8211; et o\u00f9 demeure toujours ouverte la question de la formation du psychanalyste \u00bb. Exigence, audace, inventivit\u00e9 marquent donc une fois encore le projet port\u00e9 par les coll\u00e8gues de l\u2019APF dont la d\u00e9termination est plus que pr\u00e9cieuse dans les temps actuels. On sait en effet combien est insistante la tendance tant\u00f4t pernicieuse, tant\u00f4t affich\u00e9e, d\u2019une certaine pens\u00e9e contemporaine, \u00e9rig\u00e9e contre la psychanalyse de l\u2019ext\u00e9rieur ou \u0153uvrant en son sein, qui privil\u00e9gie l\u2019\u00e9vitement (plus que la r\u00e9solution) du conflit, les pens\u00e9es performantes et les affects positifs, le consensus, la simplification ou la dogmatisation th\u00e9oriques, l\u2019empathie et la contenance syst\u00e9matiques des dispositifs th\u00e9rapeutiques, la d\u00e9consid\u00e9ration de la pulsion, du sexuel, de la causalit\u00e9 et de la temporalit\u00e9 psychiques, etc. De r\u00e9centes contributions (notamment&nbsp;<em>Le psychanalyste apathique et le patient post-moderne<\/em>&nbsp;de Laurence Kahn en 2014 et&nbsp;<em>L\u2019inconscient est politiquement incorrect&nbsp;<\/em>de Jacques Andr\u00e9 de 2018) ont alert\u00e9 sur ces d\u00e9rives, rappelant entre autres l\u2019importance de la dialectique entre pratique clinique et r\u00e9flexion th\u00e9orique, du dialogue interdisciplinaire et entre&nbsp;analystes, la force toujours heuristique des concepts freudiens mis \u00e0 l\u2019\u00e9preuve des r\u00e9alit\u00e9s d\u2019aujourd\u2019hui. A l\u2019\u00e9vidence,&nbsp;<em>Le pr\u00e9sent de la psychanalyse&nbsp;<\/em>participe de cette d\u00e9marche de veille de fa\u00e7on plus que bienvenue.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>De surcro\u00eet, la revue assume avec audace son projet \u00e9ditorial en titrant son premier num\u00e9ro<em>&nbsp;Meurtre de la m\u00e8re<\/em>&nbsp;. Sujet \u00e9pineux s\u2019il en est&#8230; Repensons un instant aux pr\u00e9cautions prises par les commentateurs il y a tout juste dix ans lors de la sortie du film J\u2019ai tu\u00e9 ma m\u00e8re de Xavier Dolan pour expliquer un tel titre cru au public : le h\u00e9ros aimait sa m\u00e8re quand m\u00eame, la revendication n\u2019\u00e9tait que symbolique&#8230; Repensons au choc plus ou moins amus\u00e9 des m\u00e8res d\u2019aujourd\u2019hui qui entendent leurs grands enfants exprimer leur admiration et leur stup\u00e9faction d\u2019un\u00ab\u00e7atuesam\u00e8re!\u00bb sans ambages, comble de l\u2019enthousiasme \u00e9baubi et excit\u00e9. Tant dans le film que dans l\u2019exclamation juv\u00e9nile, le contraste des affects est l\u00e0. La chose est dite avec massivit\u00e9 et sans pr\u00e9caution : l\u2019origine, la source, le fondement, le commun est litt\u00e9ralement pulv\u00e9ris\u00e9. Et le trouble en est imm\u00e9diat. Est-ce ainsi dicible, pensable, repr\u00e9sentable ? Est-ce que ce peut \u00eatre m\u00eame un espace de jeu ? \u00ab Combien d\u2019enfants la mort de la m\u00e8re de Bambi a-t-elle positivement traumatis\u00e9s ? \u00bb questionne judicieusement Jean- Louis Baldacci. Et qu\u2019en est-il lorsqu\u2019on fait un pas de c\u00f4t\u00e9 par rapport \u00e0 la cr\u00e9ation artistique et \u00e0 l\u2019outrance langagi\u00e8re ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Patrick Merot, dans son \u00e9ditorial, rappelle que ce th\u00e8me est beaucoup moins trait\u00e9 par la psychanalyse que le meurtre du p\u00e8re, alors qu\u2019il participe \u00e9galement pleinement, \u00e0 sa fa\u00e7on, des al\u00e9as, pour le meilleur et pour le pire, de la psychologie des profondeurs o\u00f9 le d\u00e9faut de discernement pr\u00e9vaut. En quoi le meurtre de la m\u00e8re serait-il constitutif ? Qu\u2019est-ce alors que tuer la m\u00e8re : la distinguer de l\u2019illimit\u00e9, la diviser, la distancer, la rejeter, l\u2019introjecter, la nommer, la perdre, y renoncer, l\u2019abandonner ? Les questions sont multiples et les voies de r\u00e9flexion propos\u00e9es par les diff\u00e9rents auteurs mettent au travail les diverses figures de la m\u00e8re, en d\u00e9faut et en exc\u00e8s (omnipotente, mortif\u00e8re, suffisamment bonne, protectrice, sacr\u00e9e, sexuelle, vuln\u00e9rable, absente, d\u00e9cevante) dont l\u2019amour indispensable \u00e0 la vie peut cependant s\u2019av\u00e9rer totalitaire, frustrant, partag\u00e9, inexistant, tant\u00f4t l\u2019un, tant\u00f4t l\u2019autre. Quelle m\u00e8re tue-t-on alors ? Dans la dialectique serr\u00e9e de l\u2019amour et de l\u2019emprise, le meurtre de la m\u00e8re est-il meurtre de la vie ou condition de la survie ? L\u2019appui sur la trag\u00e9die (notamment les sources plurielles propos\u00e9es par Eschyle, Sophocle et Euripide) est fr\u00e9quent et passionnant ; la similitude du meurtre de la m\u00e8re avec le meurtre du p\u00e8re et celle d\u2019un \u00ab complexe d\u2019\u00c9lectre \u00bb avec le \u00ab complexe d\u2019\u0152dipe \u00bb sont s\u00e9rieusement discut\u00e9es, diff\u00e9renci\u00e9es, \u00e9ventuellement articul\u00e9es, de m\u00eame que la question des identifications sexuelles engag\u00e9es dans le processus : qui tue la m\u00e8re ? Fille et gar\u00e7on seraient-ils engag\u00e9s l\u00e0 de fa\u00e7on indiff\u00e9renci\u00e9e quant au sexe ?