{"id":12697,"date":"2021-09-12T10:13:15","date_gmt":"2021-09-12T08:13:15","guid":{"rendered":"https:\/\/carnetpsy.fr\/parution\/psychanalyse-vie-quotidienne\/"},"modified":"2021-09-22T16:03:01","modified_gmt":"2021-09-22T14:03:01","slug":"psychanalyse-vie-quotidienne","status":"publish","type":"parution","link":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/parution\/psychanalyse-vie-quotidienne\/","title":{"rendered":"Psychanalyse, vie quotidienne"},"content":{"rendered":"\n<p>Aux origines de l\u2019ouvrage, ce questionnement : comment rendre compte d\u2019une analyse, \u00e9ventuellement t\u00e9moigner de ses effets ? Car l\u2019exp\u00e9rience analytique ne se laisse pas facilement appr\u00e9hender : \u00ab au c\u0153ur de la difficult\u00e9, le fait que la situation analytique ne supporte pas de tiers \u00bb (Freud). Une sc\u00e8ne \u00e0 deux, rien qu\u2019\u00e0 deux, qui exclut tout spectateur, une sc\u00e8ne inaccessible par nature\u2026<br>Le lecteur de&nbsp;<em>Psychanalyse, vie quotidienne&nbsp;<\/em>a pourtant la nette impression de p\u00e9n\u00e9trer l\u2019intimit\u00e9 d\u2019une s\u00e9ance, d\u2019assister, sinon \u00e0 son d\u00e9roul\u00e9, \u00e0 des instants d\u00e9terminants ou simplement d\u2019en recueillir des bribes, avec la jubilation de celui qui observe par le petit trou de la serrure. La forme de l\u2019ouvrage, constitu\u00e9 de petits textes courts, permet en effet de saisir instantan\u00e9ment quelque chose de la vie de l\u2019analyse : un aphorisme qui r\u00e9sume l\u2019essentiel, un souvenir (r\u00e9)actualis\u00e9, ou encore un \u00e9v\u00e9nement psychique qui surgit enfin, alors qu\u2019il \u00e9tait jusque l\u00e0, et depuis fort longtemps, tapi dans la nuit de l\u2019inconscient. Un catalogue de la<em>&nbsp;Redoute<\/em>, une moustache, un tableau, une carte postale, la sonnerie d\u2019un t\u00e9l\u00e9phone : autant de petits \u00e9l\u00e9ments du quotidien de l\u2019analyse qui composent l\u2019ouvrage, de petits riens qui dissimulent des tr\u00e9sors pour peu que l\u2019on veuille bien s\u2019y attarder. En particulier, les petites malfa\u00e7ons et d\u00e9fectuosit\u00e9s du langage : un \u00ab s \u00bb qui manque, des points de suspension, une erreur de syntaxe ou encore l\u2019\u00e9nonc\u00e9 dissuasif d\u2019une formule toute faite : \u00ab la langue est un tr\u00e9sor, une caverne d\u2019Ali Baba, il n\u2019y a qu\u2019\u00e0 se pencher pour ramasser \u00bb, \u00e9crit Jacques Andr\u00e9, \u00ab c\u2019est le privil\u00e8ge de la psycha-nalyse de permettre aux formules les plus convenues, aux propos les plus anodins, ceux que l\u2019on prononce sans y penser, de brusquement se lester de la v\u00e9rit\u00e9 la plus profonde \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>L\u2019\u00e9vocation de nombreux personnages, de leur p\u00e9riple analytique fait d\u2019errances et de mutations, est aussi l\u2019occasion d\u2019interroger le dispositif de la psychanalyse. En premier lieu, les \u00e9l\u00e9ments qui composent son int\u00e9rieur, son habitacle : la permanence du cadre (\u00ab Nature morte \u00bb), les oublis contre-transf\u00e9rentiels de l\u2019analyste (\u00ab M\u00e9moire \u00bb), l\u2019\u00e9mergence, parfois brutale, du transfert (\u00ab Le troc \u00bb), ou encore la fin de l\u2019analyse (\u00ab baiser vol\u00e9 \u00bb) : \u00ab les fronti\u00e8res psychiques, celles du moi de l\u2019analysant, \u00e9pousent sans heurt celles du dispositif ; mieux que cela, elles en garantissent le trac\u00e9 contre les \u00e9ventuels empi\u00e8-tements \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Une r\u00e9flexion nourrie sur la sp\u00e9cificit\u00e9 de la pratique psycha-nalytique, sur sa configuration interne, mais \u00e9galement sur toutes les manifestations de la vie courante qui font, de temps \u00e0 autre, irruption dans le cocon \u00e9tanche du dispositif (des travaux dans l\u2019immeuble, une porte qui claque, le retard impr\u00e9vu du psychanalyste, etc.), tous les composants de la r\u00e9alit\u00e9 ext\u00e9rieure, qui, au lieu de rester \u00e0 la porte de l\u2019analyse, seront incorpor\u00e9s, puis dig\u00e9r\u00e9s par elle : \u00ab sans attendre, la r\u00e9alit\u00e9 psychique occupe les lieux, imposant non seulement son dedans au dehors, mais s\u2019appro-priant encore les perturbations externes comme un morceau d\u2019elle-m\u00eame \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Par exemple, le cas de Louise, qui, \u00e0 partir du retard de l\u2019analyste coinc\u00e9 dans les transports,<br>\u00ab r\u00e9alise le tour de force de mettre au compte de l\u2019imaginaire de la sc\u00e8ne, au compte du fantasme, une panne d\u2019aiguillage ou une coupable