&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Les diff\u00e9rentes contributions sont travers\u00e9es par un fil rouge qui offre une belle harmonie \u00e0 l\u2019ouvrage, on y saisit des \u00e9chos, on y trouve des approfondissements, des expos\u00e9s plus classiques et des pas de c\u00f4t\u00e9 aventureux, mais tous contribuent \u00e0 lever le voile sur ce th\u00e8me complexe, tabou et d\u00e9licat. Sont ainsi abord\u00e9s, probl\u00e9matis\u00e9s et illustr\u00e9s par la clinique et les arts, des th\u00e8mes tels que le rapport \u00e0 la langue maternelle, l\u2019acte cr\u00e9ateur, l\u2019intensit\u00e9 de l\u2019apr\u00e8s-coup dans le transfert dans la cure, le rapport \u00e0 la culpabilit\u00e9 et \u00e0 la responsabilit\u00e9, le matricide et la m\u00e9lancolie, le matricide, l\u2019inceste et l\u2019infanticide, le n\u00e9cessaire renoncement et l\u2019indispensable permanence&#8230; L\u2019int\u00e9r\u00eat du contenu et la qualit\u00e9 des diverses \u00e9critures soutient le plaisir de la lecture et de la r\u00e9flexion, alors que le th\u00e8me en soi, les r\u00e9f\u00e9rences litt\u00e9raires et les illustrations cliniques contiennent leur lot de violence et de \u00ab vives ar\u00eates \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>On l\u2019aura compris, dans son format maniable (moins de 200 pages, 12&#215;19 cm) et son prix raisonnable (19 euros), ce premier num\u00e9ro du Pr\u00e9sent de la psychanalyse est tout \u00e0 fait dense et passionnant, audacieux et stimulant, \u00e9clairant et abordable, et de fait tr\u00e8s prometteur pour la suite des parutions. Les \u00e9diteurs pr\u00e9voient deux num\u00e9ros par an pour cette nouvelle revue dont ils soulignent le fil conducteur marqu\u00e9 par le souci d\u2019ouverture, de d\u00e9bat et de confrontation, le pr\u00e9sent num\u00e9ro faisant dialoguer \u00e0 plusieurs reprises la psychanalyse avec la mythologie, l\u2019histoire, le th\u00e9\u00e2tre et la litt\u00e9rature d\u2019hier et d\u2019aujourd\u2019hui, ainsi que le cin\u00e9ma.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Il est plus que courageux de faire para\u00eetre aujourd\u2019hui une revue de psychanalyse, au titre tr\u00e8s assum\u00e9 de surcro\u00eet, et nous ne pouvons qu\u2019\u00eatre reconnaissants \u00e0 l\u2019APF d\u2019oser cette d\u00e9marche. Malgr\u00e9 les d\u00e9nigrements et les sch\u00e9matisations dont elle est l\u2019objet dans le champ clinique, dans le champ acad\u00e9mique et dans le champ politique, la psychanalyse est bien l\u00e0, elle se tient debout. Patrick Merot le soutient avec force : \u00ab Pendant longtemps le monde a passionn\u00e9ment interrog\u00e9 la psychanalyse, et la psychanalyse a passionn\u00e9ment interrog\u00e9 le monde. Aujourd\u2019hui les formes et les conditions de cette rencontre ont beaucoup chang\u00e9, mais ce premier num\u00e9ro du&nbsp;<em>Pr\u00e9sent de la psychanalyse<\/em>, dans sa diversit\u00e9, sur le&nbsp;<em>Meurtre de la m\u00e8re<\/em>, montre que ce dialogue appartient encore \u00e0 notre pr\u00e9sent \u00bb.&nbsp;<\/p>\n\n\n\n<p>Nous en sommes les t\u00e9moins. Nous pouvons en \u00eatre les acteurs.&nbsp;<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12713?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[1504],"mode":[60],"revue":[168],"auteur_livre":[2157],"class_list":["post-12713","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-benoit-verdon","mode-payant","revue-168","auteur_livre-association-psychanalytique-de-france"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12713","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12713"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12713"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12713"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12713"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12713"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12713"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12713"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}