impr\u00e9voyance \u00bb. Paradoxalement, c\u2019est m\u00eame parfois pr\u00e9cis\u00e9ment sur la r\u00e9alit\u00e9 concr\u00e8te, habituellement bannie par l\u2019analyse, \u00ab que la pens\u00e9e vagabonde de l\u2019analyste fonde ses derniers espoirs \u00bb : ainsi, le cas d\u2019Am\u00e9lie, pour qui le d\u00e9m\u00e9na-gement du cabinet permit, qu\u2019enfin, une parole \u00e9merge, alors que la cure avait visiblement pris \u00ab des allures de cure thermale \u00bb\u2026\u00ab Etrange oreille du psychanalyste qui, dans l\u2019espoir d\u2019entendre, laisse d\u00e9river son \u00e9coute \u00bb : une oreille qui tra\u00eene, comme \u00e0 l\u2019aff\u00fbt, pour saisir l\u2019instantan\u00e9 d\u2019une formule, la finesse d\u2019un \u00e9nonc\u00e9. Et ce que le lecteur discerne, au rythme de l\u2019\u00e9criture m\u00e9lodieuse de l\u2019auteur, c\u2019est le plaisir intact, sans cesse renouvel\u00e9, l\u2019\u00e9merveillement devant la cr\u00e9ativit\u00e9 de l\u2019inconscient, la surprise inalt\u00e9rable suscit\u00e9e par l\u2019irruption d\u2019une de ses manifestations &#8211; \u00e0 ce titre,<em>&nbsp;Psychanalyse, vie quotidienne&nbsp;<\/em>pourrait presque constituer le second volet de&nbsp;<em>L\u2019impr\u00e9vu en s\u00e9ance<\/em>.<br>Comme un oiseau sur la branche : soutenir \u00ab la polys\u00e9mie de l\u2019exp\u00e9rience analytique \u00bb, fl\u00e2ner parmi les possibles, tol\u00e9rer l\u2019inconfort d\u2019une \u00e9coute en \u00e9quilibre instable, qui admet la multiplicit\u00e9 des interpr\u00e9tations, pour contrecarrer la tentation unitaire &#8211; voire totalitaire &#8211; de la th\u00e9orisation.<\/p>\n\n\n\n<p>Les grandes questions abord\u00e9es (la maternit\u00e9, le genre, l\u2019\u0152dipe, la n\u00e9vrose de contrainte, la honte, la douleur, etc.) t\u00e9moignent toutes de cette volont\u00e9 de s\u2019enfoncer dans les profondeurs du&nbsp; \u00ab mar\u00e9cage clinique \u00bb, de se laisser guider par l\u2019inventivit\u00e9 de l\u2019inconscient plut\u00f4t que de s\u2019enfermer dans le pi\u00e8ge de la \u00ab pente unificatrice, \u00e0 laquelle toute th\u00e9orie n\u2019\u00e9chappe jamais compl\u00e8tement \u00bb. Car \u00ab il n\u2019existe pas, en psychanalyse, un lieu psychique d\u2019o\u00f9 le regard th\u00e9orique puisse embrasser l\u2019ensemble \u00bb. Parce que la th\u00e9orie, chez le psychanalyste, est soumise au fantasme qui en est la source, autant objet de recherche que moteur de la r\u00e9flexion, le danger est celui de l\u2019attraction pour les \u00ab solutions g\u00e9niales \u00bb (Freud), qui, comme les th\u00e9ories sexuelles de l\u2019enfant, risquent de n\u2019\u00eatre que le reflet de la vie d\u2019\u00e2me du penseur. Refus de la synth\u00e8se r\u00e9ductrice et \u00e9loge de l\u2019h\u00e9t\u00e9rog\u00e8ne, pas d\u2019accrochage f\u00e9tichiste \u00e0 la th\u00e9orisation mais une invitation \u00e0 la polymorphie, \u00e0 la \u00ab polyphonie des interpr\u00e9tations \u00bb.<\/p>\n\n\n\n<p>Et, en refermant le livre, on se dit que, oui, assur\u00e9ment, Psychanalyse en libert\u00e9, un temps envisag\u00e9 par l\u2019auteur, eut \u00e9t\u00e9 un bon titre\u2026<\/p>\n<div class=\"pdfprnt-buttons pdfprnt-buttons-parution pdfprnt-bottom-right\"><a href=\"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12697?print=pdf\" class=\"pdfprnt-button pdfprnt-button-pdf\" target=\"_blank\"><\/a><\/div>","protected":false},"featured_media":0,"template":"","rubrique":[],"thematique":[],"auteur":[2030],"mode":[60],"revue":[764],"auteur_livre":[2141],"class_list":["post-12697","parution","type-parution","status-publish","hentry","auteur-mathilde-saiet","mode-payant","revue-764","auteur_livre-jacques-andre"],"acf":[],"_links":{"self":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution\/12697","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/parution"}],"about":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/types\/parution"}],"wp:attachment":[{"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=12697"}],"wp:term":[{"taxonomy":"rubrique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/rubrique?post=12697"},{"taxonomy":"thematique","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/thematique?post=12697"},{"taxonomy":"auteur","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur?post=12697"},{"taxonomy":"mode","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/mode?post=12697"},{"taxonomy":"revue","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/revue?post=12697"},{"taxonomy":"auteur_livre","embeddable":true,"href":"http:\/\/cp.1642.studio\/gj118060-ovh\/wp-json\/wp\/v2\/auteur_livre?post=12697"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}